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Aziz et Macky Pas si fâchés que cela !


Tribunes
Mardi 17 Juillet 2012 - 23:54


Aziz et Macky Pas si fâchés que cela !
« J'ai rendu visite au Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz pour d'abord échanger avec lui sur les relations bilatérales et aussi sur la situation au Mali qui préoccupe non seulement la région ouest africaine mais aussi le continent et sa sécurité.
Sur le plan bilatéral, nos relations se portent à merveille. Nous avons échangé dans le cadre de cette coopération et aussi échangé, parfois, autour des incompréhensions liées à la carte de séjour. Il m'a vraiment donné les explications que j'ai bien comprises et acceptées.
Nous avons convenu aussi que je me rendrais en Mauritanie après le mois du Ramadan. Au total, la rencontre était extrêmement positive, située dans le cadre de la consolidation des relations bilatérales et historiques que nous ne pouvons que consolider.»


 
Ces déclarations sont du président sénégalais, Macky Sall qui venait de rendre une visite de courtoisie à son homologue mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz dans sa résidence à Addis-Abeba
où tous les deux participent aux  travaux du 19e  sommet des chefs d'Etat et de Gouvernement des pays membres de l'Union Africaine ouvert dimanche dans la capitale Ethiopienne.
La rencontre entre les deux chefs d’Etats intervient dans un climat que les medias ont décrit comme ombrageux entre les deux pays depuis que plusieurs semaines plus tôt, le ministre des affaires étrangères sénégalais était venu en Mauritanie visiblement porteur d’un message au Président mauritanien de la part de son homologue sénégalais et qu’au lieu du chef de l’Etat Mauritanien ce fut par le Premier ministre que ce porteur du message présidentiel sénégalais a été reçu. Côté commentaire, il a été  rapporté dans certains medias de part et d’autres du fleuve Sénégal qu’il y a eu refus d’Ould Abdel Aziz de recevoir un émissaire de Macky Sall parce qu’entre les deux hommes il y aurait une aigreur issue d’une part d’un soutien que le mauritanien aurait fait à Abdoulaye Wade, président sortant du Sénégal durant le présidentielle passé et d’autre part de la réticence des autorités de ce pays à livrer au pouvoir mauritanien Moustapha Ould Limam Chafi, opposant mauritanien qui fait office conseiller pour plusieurs chefs d’Etat de l’Afrique de l’Ouest et qui à un moment donné s’est trouvé en territoire sénégalais.
 
A supposer donc qu’il ait refusé de recevoir le ministre sénégalais des affaires étrangères, porteur d’une lettre officielle de son président Mohamed Ould Abdelaziz aura cédé à l’expression d’une colère face à son homologue sénégalais Macky Sall pour lui rendre la monnaie. Celui-ci s’étant abstenu,  plusieurs semaines plus tôt d’extrader vers Nouakchott Moustapha Limam Chafi, citoyen mauritanien, conseiller du président Blaise Compaoré, alors en mission à Dakar.
 
Les plus audacieux des commentateurs ont abondé dans le sens que l’arrivée à la tête du Sénégal d’un chef d’Etat d’extraction peule est mal vue par la Mauritanie dont les autorités ont une relation historique pas très aisée avec cette communauté du fait d’un passif humanitaire lourd depuis les arrestations et exécutions extrajudiciaires ainsi que les déportations dont les halpulaar de Mauritanie ont fait l’objet entre les années 80 et 90 de la part du régime d’Ould Taya. Selon ces commentateurs, il y aurait des forces malveillantes qui veulent saper une certaine unité nationale à laquelle se serait attelées les autorités mauritaniennes. D’aucuns ont soutenu que la présence encore au Sénégal de refugiés mauritaniens,  qui observent une grève de la faim pour revendiquer un retour digne alors même que Nouakchott a dit officiellement avoir clos le dossier à la faveur de retours organisés, est inacceptable aux yeux du régime actuel d’Ould Abdel Aziz. S’ajoute à cela le malaise créé par l’exigence d’une carte  de séjour à tous les étrangers résidents en Mauritanie. Carte de séjour pour l’acquisition de la quelle il faut débourser 30 000 ouguiyas et que beaucoup d’africains, notamment sénégalais ont jugé trop chère pour des familles à plusieurs membres…
 
Malaise diplomatique ou sociale, reste à savoir vers quelles concessions l’un et l’autre des deux chefs d’Etat sont prête à accéder pour « consolider, comme ils le prétendent,  des relations bilatérales et historiques.
Depuis les fameux événements de 1989 qui ont été caractérisés par des massacres de populations de part et d’autres des deux pays, les relations souvent tendues entre le Sénégal et la Mauritanie.


On se rappelle qu’en 2000 alors qu’Abdoulaye Wade, élu Président de son pays, évoquait les vallées fossiles, le gouvernement d’Ould Taya s’était scandalisé et il s’en est fallu de peu pour que la seconde rupture se produise. Des rapatriements avaient même commencés à être effectués. Mais le vieil opposant sénégalais passé à la tête de l’exécutif de son pays à réussi à faire taire ses velléités pour sauver une paix fragilisée par plusieurs années de suspicion. Depuis, Abdoulaye passe pour un ami de la Mauritanie qui va réussir à désamorcer une crise politique né dans ce pays à cause d’un coup d’Etat en 2008.
 
Vient alors le changement qui à partir de cette année va porter à la tête du Sénégal un quinquagénaire plus jeune que son voisin et dont le mode de direction s’inscrit dans une perspective de rupture avec le système d’un Abdoulaye qui certainement n’avait pas manqué de nouer de solides liens avec la Mauritanie. Ce qui justifierait d’ailleurs un probable soutien, du moins une possible préférence, d’un Mohamed Ould Abdel Aziz qui passe aujourd’hui aux yeux de sa propre opposition comme le dirigeant mauritanien le plus maladroit quant à sa manière de conduire la diplomatie de la cité. Il lui a été souvent reproché les interventions militaires dans le nord malien sous prétexte de frappes préventives contres des terroristes ou des décisions impopulaires qui ont parfois surpris les pays voisins.
 
Comme peut-être en 2000 où accède au pouvoir un opposant radical qui avait été tenu en partie pour responsable des événements sénégalo-mauritaniens de 1989, en 2012 avec l’élection d’un dissident d’Abdoulaye Wade déterminé à résister à certaines pressions, on peut penser qu’Ould Abdel Aziz et Sall sont en train de se jauger l’un et l’autre, histoire de mieux se connaitre. On peut retenir qu’ne rendant visite à son homologue mauritanien avec un ancien chef de la diplomatie sénégalaise en la personne de Cheikh Tidiane Gadio, un homme que la Mauritanie considère comme un ami, Macky Sall a sûrement lancé un signal fort à l’homme fort de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz.

KD

Source : La Tribune N° 602 du lundi 16 juillet 2012
 
kissimadiagana.blogspot.com


              

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