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Aziz et le déluge Nouakchottois : "Et pourtant, on n’a jamais été mieux lotis!"


Société
Lundi 16 Septembre 2013 - 16:04

Comme Néron chantant l’incendie de Rome du haut de son théâtre, même si certains historiens doutent de la véracité des faits, le président Mohamed Ould Abdel Aziz semble s’indigner des déclamations nées du déluge qui frappe Nouakchott. Pour lui, l’opinion est aveugle. « Et pourtant, on n’a jamais été mieux lotis ! » se serait-il insurgé lorsqu’il fut interpellé sur le désastre causé par les pluies diluviennes et la situation dramatique des populations. Il faut dire que l’opposition n’y est pas allée de main morte pour critiquer ce qu’elle a appelé l’incapacité du gouvernement à faire face aux inondations qui n’ont épargné aucun quartier de la ville, faisant de Nouakchott, une ville sinistrée.


Maison inondée à la Socogim PS. Crédit : Alakhbar
Maison inondée à la Socogim PS. Crédit : Alakhbar
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La Capitale Nouakchott flotte depuis plusieurs jours sous les eaux, du fait de fortes pluies qui se sont abattues sur la ville ces derniers jours. En face, un gouvernement incapable de trouver la moindre parade. Le drame est d’autant plus inquiétant que l’homme sur qui repose tous les espoirs pour soulager tant de souffrance vient de reconnaître l’incapacité des pouvoirs publics à mettre en place un réseau d’assainissement pour les eaux de pluie. Comme motif, il aurait avancé le coût exorbitant d’un tel projet et l’indigence de l’Etat à y faire face.

Il a fallu ainsi une campagne de reboisement et une situation de catastrophe, pour que Mohamed Ould Abdel Aziz informe enfin l’opinion sur le chimérique projet d’assainissement qui a fait pourtant plusieurs fois la UNE des médias publics. Interrogé en effet ces derniers jours sur ce projet, en marge de la dernière campagne de reboisement, Mohamed Ould Abdel Aziz a reconnu que le gouvernement avait réfléchi au cours des trois dernières années sur un plan d’assainissement de la ville de Nouakchott, contractant même une société chinoise.

Le coût élevé du programme aurait ainsi, selon lui, entraîné l’arrêt du projet qui serait actuellement sous étude. Pour se donner bonne conscience, il finira par rejeter la responsabilité sur la situation actuelle de Nouakchott sur les régimes qui ont précédé le sien. Mais le drame est que son gouvernement et lui ont longtemps entretenu l’espoir des Mauritaniens sur ce programme, poussant même le ministre de l’hydraulique à prendre le « rêve » pour la réalité, allant jusqu’à déterminer l’enveloppe de 3 Milliards d’UM destiné à cet ambitieux programme et l’idée qu’il verra le jour avant la saison des pluies actuelle.

Tout récemment, le directeur de l’ONAS (Office national de l’assainissement) a même réaffirmé dans une interview accordée au site noorinfo, l’ambition du gouvernement à parachever un tel projet. Aujourd’hui, l’opinion se rend compte qu’elle a été flouée.
 
Nouakchott menacé de disparition à l’horizon 2020
 
Plusieurs études sur la ville de Nouakchott sont parvenues à la même conclusion. La capitale mauritanienne est menacée de disparition dans sept années. Selon l’étude réalisée par une organisation régionale engagée pour une consultation à ce sujet par certains pays ouest africains, la menace représentée par l’Océan Atlantique sur la ville de Nouakchott et des zones environnantes est réelle. De son côté, la Banque mondiale classe la ville de Nouakchott parmi plus d’une dizaine d’autres cités dans le monde menacés par l’effet de serre due à l’élévation des eaux marines.
 
Les experts ont en effet été unanimes à prédire que Nouakchott allait connaître dans les prochaines années des pluies diluviennes, ce qui l’expose à l’immersion complète. Les indices de telles projections seraient nombreuses, le plus important étant la possibilité que la ville soit engloutie à l’horizon 2020. Cela du fait de la disparition du cordon dunaire, l’exfiltration des eaux marines dans plusieurs endroits de la ville, d’où la difficulté à ériger un plan d’assainissement. Ainsi, Nouakchott reposerait sur l’eau de mer tout en étant nettement au dessus du niveau océanique, dans une cuvette qui l’expose à tout moment.
 
L’assaut des opposants
 
L’aveu du Chef de l’Etat par rapport à son incapacité à mettre en place un réseau d’assainissement, qui remet en cause tous les espoirs des Nouakchottois, a même suscité une belle dérision de la part du mouvement « Projet pour une pensée nouvelle » animé par le jeune sénateur frondeur Ould Ghadda. Ce mouvement de jeunes qu’il dirige a en effet initié depuis le début des sinistres, une campagne bénévole dans les quartiers les plus sinistrés, en mobilisant des citernes pour pomper les eaux stagnantes et en venant en aide aux plus indigents. « Où sont passés les milliards du président tant galvaudés durant la fameuse rencontre Liqâa Chaab ? » a-t-il ironisé.

Cette dérision a été faite au cours d’une campagne de sensibilisation poursuivie par le mouvement auprès des populations sur les dangers liés aux eaux stagnantes et ses efforts à les faire disparaître. Le Sénateur Ould Ghadde a ainsi rendu public, samedi dernier, un communiqué dans lequel il en appelle à la solidarité nationale pour sauver les habitants de Nouakchott, citant les maladies qui commencent à frapper les personnes vulnérables, notamment les enfants et les plus âgés.

