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Bani Walid : Une guerre ou un "massacre civil aveugle" ?


International
Lundi 22 Octobre 2012 - 09:50

Des centaines de familles et de travailleurs étrangers fuyaient, dimanche 21 octobre, Bani Walid, un des derniers bastions du régime de Mouammar Kadhafi, où des combats font rage entre des forces pro-gouvernementales et des groupes armés de la ville. Tripoli estime que Bani Walid est «devenue un abri pour un grand nombre de hors-la-loi hostiles à la révolution», tandis que les habitants de cette oasis, située à 185 km au sud-est de Tripoli, accusent des «milices de Misrata» de faire pression sur les autorités pour détruire la ville et chasser sa population en raison de rivalités historiques. De plus en plus de voix autorisées parlent de "massacre aveugle à Bani Walid".


Bani Walid
Bani Walid
Si près et pourtant si fantasmée. Bani Walid n’est qu’à 170 kilomètres au sud-est de Tripoli. Peuplé d’à peine 80.000 habitants, l’un des derniers bastions kadhafistes à être tombé durant la révolution fait peur.

Pour les Tripolitains, Bani Walid est une ville où le drapeau vert de Kadhafi et le drapeau d’al-Qaida sont les seuls étendards autorisés.

Sur place, le fantasme retombe pour laisser place à une réalité moins folklorique mais plus brutale. Bani Walid ressemble à une ville gruyère. Les immeubles sont constellés d’impacts de Kalachnikovs ou éventrés par des tirs de mortiers et de roquettes. Ici, les frappes de l’OTAN ont été particulièrement massifs.

Depuis la fin de la guerre, les populations se sentent rejetées, car elle sont considérées comme des kadhafistes purs et durs, à l’image des habitants de Syrte, où Kadhafi a été retrouvé.

«On ne nous aime pas, parce que les derniers bataillons kadhafistes sont venus se réfugier ici, mais nous, les habitants, nous n’y sommes pour rien», s’emporte Icham, ravi de voir enfin des journalistes venir dans la ville «pour dire la vérité.»

Bani Walid, un deuxième Tawargha?

Les morts se comptent par dizaines chaque jour
Les morts se comptent par dizaines chaque jour
Depuis l’histoire circule dans Bani Walid comme une traînée de poudre. La crainte est la même : que Bani Walid ne devienne un deuxième Tawargha. Cette ville a été entièrement vidée de sa population et détruite par Misrata, en octobre 2011 en représailles de son allégeance kadhafiste durant la révolution.

Le kadhafisme supposé des habitants de Bani Walid, voilà la vraie raison de ce siège pour Mouftah Abdulgabar.

«Pour Misrata, être de Bani Walid signifie pro-kadhafistes.»

Pour défendre l’honneur de sa ville, le représentant local convoque l’histoire et le droit:

«En 1993, les Warfallah ont tenté un coup d’Etat contre Kadhafi. Durant la révolution, l’OTAN nous a bombardés. A ce moment-là, nous n’avons pas suivi la révolution, mais nous n’avons pas soutenu Kadhafi non plus. On a attendu. Aujourd’hui, il est question des suspects mais personne ne nous a donné de noms. Nous ne sommes pas opposés à les arrêter. A condition de les remettre à la justice d’un Etat qui respecte la séparation des pouvoirs.»

Une condition qui risque de prendre du temps dans un pays qui vient de nommer son deuxième Premier ministre en un mois.

«Nous demandons une intervention internationale»

«Nous demandons une intervention internationale», plaide Mouftah Abdulgabar.

Il n’a aucune confiance dans l’Etat «totalement soumis à Misrata qui possède les milices les mieux armés du pays». El Bachir Al Muntasser est reporter dans l’unique radio locale de Bani-Walid. Il ne croit pas à une intervention internationale, mais ne doute pas en revanche de la suite:

«Je me sens triste de ce qui se passe. Bani-Walid et Misrata sont voisins. Nous devrions être des partenaires. Mais, s’il le faut nous avons la capacité de nous protéger, de nous défendre pour protéger nos enfants et nos femmes.»

