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Au Mali, "le poids de la religion dans la campagne est considérable"


International
Samedi 27 Juillet 2013 - 23:09


Quel est le poids de la religion dans la campagne électorale malienne ?

Au Mali, "le poids de la religion dans la campagne est considérable"
Il est considérable. Le dernier recensement parle de 94% de musulmans. Il est notamment important en termes de mobilisation sociale. Ce phénomène est ancien mais il s'est accentué depuis le processus démocratique initié en 1991.

Celui-ci s'est accompagné d'un libéralisme économique qui a beaucoup fragilisé le tissu social. A mesure que l'Etat a perdu de sa légitimité, les religieux en ont récupérée, notamment en s'engageant dans l'action sociale et les ONG. Aujourd'hui, les acteurs musulmans au Mali ne sont plus seulement des médiateurs entre la société et l'Etat, ils estiment être les porte-parole d'une certaine voix de la société.


Comment cela s'est-il concrétisé ?

Principalement autour du Haut conseil islamique du Mali (HCIM). Le renouvellement de ses instances dirigeantes en 2008 a débouché sur une hégémonie wahhabite au sein du Conseil exécutif, présidé par l'imam Mahmoud Dicko.

Le wahhabisme est minoritaire au Mali. Originaire d'Arabie saoudite, il s'y est développé à partir des années 1940. Il prône une ré-arabisation de l'islam par une réforme de l'éducation islamique et se réclame de ce que l'on appelle le salafisme, un fondamentalisme qui préconise un retour à l'authenticité originelle de l'islam à travers une lecture littérale de la charia.

A partir de 2008, les wahhabites ont utilisé le HCIM comme une tribune d'interpellation de la société et de l'Etat. En 2009, ils ont réussi à faire annuler une réforme du code de la famille qui était jugé trop pro-occidental. En 2012, le HCIM s'est mobilisé pour réclamer des élections transparentes et démocratiques et son secrétaire général a été élu président de la Commission électorale nationale indépendante. Le HCIM s'est ainsi placé en arbitre des élections. L'islam, ou en tous cas une tendance de l'islam, – les wahhabites –, est entré en politique.


Mais la Constitution malienne, laïque, n'autorise pas la création de partis religieux...

Principalement autour du Haut conseil islamique du Mali (HCIM). Le renouvellement de ses instances dirigeantes en 2008 a débouché sur une hégémonie wahhabite au sein du Conseil exécutif, présidé par l'imam Mahmoud Dicko.

Le wahhabisme est minoritaire au Mali. Originaire d'Arabie saoudite, il s'y est développé à partir des années 1940. Il prône une ré-arabisation de l'islam par une réforme de l'éducation islamique et se réclame de ce que l'on appelle le salafisme, un fondamentalisme qui préconise un retour à l'authenticité originelle de l'islam à travers une lecture littérale de la charia.

A partir de 2008, les wahhabites ont utilisé le HCIM comme une tribune d'interpellation de la société et de l'Etat. En 2009, ils ont réussi à faire annuler une réforme du code de la famille qui était jugé trop pro-occidental. En 2012, le HCIM s'est mobilisé pour réclamer des élections transparentes et démocratiques et son secrétaire général a été élu président de la Commission électorale nationale indépendante. Le HCIM s'est ainsi placé en arbitre des élections. L'islam, ou en tous cas une tendance de l'islam, – les wahhabites –, est entré en politique.


Que sait-on de Sabati 2012 ?

Peu de choses en réalité. C'est une organisation autoproclamée et financée par le Chérif de Nioro qui revendique une centaine d'associations membres. Mais Sabati 2012 apparaît comme une plateforme de revendications politiques pour le HCIM qui lui n'a pas le droit de prendre officiellement position dans la campagne.

Est-ce que ça va porter dans l'élection ? En tous cas, ils se sont engagés et prêchent dans les mosquées en faveur d'IBK, non sans susciter de vives oppositions.


Quelle est la relation des wahhabites avec les djihadistes du Nord ?

