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Après Mandela


Lu sur le web
Mercredi 12 Juin 2013 - 22:05

Il n'y aura jamais de nouveau Mandela, mais c'est peut-être ce dont a justement besoin l'Afrique du Sud pour se sauver de la ruine.


Après Mandela
L'ancien président sud-africain Nelson Mandela a été hospitalisé samedi pour la quatrième fois depuis décembre en raison d’une infection pulmonaire récidivante. La dernière apparition publique de Mandela date d'à peu près trois ans maintenant, lors de la cérémonie de clôture de la Coupe du Monde 2010, à Johannesburg. Mais son omniprésence demeure toujours aussi palpable. Prenez par exemple son «apparition» en janvier dernier, lors du lancement de la 29e Coupe d'Afrique des Nations, une compétition internationale de football organisée tous les deux ans. La cérémonie d'ouverture, très sophistiquée, célébrait la culture africaine dans une débauche de fête, de musique et de danse.
 
A un moment donné, une énorme marionnette à l'effigie de Mandela est arrivée sur scène, vêtue d'une de ces amples chemises imprimées emblématiques de l'ancien président. Avant de parader, remuer, gigoter, gambader. Et le public applaudissait à tout rompre, tant l'effigie était instantanément reconnaissable, instantanément sympathique, instantanément vénérée. Comme si le reste du tableau – des centaines danseurs en tenues traditionnelles et chamarrées – était invisible.
Mais il y avait aussi quelque chose de profondément ironique dans cette marionnette: dans tout son gigantisme et sa vitalité, elle était en quelque sorte une bien meilleure doublure que Mandela lui-même, dont l'âge et l'état de santé ne lui permettent plus de monter sur scène.
Ces derniers mois, l'ancien et malade président n'a pas lâché d'une semelle la conscience sud-africaine. A 94 ans, il est extrêmement faible et son état se détériore rapidement. Alité, il ne sort plus de sa demeure de Johannesburg. On le dit sénile, et même aphasique. Selon un article particulièrement dévastateur citant son ex-femme, sa «flamme est en train de s'éteindre ».
 

Une presse étrangère béatifiante

A chaque fois que Mandela est admis dans un hôpital, un mur de silence s'érige d'un côté entre ses porte-parole et le Congrès National Africain (ANC) au pouvoir, et de l'autre les médias nationaux et internationaux. La ligne officielle de l'ANC est toujours la même: l’état de santé de Mandela est «stable», ses examens médicaux ne sont que de la «routine» – dégagez, il n'y a rien à voir. La ligne officieuse est radicalement différente et, de toute évidence, bien plus proche de la vérité.
On note aussi un fossé manifeste entre médias nationaux et internationaux quand il s'agit de l'état de santé de Mandela. La presse étrangère se fait plus béatifiante – elle s'épuise en superlatifs transcendantaux pour décrire le vieil homme d’État –, mais elle aussi plus implacable et fataliste. Il s'agit de polir l'auréole ou de se préparer à la veillée funèbre, il n'y a bien souvent pas d'autre alternative, ce n'est visiblement pas intéressant.
A chaque fois que Mandela tombe malade, les journalistes internationaux se demandent si ce séjour à l'hôpital sera le dernier, si l'impensable est en train de se produire, s'ils peuvent sortir les nécrologies, s'ils la tiennent, leur grosse actualité.    
Du côté des Sud-Africains, on est souvent plus habile, plus sévère, les journalistes sont indifférents aux hyperboles et préfèrent tout de suite critiquer la ligne officielle du parti. Ils font un meilleur boulot dans leurs portraits de Mandela, décrit comme un être humain réel. Mais ils ont aussi appris à révérer un gouvernement qui contrôle les médias, menace leur liberté et doute de leur patriotisme.
L'ANC a fait une exploitation éhontée de lois datant de l'apartheid – comme celle qui interdit à quiconque de fournir «toute information relative aux mesures de sécurité applicables au niveau ou à l'égard» de toute propriété désignée comme National Key Point  [les installations/lieux d'importance stratégique en Afrique du Sud, NdT] – pour contenir les médias autour de Mandela.
Ce qui s'applique aussi à l'actuel président, Jacob Zuma, dont la demeure au financement suspect a été commodément classée National Key Point. Pour l'ANC, les législations datant de l'apartheid sont exécrables, on s'en doute – sauf quand elles peuvent servir la cause du parti, protéger ses politiciens ou couvrir leurs crimes. Dans ce cas, elles sont non seulement acceptables, mais elles sont même admirables. Pour reprendre les termes du sociologue Roger Southall, l'ANC «brouille la distinction entre parti et État (et entre légalité et illégalité)».

