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Batista, l’homme qui a perdu 34,5 milliards de dollars en un an


Lu sur le web
Jeudi 24 Octobre 2013 - 11:57

C’est sans doute le plus énorme naufrage financier personnel de l’histoire. Dans son numéro de la mi-octobre, le magazine américain Bloomberg Newsweek consacre six pages au portrait d’Eike Batista, le Brésilien qui a perdu 34,5 milliards de dollars en un an.


Eike Batista à Rio en août 2011 (Patricia Santos/Agencia o dia/AFP)
Eike Batista à Rio en août 2011 (Patricia Santos/Agencia o dia/AFP)
Sa chute a été abondamment racontée par la presse ; l’article y apporte un éclairage intéressant, détaillant les erreurs et la personnalité de l’homme qui s’imaginait le plus riche du monde en 2015. Le récit d’une folie des grandeurs.
 
« Son empire n’a jamais existé »
 
L’article débute par une scène qui se déroule en avril 2012. Dans sa combinaison orange de champion de hors-bord, tachée d’une trace de main couleur pétrole et mal assortie d’une cravate rose, Eike Batista, 55 ans, inaugure ce qui doit être le chef-d’œuvre de son plan de conquête : un port, presque deux fois plus grand que l’île de Manhattan, au large de Rio de Janeiro.
 
Sa fortune de 34,5 milliards de dollars en fait alors l’homme le plus riche du Brésil, septième au classement Forbes. Ce jour-là, il annonce aussi la création de la sixième branche de sa holding EBX Groupe, qui regroupe toutes ses activités : minerai, sidérurgie, énergie, pétrole, logistique et industrie navale.
 
Tout le gratin politique et économique est là, Dilma Rousseff en tête, dont il a financé la campagne présidentielle. La presse le présente comme le symbole de l’expansion économique de son pays ; les investisseurs étrangers s’arrachent les actions de son groupe. Chacun veut emporter avec lui un morceau d’une si belle réussite.
 
Dix-huit mois plus tard, le nom d’Eike Batista a disparu des classements de milliardaires – sa fortune est estimée à 900 millions de dollars. Il est assis sur un champ de ruines dont ses créditeurs se disputent les restes et les autorités brésiliennes ont ouvert une enquête pour comprendre sa chute. Le journaliste Milton Temer, lui, voit les choses autrement :
 
« L’empire d’Eike ne s’effondre pas. Il n’a jamais existé. »
 
Une Mercedes garée au milieu du salon
 
Fils d’une grande figure de l’industrialisation du Brésil – ancien ministre de l’Energie et entrepreneur minier –, Eike Batista a étudié la métallurgie en Europe avant de rentrer au pays dans les années 80. Comme tant de « garimpeiros », ces paysans partis chercher la fortune au bord de l’Amazone, il cherche à devenir riche avec les réserves d’or que l’on déniche alors.
 
Grâce aux précieux contacts de papa, il gagne vite sa vie en achetant et en vendant des mines d’or. Il découvre les joies de la spéculation boursière et acquiert des mines de différents pays. Démarre l’affriolante « success story » : Batista s’endette pour créer ou racheter des entreprises de plusieurs secteurs interdépendants, leurs actions se vendent comme des petits pains, dopées par la croissance nationale.
 
Au début des années 2000, le Brésil de Lula encourage ses entrepreneurs les plus audacieux et personne ne l’est autant que Batista. Une banque publique va jusqu’à lui prêter 4 milliards de dollars.
 
Ses fils s’appellent Thor et Odin
 
L’homme dégage une confiance qui éblouit tout le monde. Quand il promet, on le croit ; quand il étale sa richesse, le pouvoir politique sourit : c’est une preuve que le Brésil joue enfin dans la cour des grands.
 
Batista se perd dans la déraison des richesses soudaines. Il se fait construire un immense manoir sur les hauteurs de Rio : deux home cinéma et « une vue taillée pour un roi ». Il y organise des fêtes qui ravissent les vedettes des soap opera. Au milieu de son salon, une Mercedes-Benz McLaren, achetée pour 500 000 dollars.
 