Une capacité bien maigre. Pour se défendre, Bani Walid n’a que quelques check-points aux entrées de la ville. Des check-points tenus par des adolescents, Kalachnikov en bandoulière, mais qui auraient bien du mal à se servir des mitrailleuses, juchés sur les pick-up.

«Ces jeunes devraient être à l’école et pas à tenir un fusil», se désespère Icham.

Les forces militaires sont inégales mais les habitants de Bani Walid comptent sur la solidarité ethnique. La ville est l’un des fiefs des Warfallas. Or, cette ethnie est la plus importante de Libye avec environ 1,2 millions de représentants sur les quelque 6 millions de Libyens.

«Ce sera la guerre civile. Nous n’avons jamais connu ça sous Kadhafi», prévient Imbarak Raheel, qui travaillait dans une métallurgie à Misrata.

Le silence "coupable" des va-t-en guerre occidentaux

Les enfants sont les premières victimes des bombardements aveugles de l'aviation nationale
Les enfants sont les premières victimes des bombardements aveugles de l'aviation nationale
Le 17 mars 2011, le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait par 10 voix pour et 5 abstentions (Allemagne, Brésil, Chine, Fédération de Russie et Inde), la fameuse résolution 1973 sur la Libye, présentée par la France et le Royaume-Uni.

Ce texte, sous prétexte de protéger la population civile et faire cesser les hostilités en Libye, avait ouvert la voie à une intervention de grande envergure de l’Otan dans ce pays. Mercredi 17 octobre 2012, un an, jour pour jour, après l'annonce de sa «libération», Bani Walid, à 140 km au sud-est de Tripoli, présenté comme un ancien bastion des partisans de Mouammar Kadhafi, a été bombardé par des milices opérant sous le contrôle du gouvernement.

Selon le colonel Salem Al-Wa'er, porte-parole des combattants de Bani Walid, la localité a subi des bombardements intensifs de trois côtés. Hier (vendredi), au moins deux personnes, dont un adolescent, sont mortes dans ces bombardements. L'armée gouvernementale, appuyée par les milices formées d'anciens rebelles, a encerclé la ville. Les dignitaires de Bani Walid refusent l'entrée de «milices hors-la-loi» et mettent en doute la neutralité de l' «armée nationale» qui n'existe pas encore selon eux.

La situation tendue qui règne à Bani Walid et les rapports faisant état d'affrontements dans la région, préoccupent les organisations humanitaires, comme le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mais la «communauté internationale», si prompte à abattre l’ex-dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, ne réagit pas comme si elle était indifférente au génocide de Bani Walid. Où est application de la résolution 1973 du Conseil de sécurité l'ONU qui stipule protection des populations civiles en Libye ? Le représentant de ce pays à l’ONU a même été limogé par les nouvelles autorités libyennes pour avoir parlé de crimes de guerre à Bani Walid.

Lu sur slateafrique.com, rfi et alterinfo.net

Un habitant de Bani Walid témoigne au micro d'Alexandra Brangeon de la rédaction en langue anglaise de RFI :


"La situation est très, très mauvaise. Pas d'électricité, pas d'eau, pas de nourriture, pas de lait en poudre... Les magasins sont fermés. Impossible de trouver de l'essence ou du gaz. Tout est vide. Les gens ne sortent pas...

Aujourd'hui, il y a deux avions qui ont survolé Bani Walid. Ils ont frappé la ville avec deux missiles. La situation est très misérable. Ils nous bombardent complètement au hasard... Complètement au hasard... Soudain, une bombe va frapper votre maison. Vous ne pouvez pas aller dehors, parce que si vous allez dehors, les milices vont vous capturer.

Les miliciens font de mauvaises choses à nos femmes et à nos filles. Ils les séparent des hommes et font des choses horribles devant leurs familles..."

58___libye_son_bani_walid_habitant.mp3 58_-_LIBYE_Son_Bani_Walid_habitant.mp3  (330.74 Ko)


Mamoudou Kane


              

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