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Bah Ould Saleck, DG de TV Sahel : "...Les investisseurs semblent avoir oublié qu’ils ont signé devant la HAPA une grille de programmes respectant le quota de chacune des langues nationales"


Actualité
Vendredi 7 Septembre 2012 - 14:31

La toute nouvelle chaîne de télévision privée Sahel TV n’est plus. M.Bah Ould Saleck, son Directeur général vient de rendre son tablier annonçant dans la foulée la suspension de ses programmes. Le financement destiné au fonctionnement et aux salaires des soixante employés de la boîte, une ligne rédactionnelle qui ne plaît pas à " tout le monde ", sont entre autres, quelques écueils sur lesquels bute cette chaîne privée qui a démarré ses activités en novembre 2011. Nous avons rencontré son DG.


Bah Ould Saleck, DG de TV Sahel : "...Les investisseurs semblent avoir oublié qu’ils ont signé devant la HAPA une grille de programmes respectant le quota de chacune des langues nationales"

L’Authentique : pourquoi cet arrêt dans la diffusion des programmes de TV Sahel ?

Bah Ould Saleck : cette décision revient à l’équipe de journalistes et de techniciens qui a déjà adressé le 29 août dernier au Conseil d’administration de la société un préavis de grève pour non perception des salaires depuis trois mois et retard dans la signature de certains contrats de travail, entre autres. Il faut dire que j’avais toujours demandé à mon équipe, au cœur des difficultés qu’a traversé la société, de fournir encore quelques efforts non seulement vis-à-vis de moi ou des actionnaires, mais vis-à-vis du public et des téléspectateurs, ou à défaut d’expliquer sur l’écran, la crise que traverse la chaîne. Et c’est ce que nous avons fait en toute transparence avec nos téléspectateurs, au lieu de mettre un rideau noir.

Moi en tant que propriétaire de la licence de diffusion -vous savez que la HAPA n’accorde la licence qu’aux journalistes- je déplore cette asphyxie financière volontaire de la part des actionnaires, qui se sont pourtant engagés à financer la chaîne à hauteur de 250 Millions UM, sur la base d’une étude de faisabilité détaillée qui a été présentée à la HAPA et sur la base de laquelle la licence de diffusion a été accordée. La caution bancaire, correspondant au financement énoncé, telle qu’exigée par la loi a été fournie par la Banque pour le Commerce et l’Industrie (BCI).Il faut dire que ces 250 Millions UM constituent un prêt sans intérêt remboursable en cinq ans.

Les actionnaires, dont Isselmou Ould Tajedine, PDG de la BCI, Brahim Ould Ghadda, n’ont jusque-là mis que 110 Millions d’UM dans le panier, qui ont servi à l’achat du matériel (caméras, ordinateurs…) et d’autres accessoirises sous emballage, en attendant le déménagement vers le nouveau siège en réfection. Ils ont aussi procédé au versement de 30 Millions d’UM représentant la licence accordée par la HAPA.

L’Authentique : combien d’argent avez-vous jusque-là utilisé pour le fonctionnement de la Boîte ?

Bah Ould Saleck : le paradoxe est que nous n’avons utilisé, comme budget de fonctionnement depuis le démarrage de nos activités en septembre 2011 jusqu’en septembre 2012, que 51.847.000 UM, représentant les salaires des travailleurs, les frais de mission, les frais de formation, la production etc. A ce titre, nous avons ainsi dépensé 16 Millions pour les frais de mission, notamment les reportages à l’intérieur du pays, mais aussi dans le Nord Mali et au Sénégal ; la formation en France de quelques journalistes et techniciens dans l’audiovisuel a valu 8 Millions d’UM, seulement en billets d’avion et perdieums, étant entendu que cela aurait coûté plus cher si nous avions pris en charge les dépenses liées au logement et à la formation proprement dite. Seuls 10 Millions d’UM ont été réservés aux charges fixes et 2 Millions pour la production, alors que j’avais prévu 60 Millions d’UM pour ce dernier volet.