Le 11 février 1990, Nelson Mandela, ici avec sa femme Winnie, vient d'être libéré après avoir passé 27 annnées en prison. REUTERS
Le 11 février 1990, Nelson Mandela, ici avec sa femme Winnie, vient d'être libéré après avoir passé 27 annnées en prison. REUTERS

Les «plans M» des médias

Que l'ANC ait maintes fois bousillé sa réponse médiatique aux hospitalisations de Mandela par une stratégie de «limitation des dégâts» qui ferait rigoler n'importe quel professionnel des relations publiques, c'est très révélateur. En décembre 2011, la police avait ainsi démonté trois caméras de surveillance braquées sur la maison où vivait à l'époque Mandela, dans la province du Cap-Oriental.

 
Ces caméras avaient été installées par Reuters et Associated Press, pour les activer si jamais Mandela venait à mourir. Après un tollé général, les autorités avaient sévèrement condamné l'impudeur et l’indiscrétion de ces organes de presse, malgré le fait que, selon Reuters et AP, c'étaient ces mêmes autorités qui les avaient autorisés à installer ces caméras.
De fait, la veillée funéraire de Mandela et son macabre cortège sont dans les starting-blocks. Écrivant dans le Guardian en décembre 2001, David Smith, correspondant africain du journal britannique, admettait l'existence de «projets top-secrets. Il serait imprudent d'en parler à ses concurrents, et de mauvais goût de les mentionner en société. Mais un jour, ils seront activés – reste à savoir quand.
Ce sont les 'plans-M', l'euphémisme pour ces scénarios que conçoivent les organes de presse pour se préparer à la mort de Mandela. Smith ajoutait «Les plus gros médias ont passé des années – et dépensé des 'fortunes' – pour se construire des studios, acheter des emplacements de choix, réserver des avions et des hôtels, engager des 'prestataires' locaux et s'assurer la signature d'experts renommés».
Un vrai petit commerce. En 1997, déjà, le journaliste sud-africain Lester Venter publiait When Mandela Goes [Quand Mandela sera parti]. Depuis, les ouvrages aux titres similaires se sont multipliés, le plus récent étant After Mandela [Après Mandela], signé par l'ancien correspondant sud-africain du Daily Telegraph, Alec Russell. Depuis des décennies, tout le monde a peur de ce qui pourrait advenir après la mort de Mandela; sans sa force stabilisatrice (et largement mythologique) le pays va-t-il s'effondrer?
Pour reprendre une formule tellement juste de Russel, Mandela a offert à l'Afrique du Sud sa «sorcellerie réconciliatrice», en aidant non seulement le pays sur la voie de la démocratie, mais en encourageant à l'unité, au pardon, et à la foi en l'humanité. 

«Un saint laïc aux yeux du monde»