Sûr de ses succès à venir, il s’offre un yacht qu’il baptise Spirit of Brazil VII. Sa vie privée régale la presse people ; il épouse une ancienne playmate et donne à ses deux fils le nom de divinités nordiques : Thor et Odin.
 
Bloomberg Newsweek écrit que Batista est « le meilleur chroniqueur de sa propre histoire », qu’il enveloppe de mysticisme. Les actions de ses entreprises comptent toujours 63 centimes, son nombre préféré. Si ça marche pour lui, raconte-t-il, c’est parce qu’il a gravi le Machu Picchu et longuement fixé le ciel, des vœux pleins la tête.

Perdu par le pétrole
 
C’est en commençant à s’intéresser au pétrole que le Brésilien a bâti les fondations de son échec. En 2007, il s’endette encore un peu plus pour acheter des puits de pétrole à des prix démentiels, bien au-dessus du marché. Un analyste financier explique au magazine américain :
 
« Ils voulaient prouver au monde qu’ils pouvaient battre n’importe qui. Ils avaient besoin d’un succès extraordinaire pour récupérer leur mise. »
 
Avant même d’avoir foré les puits et de disposer des structures suffisantes pour le faire, Batista est à la tête d’une immense entreprise pétrolière et comme le prix du baril grimpe, tout le monde veut sa part : géants américains (IBM, Exxon...), fonds de pension étrangers...
 
Batista promet que ses réserves sont immenses et rapides à exploiter. Sans s’en assurer. Il s’attaque à la production du pétrole comme on joue au poker. Au fil des mois, les contrôleurs de gestion commencent à émettre des doutes. Un ancien collaborateur :
 
« Eike est un trader, pas un bâtisseur de projets industriels. Il s’est fixé des objectifs réalisables en cinq ou dix ans qu’il a cherchés à atteindre comme s’il courait un 400 mètres. »
 
« Ne fore pas avec des dettes »
 
En 2012, l’empire s’effondre. L’euphorie économique brésilienne est passée, les promesses de Batista ne sont pas tenues, les actions de son entreprise perdent leur valeur. Les investisseurs se désengagent aussi vite qu’ils sont arrivés et comme toutes les entreprises de sa holding dépendent les unes des autres, il suffit de retirer une carte pour que tout le château s’écroule.
 
Batista se retrouve seul avec ses dettes. Le stratégiste financier Michael Roche dit :
 
« Il y a une maxime : “Never drill with debt” (“ Ne fore pas avec des dettes ”). Plus personne n’a voulu investir dans une entreprise de pétrole qui ne produisait plus de pétrole. »
 
L’échec de Batista est aussi celui de son management. Certains de ses chefs d’équipe ont senti la tempête approcher mais, de peur de perdre leur place, n’ont pas voulu perturber l’optimisme aveugle du patron.
 
Aujourd’hui, l’ancien milliardaire a les traits tirés mais assure qu’il n’a fait que perdre une bataille. Il remboursera toutes ses dettes, promet-il, refusant de profiter de la loi brésilienne sur les faillites.
 
« Je suis en train de manger du verre »
 
Il ne cesse de citer Elon Musk, le fondateur de PayPal, dont il retient une phrase : « Démarrer un business, c’est comme manger du verre. »
 
Du coup, il répète :
 
« Je suis en train de manger du verre. »
 
Eike Batista veut bien concéder quelques erreurs, il assure avoir compris qu’un industriel n’est pas un trader. Son seul vrai regret :
 
« Aujourd’hui, si je pouvais remonter dans le temps, je n’aurais pas opté pour le marché boursier. »
 
Chaque semaine, il se débarrasse de ses biens ou de ses entreprises pour rembourser sa dette. Mi-septembre, il a vendu Spirit of Brazil VII pour le prix d’un bout de ferraille.

Source : Rue89
Mamoudou Kane


              

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