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Bande-dessinée mauritanienne : A la rencontre de ses trois mousquetaires


Culture
Vendredi 1 Juin 2012 - 15:44

Encore balbutiante, la bande dessinée mauritanienne connaît tout de même quelques coups d’éclat grâce à trois passionnés des planches qui creusent peu à peu une brèche dans le 9ème art. Abdoul Ba, Cheikh Salek Ould Abdellahi et Ousmane Sow tentent de combler le manque de promotion de ce genre, en se tournant vers le dessin animé.


La couverture de la première BD d'Abdoul Ba
La couverture de la première BD d'Abdoul Ba
Abdul Ba, Cheikh Salek Ould Abdellahi et Ousmane Sow font partie de ceux qui pensent qu’il est «beaucoup plus facile de transmettre un message en image qu’en texte». Forts de ce constat, ils se sont lancés dans la bande dessinée, persuadés de «l’expressivité» de cette forme d’art. Pour eux, en définitive « la BD est une copie miniature de la vie » d’où leur volonté de contribuer à la consécration de cet art malgré l’absence de visibilité dont il est victime.

L’union faisant la force, ils marquent un tournant décisif dans leurs carrières, en sortant en 2006 une BD collective, «clin d’œil des artistes», en collaboration avec l’Institut Français de Mauritanie. C’est avec amertume qu’ils constatent que «la BD est inexistante» en Mauritanie malgré leurs efforts de promotion, de créativité.

Dans le marasme du manque de subventions, des difficultés d’impression, d’adaptation linguistique (français-arabe), de problèmes d’édition, la bande dessinée ne fait pas vivre son homme. Alors, «en attendant un ciel plus clément», ils vivent de leur art, grâce à la sollicitation d’ONG qui leur commandent des œuvres de sensibilisation sociales ou médicales.

«C’est d’ailleurs la seule ouverture que nous avons d’exister artistiquement dans un pays où pourtant la bande dessinée est appréciée» affirme Cheikh Salek Ould Abdellahi. L’industrie de l’impression pauvre et moribonde, expliquerait en partie les difficultés des auteurs à proposer des parutions régulières aux potentiels lecteurs, et qui expliquerait aussi les difficultés à se procurer des bandes dessinées. «Aujourd’hui une bande dessinée coûte entre huit et neuf milles Um. A une époque on se les échangeait sur les marchés à 20 ou 40 ouguiyas» rappelle Abdoul Bâ, au milieu de dizaines de planches, dans son atelier à domicile, dans le quartier de Basra.


Trois expériences

Abdoul Ba
Abdoul Ba
C’est la passion de la lecture et du dessin qui a amené cet enfant de Bagodine né dans la Brakna aux lendemains des indépendances à être caricaturiste. Un art qu’il exercera dans la presse indépendante au Calame, Mauritanie Nouvelles, la Tortue, l’Eveil Hebdo, Al Akhbar, Echtary, Mauritanie demain, la Tribune et Ahbar Al Ousboue. Mais c’est en 1994 qu’il conçoit son premier album avec des personnages devenus célèbres incarnant le débrouillard ou la femme chef de famille comme « Thieb-Thieb » ou « Fatma ». «Mon ambition a toujours été de mettre sur scène des personnages à l’image de mes concitoyens. C’est une démarche pour donner à mes histoires des saveurs réelles à travers la retranscription du quotidien» explique le dessinateur.

Malgré des années d’expérience, Abdoul est convaincu qu’on ne peut pas encore dresser l’état de la BD mauritanienne, vu que cet art est encore « inexistant » à ses yeux, alors qu’il mériterait selon lui, qu’on lui donne « toutes ses lettres de noblesses ».

Cheikh Salek Ould Abdellahi, qui se réjouit d’avoir la même passion depuis son enfance que ses deux compagnons signe « Cheikh Salek » sur ses planches. Ce professeur d'anglais au lycée de Nouakchott s’inspire de la BD policière et de science-fiction pour créer des personnages atypiques tels que Ahmed Salem ou Ami, à travers qui il livre « une vision critique » des événements «qui ont marqué ma Mauritanie natale» souligne Ould Abdellahi.

Avant d’insérer dans leur BD collective Clin d'œil, son histoire « Sauve qui peut ! », Cheikh Salek avait conçu des séries de BD de sensibilisation pour le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP Mauritanie). Cet artiste plasticien a aussi été formateur en calligraphie et peinture arabe.

Quant à Ousmane Sow agent de la police scientifique, c’est vers 2000 qu’il se tourne vers la BD grâce à la rencontre d’un fonctionnaire international qui va lui demander de transcrire une BD au contexte mauritanien. C’est le début d’une expérimentation qui va l’inciter à se consacrer désormais à la BD, grâce aussi au contact avec Abdoul Ba dont il rêvait de faire la connaissance. Ousmane Sow l’auteur de « Ngaari njawlé » se fait remarquer en 2000 avec une brochure de sensibilisation portant sur La dracunculose ou ver de Guinée, une planche publiée par l'Unicef et disponible dans plusieurs pays pour la prévention de cette maladie.

Vers une association de bédéistes ?

Cheikh Salek Ould Abdellahi
Cheikh Salek Ould Abdellahi
Si les trois Bédéistes tentent de joindre les deux bouts grâce aux commandes d’ONG pour des planches de sensibilisation, ils se sont lancés en 2006 dans une aventure collective, celle de concevoir une BD collective intitulée « Clin d’œil des artistes » avec le soutien de l’IFM ex CCF, une initiative qui devait se produire tous les deux ans si tout s’était bien passé.

Ce qui était parti pour être un festival de BD a abouti à une mésaventure à la suite d’une mauvaise surprise que le Directeur du CCF de l’époque leur a créée. Ils se sont rendus compte à la dernière minute que ce dernier a décidé de vendre leurs planches à « un prix symbolique » sans leur aval.

Une «blague de mauvais goût» que les trois compagnons n’ont pas digéré, estimant que « les retombées de la vente » leur revenaient. De la part du Directeur, ils n’ont eu ni la reconnaissance de leurs efforts, ni un «excusez-moi» en guise de contrition.

Echaudés par cette expériences, en avril dernier, contactés par l’IFM pour animer des ateliers de BD destinés aux enfants, durant le mois culturel consacré à la BD, ils ont décliné l’offre, constatant qu’à chaque réunion, le budget qui leur était consacré diminuait comme peau de chagrin.

Ces expériences leur ont fait prendre conscience du manque d’indépendance des auteurs. Et face à ces défis auxquels la BD est confrontée en Mauritanie, Abdoul Ba, Cheikh Salek Ould Abdellahi, et Ousmane Sow espèrent parvenir à la mise en place d’une association de bédéistes.

Ils sont convaincus que «la qualité de notre BD peut rivaliser avec les bandes dessinées sous-régionales. Il suffit de lui accorder une plus grande importance pour qu’elle aboutisse » soutient Cheikh Salek Ould Abdellahi. Alors qu’Ousmane estime qu’il est urgent de concevoir le cadre légal de l’Association pour « prétendre à des financements », Abdoul Ba ambitionne de « dépasser le cadre de la BD pour se lancer dans le dessin animé ». Une nouvelle piste à explorer pour les auteurs de bandes dessinées.

Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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