Au moment de l'occupation du Nord par les groupes djihadistes en 2012, Mahmoud Dicko a pris plusieurs initiatives : acheminement de convois humanitaires pour les régions contrôlées par les islamistes, initiative de constituer un atelier sur les conditions raisonnables d'application de la charia qui devait servir de base de négociation avec les islamistes. Et il a tardé à condamner les destructions de mausolées à Tombouctou et Gao.

Cela montre qu'il y a eu une tentative d'utiliser la doctrine salafiste que les wahhabites partagent avec les djihadistes, mais dont ils diffèrent dans l'application : l'avènement de la charia au moyen du jeu institutionnel d'un côté ; par le djihad de l'autre. Les wahhabites intègrent, en effet le principe des élections et le respect d'un certain fonctionnement démocratique, même si certains pensent que c'est pour le pervertir par la suite. Toutes proportions gardées, et sans lien direct d'un point vue doctrinal, on est dans la configuration d'Ennahda en Tunisie ou des Frères musulmans en Egypte qui conquièrent le pouvoir par les urnes.


L'épisode du code de la famille, en 2009, a-t-il été un point de basculement ?

Le rejet de la réforme du code de la famille est une opération réussie du " parti de l'islam " suscité par les wahhabites. Ce code ne mettait pas en péril les règles sociales issues des traditions coutumières puisque la loi n'intervient qu'en cas de conflit persistant.

En mobilisant contre la réforme, le " parti " a voulu contester le monopole de l'Etat en matière de droit social et il a réussi. Le code a été retiré alors que la loi avait déjà été votée par l'assemblée ! Cet évènement a fragilisé l'Etat : il a montré à quel point il était faible, notamment vis-à-vis du HCIM. Cet épisode participe de cette volonté de faire entrer l'islam dans les institutions.


Quel est leur objectif politique ?

En janvier 2012, deux jours après le début de la rébellion touareg, Mahmoud Dicko s'est déclaré en faveur d'une République islamique au Mali, si les citoyens maliens le désirent. C'était la première fois qu'une telle personnalité intervenait sur le sujet. Pour l'heure, leur objectif est de concrétiser une alliance avec le personnel politique, de faire accéder l'islam à un niveau institutionnel et peut-être constitutionnel qu'il n'a jamais eu.

Pendant le putsch, le premier ministre Cheick Modibo Diarra a accordé la création d'un ministère des affaires religieuses et du culte. Même si cela n'a rien d'illégitime, c'est pourtant une rupture par rapport à l'histoire politique et institutionnelle malienne. C'est difficile de voir jusqu'où le " parti de l'islam " veut aller car au-delà des intentions et des rêves, il n'est pas évident qu'ils aient les ressources politiques et économiques pour organiser cette prise de pouvoir démocratique par le religieux. Cela ne se décrète pas. Et les évènements au Nord ont aussi révélé que la majorité des Maliens souhaitent peut-être vivre dans un pays musulman mais pas dans un Etat islamique.


Quelles peuvent être les conséquences de ce soutien de Sabati 2012 à "IBK" s'il est élu ?

Le putsch de mars 2012 visait à en finir avec la 3ème République et son gouvernement élitaire. Mais l'hétérogénéité des mouvements qui le soutenaient - l'extrême gauche, les militaires, les wahhabites, les nostalgiques de la dictature de Moussa Traoré notamment - l'a fait échouer. Ces idéologies si différentes n'ont pas pu trouver un leadership commun. A l'époque, IBK s'est mis en retrait, des putschistes et des anti-putschistes. Il a ainsi conservé une grande latitude pour obtenir des soutiens qu'il concrétise à travers cette élection.

Aujourd'hui, les acteurs du putsch de 2012 investissent en IBK la possibilité de réaliser une 4è République par le bas, même si l'alliance entre les révolutionnaires populistes et les conservateurs laisse augurer un avenir incertain. Et c'est peut-être là que réside la force du challenger Soumaïla Cissé : la crainte diffuse que le Mali ne se déchire avec IBK.

Source: lemonde.fr
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