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Noorinfo

Attrapez-le ! C’est lui Saada !


A.O.S.A
Lundi 18 Août 2014 - 01:00


Attrapez-le ! C’est lui Saada !
Inoubliable Saada ! 20 ans après par le miracle du net apparaît devant moi sa photo car quelqu’un a dû appuyer « j’aime ». C’est ainsi que j’ai appris qu’il n’est plus de ce monde ndeyssane. J’ai beau regarder sa photo, je reconnais  à peine le Saada de l’époque où Nouakchott était encore un tout petit village où pour nous autres d’ilot K, les blocs rouges c’était déjà le Bronx…
 
A cette époque, il n’y avait pas de mur autour de l’ambassade de France mais des grilles et même juste un petit grillage qui soutenait des plantes et la porte de l’ambassade était grande ouverte avec juste une barrière légère qu’un petit bras pouvait lever. A cette époque devant le lycée français il n’y avait pas encore de bâtiment juste un terrain vague limité par des pneus.
 
L’ambassade de France était ouverte aux quatre vents et les jeunes mauritaniens, français et étrangers y circulaient librement pour aller jouer dans le terrain de volley à l’intérieur. C’était l’époque où l’on pouvait voir le consul venir en douce crever un pneu d’une voiture d’un ennemi à cause d’une affaire personnelle qu’on ne peut pas raconter ici. C’était une époque où l’ambassadeur voyant entrer en pleine nuit des jeunes mauritaniens en pick-up, certains assis à l’arrière, nous suivait en douce pour savoir jusqu’où on irait. Puis on apprenait qu’il avait donné un coup de fil pour savoir mais nos hôtes s’en fichaient pas mal de ce que pense ou pas l’ambassadeur.
 
C’était l’époque d’un véritable métissage inimaginable aujourd’hui.
 
Assis en face de l’entrée principale,  les jeunes de la même génération se retrouvaient là après les cours un peu comme dans les banlieues françaises dans les halls d’immeubles. Il faut dire à l’époque où nous avions 16 ans, les mauritaniens ne pouvaient pas amener leurs copines françaises chez eux et vice-versa donc tout le monde restait dans la rue en attendant d’apprendre que telle famille était partie en week-end pour aller tous fêter dans la maison.
 
Là dans la petite ruelle en face de l’entrée principale de l’ambassade de France, au coin d’une petite boutique, végétaient les jeunes amis. Il y a tant de choses à raconter sur cette époque  incroyable, le temps des grandes amitiés avant le temps des grandes trahisons, le temps des grandes passions, le temps total des vraies jeunesses, le temps d’avant le temps suivant, le temps qui ignore tout du temps où tout s’en va, le temps d’avant penser à être quelque chose et risquer de finir presque rien. Certains perdirent l’esprit, d’autres se suicidèrent d’autres enfin furent sauvés du naufrage par des parents du milieu politique qui leur donnèrent une licence de pêche ou une rente familiale, d’autres, après avoir tourné autour du précipice de la génération solaire, ont échappé de justesse par un ressort personnel comme on reconnaît un coup de pouce du destin.
 
Devant cette jeunesse comme toutes les jeunesses du monde coupées des réalités du monde autour, apparaissait venant du Bronx ou d’on ne sait où Saada Le ! Ce Saada-là n’a rien à voir avec le vrai Saada dont on n'a jamais rien su, ce n’était pas même le Saada dont je viens de voir la photo, c’était le Saada dans l’imaginaire de nos 16 ans. Un grand fin qui ressemblait à un malgache car il avait les cheveux lisses et le teint marron, étaient-ils défrisés, on ne se posait pas la question. Il arrivait là de loin certainement pour sympathiser avec ces jeunes mauritaniens, européens, asiatiques, noirs, blancs, métis mais comme il n’était ni du lycée français ni des jeunes mauritaniens satellites ni du quartier et de ses environs immédiats, il n’a jamais pu se faufiler.
 
Il passait donc venant de loin, avec son grand sourire et à la longue il sympathisait avec les plus grands d’entre nous qui en avaient un peu peur car il venait de loin et voulaient se le mettre dans la poche. Saada n’a jamais été dupe, alors il passait plaisanter et disparaissait.
 
Il savait que certains lui avaient donné le surnom de Saada le voleur car des fois on le voyait apparaître avec un chien manifestement bien nourri avec un bon collier et à notre grande surprise on voyait Saada l’emmener à l’intérieur de l’ambassade pour le rendre et toucher la prime. Les mauvaises langues disaient qu’il avait volé lui-même le chien pour le rendre ensuite.
 
Alors en riant il nous disait « vous savez comment je m’appelle ? » puis il répondait tout seul « Saada Le ! » puis après un instant pour voir qui oserait aller plus loin, il rajoutait «  Saada le philosophe » puis il éclatait de son grand rire au fond bien innocent car il en faut de l’innocence pour la suite…

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chezvlane


              

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