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BILLET : Vague américanophile après l’attentat du Thalys : « Merci les USA »


Tribunes
Dimanche 23 Août 2015 - 20:00

L’attentat du Thalys, qui a été déjoué par l’intervention de trois Américains – deux militaires et un civil – qui voyageaient dans le train Amsterdam-Paris, a plongé la France dans une américanophilie qu’on n’avait pas connue depuis longtemps.


BILLET : Vague américanophile après l’attentat du Thalys : « Merci les USA »
Dès vendredi soir, sur les réseaux sociaux, les « merci l’Amérique », ou « merci les Marines », proliféraient, à l’image de ce discret mais efficace message de remerciement de Bénédicte Tilloy, la DRH du réseau SNCF et « tweetteuse » émérite.
 
Ou ce résumé d’un autre utilisateur de Twitter : « Il a suffi de quelques minutes pour que les Français redeviennent pro-Américains grâce au courage de deux des leurs. Merci. »
 
« Mission impossible » ou « Complots » ?
 
Il faut dire qu’il y avait un côté « Mission impossible 5 » dans le récit de ce qui s’est passé dans ce wagon, avec ces militaires en civil qui réagissent en entendant le bruit familier de la Kalachnikov qui se charge dans les toilettes, et se décident à intervenir, empêchant sans doute un carnage vu la quantité d’armes et de chargeurs dont disposait le présumé terroriste.
 
Sur CNN, l’un d’eux, Anthony Sadler, a raconté :« Le train traversait la Belgique à grande vitesse quand l’homme est sorti des toilettes, torse nu avec un fusil à l’épaule. Mon ami Alek [Skarlatos] a crié “Get him !” [“Attrapez-le !” en anglais], alors Spencer [Stone] s’est immédiatement levé pour se jeter sur le gars, suivi par Alek puis par moi-même. »
 
De quoi certes alimenter les théories complotistes, sur le mode « comme par hasard, il y avait des militaires américains au moment où allait se dérouler l’attentat », laissant entendre que la CIA ou, mieux encore, le Mossad seraient derrière les agissements du Marocain de 26 ans interpelé dans le train, qui était déjà fiché par les services de police.
 
Mais il est clair que pour l’immense majorité des Français, accablés par les incidents réguliers depuis les attentats du 7 Janvier, la nouveauté dans ce qui s’est passé vendredi, c’est le rôle des soldats américains.
 
L’Amérique en « libérateur » de nos peurs
 
Il n’en faut pas plus pour changer, même temporairement, l’image d’un pays. Le mot « héros » figurait dans de nombreuses réactions dès vendredi soir, et cela suffisait à faire de l’Amérique, de nouveau, le « libérateur » de nos peurs.
 
Balayées, ne serait-ce que pour un temps, les critiques que nous pouvons porter à l’Oncle Sam, de sa responsabilité dans le chaos moyen-oriental dont nous payons les conséquences, avec l’intervention en Irak de 2003 basée sur le mensonge congénital de « W », à l’image négative de la brutalité policière et du « Black Lives Matter » qui rappellent de vieux et mauvais souvenirs sur la société américaine.
 
François Hollande a fait savoir samedi matin qu’il rendrait hommage au plus vite à l’acte effectivement héroïque des militaires américains.
 
Manuel Valls a exprimé sa « gratitude » dès vendredi soir dans un tweet.
 
Le ministre de l’Intérieur l’avait fait sur place, à la gare d’Arras, dès vendredi soir, exprimant « toute notre gratitude, notre reconnaissance, notre admiration », aux Américains concernés.
 
Samedi, Bernard Cazeneuve précisait qu’un Français avait été le premier à intervenir, ouf, l’honneur est sauf.
 
Un tel acte peut transformer la donne psychologique en un quart de seconde : il y « eux », les terroristes, et « nous », les gens honnêtes, et dans ce camp du bien contre le mal, il y a deux Américains et donc l’Amérique. CQFD.
 
Ainsi vont les vagues d’émotion générées par les événements de l’actualité, les concours de circonstance heureux ou malheureux, qui ont fait que ce sont deux Américains, pas des soldats français ou chinois, qui ont empêché une tuerie probable, et qui, de surcroit, ont été grièvement blessés en intervenant.
 
La France résolument dans le camp US
 
Ça ne changera rien sur le plan géopolitique – la France est déjà rangée dans le camp américain, et même passablement « alignée » comme elle l’a rarement été depuis quatre décennies –, mais ça influence le degré d’adhésion populaire à ce positionnement dans ce pays marqué par le gaullisme et sa posture d’indépendance vis-à-vis des blocs.
 
Depuis l’élection de Barack Obama, sans doute le président américain le plus apprécié en France depuis Kennedy, dont la popularité dans l’hexagone est restée bien plus élevée que parmi ses compatriotes, la France est redevenue l’amie et l’alliée des Etats-Unis. Le « plus vieil allié », a même rappelé il y a deux ans le secrétaire d’Etat John Kerry, qui a certes des racines françaises, mais sait aussi lire la réalité politique européenne.
 
Nicolas Sarkozy, et, étonnamment, François Hollande, ont résolument placé la France dans le « camp » américain, au risque de certaines désillusions comme dans l’affaire de la « punition » de la Syrie après les attaques chimiques d’il y a deux ans, ou de se laisser entraîner trop loin comme en Ukraine, avec les conséquences que l’on connaît.
 
Cette américanophilie peut aussi ne durer qu’un temps, le propre des émotions collectives étant d’être passagères, fugaces, susceptibles d’être balayées par une autre émotion contraire. Mais elle est un élément non négligeable au moment où le monde est en pleine recomposition et en effervescence. Le « merci l’Amérique » des Français est aussi un signal politique.
 
Pierre Haski
rue89.nouvelobs.com
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