Une austérité dans la gestion du budget qui nous a même valu l’étonnement de certains confrères étrangers qui étaient de passage dans nos modestes studios.

Donc en tout et pour tout, le projet a réellement coûté d’une manière concrète et en une année, 199.200.186 UM, dont 98 Millions d’UM apportés par Isselmou Ould Tajedine, (deuxième bailleur en termes de d’actions possédées) 88 Millions d’UM par Brahim Ould Ghadde (premier bailleur).

Pour le moment, les arriérés, y compris les trois mois de salaire des employés (31 agents contractuels et 29 pigistes), ne sont que de 14 Millions d’UM. Ceci dit, notre contribution dans la ressource humaine au niveau du secteur de l’audiovisuel est grande, car nous nous accordons des stages de formation gratuits à des jeunes qui passent par la suite comme stagiaires avant de rejoindre l’équipe.

L’Authentique : qu’est-ce qui explique que tout d’un coup, les actionnaires aient tous décidé simultanément de suspendre leurs contributions financières ?

Bah Ould Saleck : je me suis moi-même posé la question. Le 15 juin dernier, j’ai contacté les deux actionnaires de référence, à savoir Isselmou Ould Tajedin et Brahim Ould Ghadde pour leur demander de me sortir de ce pétrin ou de venir récupérer les matériels qu’ils avaient acheté pour la chaîne. Il faut savoir que toutes les dépenses prévues passent d’abord par les actionnaires, qui très souvent me disent par exemple, " un voyage à Gao c’est cher ou pourquoi ceci et cela ", avant de grignoter sur la facture. Ce n’est que par la suite, que le chèque final correspondant aux dépenses jugées utiles, est libellé. Mais face au cas social que me pose la situation de mes employés, qui n’ont rien perçu depuis trois mois, même à la veille de la fête, j’ai proposé de déposer ma démission, si la situation perdurait. La correspondance que j’ai envoyée dans ce sens, convoquant une réunion extraordinaire du Conseil d’administration qui devait se réunir en principe le 15 juillet, est restée jusqu’à aujourd’hui lettre morte.

J’ai rencontré de nouveau Isselmou Ould Tajedine pour lui dire que la situation est intenable, et il m’a répondu que pour sa part, il a fait ce qu’il pouvait. Pour quelqu’un qui ne détient que 25% des parts d’action, il avait parfaitement raison.

La rumeur et les entourages soutiennent d’autre part, que notre chaîne accorde beaucoup trop de place aux Négro-mauritaniens et qu’il y a trop de français, étant entendu que seuls 40% des programmes sont accordés aux populations noires et francophones, plus de 60% revenant aux programmes en Arabe et en Hassaniya. Si cette position émane des actionnaires, ils semblent avoir oublié qu’ils ont signé devant la HAPA une grille de programmes respectant le quota de chacune des langues en question. Il faut dire que non seulement, cette diversité dans les programmes qui s’adresse à tous les Mauritaniens, quelles que soient leur ethnie et leurs langues, je le portais avant même que je ne rencontre ces gens-là. Si ces critiques provenait de mes partenaires sociaux, ceux-ci devraient avoir oublié qu’ils ont signé l’interdit fait aux actionnaires d’interférer dans la ligne éditoriale de la chaîne aussi bien que dans ses programmes. Ajouté à cela, les exigences de la HAPA en matière d’audiovisuel qui obligent toutes les chaînes de télévision diffusant en Mauritanien de respecter la diversité culturelle du pays et à accorder la parole à toutes ses franges, même à l’opposition.

L’Authentique : ne pensez-vous pas qu’il y a eu une volonté manifeste d’asphyxier la Boîte ?

Bah Ould Saleck : tout à ait. Il existe ainsi, en toute apparence, une volonté manifeste des actionnaires de TV Sahel d’asphyxier la boîte alors que le contrat de partenariat et de stabilité que nous avons signé nous oblige à rester ensemble jusqu’à la fin du contrat, c’est-à-dire, jusqu’en 2016. La rupture de cette clause ne peut se faire que devant la HAPA et avec justifications dûment certifiées. Vis-à-vis de ma personne, ils ne peuvent rien faire car je suis attributaire de la licence de diffusion. En définitive, le différend qui oppose aujourd’hui les actionnaires de Maurivision et la boîte risque de provoquer de longues et fastidieuses procédures judiciaires, surtout que la HAPA n’a jamais connu pareils contentieux.