La responsabilité du gouvernement a été ainsi rudement mise à nue, le Sénateur se demandant in fine « où sont passés les milliards du président Aziz ? » et « pourquoi l’Etat reste-t-il indifférent aux souffrances de ses administrés? » Il a ainsi accusé le gouvernement d’avoir failli à sa mission régalienne, en privilégiant la politique de thésaurisation à outrance sur ses responsabilités sociales.
 
Les partis de l’opposition traditionnels, notamment le RFD (Rassemblement des forces démocratiques) d’Ahmed Ould Daddah et l’UFP (Union des forces du progrès ) de Mohamed Ould Maouloud se sont invités dans le débat, en invitant les autorités à déclarer « Nouakchott, ville sinistrée » et de lancer enfin un plan ORSEC (programme d’organisation des secours), à l’instar du Sénégal qui vient de consentir une enveloppe de 530 Millions de francs Cfa à cette opération d’envergure qui fait intervenir, Sapeur pompiers, forces de police et de la gendarmerie, personnels de santé et croissant rouge, entre autres.

Le RFD a ainsi dans un communiqué publié hier mis en exergue le désengagement de l’Etat par rapport à sa mission de secours envers des populations en danger. Et de rappeler les incessantes promesses du gouvernement à mettre en place un réseau d’assainissement pour les eaux pluviales, à ériger des digues de protection pour la ville de Nouakchott contre les menaces d’inondation marine et des avancées dunaires, ainsi que le projet d’exécution des plans d’urbanisme. Face aux conséquences entraînées par les récentes précipitations qui ont paralysée toutes les activités à Nouakchott, le RFD met le gouvernement face à ses responsabilités, dénonçant la politique d’indifférence adoptée face aux malheurs des habitants obligés d’abandonner leur habitat pour s’installer ailleurs dans des abris de fortune.
 
L’UFP considère de son côté que cinq départements au moins de Nouakchott sont devenus inhabitables, et que si la situation se poursuit, la capitale deviendra une ville sinistrée. Même cris de désespoir du côté du parti Mostaqbel de Mohamed Ould Borboss, qui a dénoncé dans un communiqué, l’augmentation des hydrocarbures au moment où les populations sont frappées par le drame causé par les eaux de pluie. Et de dénoncer ce qu’il appelle l’indifférence des autorités face au malheur de leurs concitoyens, citant l’absence de toute aide ou de secours envers les centaines de famille touchées de plein fouet par le désastre.
 
Aziz s’étonne de la complainte populaire
 
Face au tollé soulevé par la situation dramatique causé par les eaux de pluie, le président Mohamed Ould Abdel s’étonne qu’on puisse se plaindre de la « Providence céleste », exauçant le vœu qu’un tel déluge puisse être source de bienfaisance et de félicité pour le peuple d’Allah. Un prêche digne d’un Mollah qui n’a fait qu’exaspérer l’indignation populaire qui s’attendait à moins de fatalisme de mauvais aloi. Cette déclaration de foi a été faite au cours d’une visite qu’il a effectuée vendredi 6 septembre dernier dans les périmètres reboisés de Nouakchott. Après avoir constaté que le projet est en deçà des attentes, il a déclaré que l’Etat a fait tout son possible pour juguler les inondations à Nouakchott, reconnaissant au passage l’incapacité du gouvernement à anticiper la situation.

Mais il a constaté que l’ampleur des dégâts causée par les pluies était au dessus des moyens de l’Etat, rejetant enfin la responsabilité actuelle aux régimes qui l’ont précédé. Et d’ajouter : « certains se demandent pourquoi l’absence d’un plan d’assainissement durant les quatre ou cinq années passées, comme s’il existait un tel plan durant toutes ces dernières décennies ou simplement une simple idée, alors qu’ils devaient se poser la question, qu’est-ce qui a empêché à mes prédécesseurs de mettre en place un programme d’assainissement ? » Il a précisé que le régime actuel a tôt pensé à mettre en place un plan de cette nature il y a trois ans, allant même jusqu’à signer un contrat avec une société chinoise.
 
Selon lui, le coût exorbitant du projet les en a dissuadés, conduisant à la rupture du contrat et au renvoi du dossier à d’autres études. Il a cependant préciser que le gouvernement est décidé à réaliser une telle infrastructure pour préserver l’existence de Nouakchott et de ses populations. Pour le moment, devait-il ajouter en substance, l’Etat a mobilisé quinze camions citernes pour pomper les eaux stagnantes. Il s’est enfin étonné que les populations puissent être aussi aveugles et ne pas voir les importantes réalisations en cinq années de magistrature.

Du coup, certains observateurs ont remarqué un changement de ton dans les discours de Mohamed Ould Abdel Aziz vis-à-vis d’un homme d’état, Mokhtar Ould Daddah, qu’il avait pourtant vite élevé aux nues au début de son quinquennat, lui attribuant même une avenue. Depuis 2012, il l’assumait aux régimes corrompues et incapables qui ont dirigé le pays. La dernière attaque en date envers le bâtisseur de la Mauritanie moderne, est intervenue durant sa diatribe de vendredi contre tous ces « présidents incapables, intellectuellement déficients, qui ont construit Nouakchott et condamnés ses habitants ». Et de s(‘étonner de la campagne de dénigrement menée contre sa personne, comme s’il était pire que ses prédécesseurs.
 
Cheikh Aïdara
Pour l'authentique  
Mamoudou Kane


              

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