Alors que je prône une ligne rédactionnelle totalement neutre sur le plan politique, à équidistance de la majorité présidentielle comme de l’opposition, et que je profite de l’exclusion des couches négro-mauritaniennes et francophones de la population dans les deux chaînes concurrentes, la télévision de Mauritanie et Chinguittel, pour cibler ce marché, il y a encore certains actionnaires qui sous la taquine me font comprendre qu’ils sont avec le pouvoir. A quoi je réponds que Sahel TV n’est ni avec, ni contre la majorité ou l’opposition et que personnellement je n’ai aucun contentieux avec le pouvoir. On couvre toutes les activités présidentielles et officielles. Certes, nous ne couvrons pas toutes les activités du gouvernement comme le fait la chaîne publique, car nous avons d’autres préoccupations liées aux quotidiens des pauvres et des Sans voix.

Il faut dire que l’ouverture de TV Sahel, à travers Arabsat, lui a donné une dimension nationale et internationale extraordinaire, qui aurait peut-être titillé la fibre des nationalistes arabes qui aimeraient la voir alignée sur les programmes des autres chaînes où la diversité culturelle mauritanienne est bien écornée. Dans ce cadre, nous sommes en parfaite harmonie avec la loi, car vous n’ignorez pas que la HAPA a déjà interpellé la télévision de Mauritanie et Chinguitty TV pour non respect des clauses instituant l’obligation de donner la parole à tous les Mauritaniens, sans distinction de race, d’ethnie, de langue ou d’opinion. En effet, en regardant ces deux chaînes, on remarque tout de suite qu’il y a une majorité de Mauritaniens qui ne s’y retrouvent pas, notamment les Noirs et les Francophones. Ainsi, notre stratégie fut d’abord commerciale en ciblant une population nationale qui ne se retrouvait pas dans les chaînes existantes. Elle est juridique en ce qu’elle respecte les dispositions de la loi en matière d’audiovisuel et elle est patriotique, en ce qu’elle permet à tous les Mauritaniens de se reconnaître dans nos programmes.

Savez vous queTV Sahel a créé un public national qui n’existait pas. Beaucoup de Négro-mauritaniens qui ne suivaient pas les chaînes nationales, ont payé pour la première fois, des bols Arabsat pour pouvoir suivre nos programmes.

En fait, TV Sahel dérange une certaine frange de nos concitoyens parce que nous avons osé rétablir l’équilibre national dans le respect de la diversité culturelle du pays.
 


L’Authentique : comment percevez-vous l’épilogue de cette crise ? Va-t-elle finalement se dénouer devant les tribunaux ?

Bah Ould Saleck : je ne vois pas de perspective en bout de compte, moi campant sur ma ligne éditoriale dont je ne dérogerai pas d’un iota et les autres tenant fermés les cordons de la bourse. Il faut savoir en fait que Maurivision est une société anonyme qui compte plusieurs actionnaires. Personnellement, je pense qu’il est peu probable qu’on aboutisse à un accord consensuel, ce qui fait entrevoir malheureusement un possible recours aux tribunaux. Il y a en jeu, non seulement les arriérés de salaires des employés, les droits de licenciement du personnel, les factures dues aux producteurs, mais surtout la substance même du contrat de partenariat qui nous lient.

Imaginez que moi en tant que Directeur général de TV Sahel, nommé le 9 novembre 2011 par le Conseil d’administration, je n’ai jamais perçu la moindre ouguiya de salaires. Jusque-là, cette question d’argent ne m’a jamais réellement préoccupé, la condition de mes employés et le fonctionnement correct de la boîte venant en priorité pour moi.

Propos recueillis par Cheikh Aïdara.
 

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