Pour le journaliste Alex Duval Smith, dans The Independent, Mandela est «la dernière légende vivante de notre planète». Pour le directeur du bureau africain du Time, Alex Perry, et des millions d'autres, Mandela est «une sorte de saint laïc aux yeux du monde».
Un trop grand nombre de journalistes soi-disant objectifs ont visiblement oublié la maxime de George Orwell (dans sa recension de 1949 d'une biographie de Mahatma Gandhi): «Les saints devraient toujours être présumés coupables avant d'avoir prouvé leur innocence». Et Mandela l'avait lui-même déclaré en 1990, à sa libération après 27 années d'emprisonnement: «Je me tiens devant vous non pas comme un prophète, mais comme votre humble serviteur, un serviteur du peuple». Une phrase qui, si on y réfléchit bien, est typiquement le genre de choses que pourrait dire un prophète.
En décembre, lassé des effusions sur la santé déclinante de Mandela, le militant anti-Sida du Cap, Nathan Geffen, avait écrit sur son site web que «la fabrication du mythe Mandela, les propos incessants de l'ANC le décrivant comme infaillible, surhumain (…) associés à l'échec d'une discussion et d'un débat critiques sur les idées, les actions, les succès et les défaites de sa vie, ne font que lui causer du tort. Son existence en est réduite à une succession de citations complaisantes. On excuse toutes sortes de bassesses faites en son nom, ce qui déshumanise Mandela et signifie en réalité que nous n'avons pas su apprendre de son œuvre».
Comme si Geffen était le seul adulte dans un monde peuplé d'adolescents éternellement idéalistes et excessivement nerveux, mais en réalité, les intellectuels Sud-Africains sont de plus en plus nombreux à présenter le legs de Mandela sous une perspective critique et les jeunes commencent eux aussi à regarder Madiba (le surnom affectueux de Mandela) d'un œil froid, en particulier les générations dites «born free» [nées libres] qui n'ont connu que la démocratie et qui ne partagent pas la gratitude et la bienveillance intuitive des plus âgées à l'égard de l'ancien président.

Des plus jeunes sans bienveillance

Les born free sont démoralisés par les inégalités de leur pays (qui se sont en réalité agravées depuis la fin de l'apartheid et qui comptent aujourd'hui parmi les plus préoccupantes du monde), ses écrasants 71% de jeunes au chômage, la ruine de son système éducatif et son manque patent de logements adéquats et d'infrastructures de santé.
Ils enragent face à l'ahurissante criminalité sud-africaine (le pays demeure l'un des plus violents au monde), frustrés par une pauvreté qui n'en finit pas: selon le Programme pour le Développement des Nations Unies (PNUD), quasiment la moitié des Sud-Africains vivent en deçà du seuil de pauvreté.
Et ils se sentent trahis par une élite ANC corrompue, qui ne cherche visiblement que son profit personnel, qui promet tout au moment des élections, pour ne rien faire une fois en place. Rien de tout cela n'est imputable à Mandela, bien sûr, mais ce n'est pas non plus la faute de la jeunesse sud-africaine. En 2012, un blog born-free postait un article au titre provocateur «Comment Mandela a fait son beurre sur le dos des noirs».

Nelson Mandela et Bill Clinton  à Londres, en 2003. REUTERS/Chris Young/POOL
Nelson Mandela et Bill Clinton à Londres, en 2003. REUTERS/Chris Young/POOL
La vérité, c'est que Mandela n'a jamais vraiment présidé l'Afrique du Sud. Depuis le début de son unique mandat, en 1994, il a toujours délégué (ou a peut-être été forcé de déléguer) ses décisions à son vice-président, Thabo Mbeki, futur leader du pays. A l'époque, Mandela n'était déjà qu'un simple pantin, posant devant les photographes en compagnie de célébrités américaines, friand de déclarations au semblant de profondeur mais souvent vides de sens, pour enfin pouponner un Bill Clinton tout penaud après l’affaire Monica Lewinsky. (Clinton a tout de suite compris comment exploiter Mandela pour les plus subtils des objectifs politiques. Votre nation vous a foutu la honte parce que vous avez trompé votre femme? Dites que vous êtes allé chercher conseil auprès de Mandela, et tout vous sera pardonné).
En ce temps-là, le rôle de Mandela relevait d'une nécessité: rassurer l'Afrique du Sud et le monde sur la bonne marche de la transition démocratique post-apartheid, encourager le tourisme et les investissements étrangers, mais aussi apaiser la psyché d'une nation anxieuse qui comptait sur sa solide présence morale. Beaucoup de choses politiquement sensées ont été accomplies pendant le premier mandat de Mandela, mais sans apport réel de la part du grand homme.

Quel bilan pour le Président Mandela 

Jusqu’à aujourd'hui, Mandela s'est donc vu créditer des politiques que Mbeki et d'autres ont mis en œuvre (une économie néolibérale relativement prospère; les premières étapes d'importance visant à juguler la pauvreté et à donner des logements aux sans-abri) et, de temps en temps, on lui a imputé des erreurs qui, avec le recul, étaient en réalité celles de Mbeki (avoir manqué de fermeté vis-à-vis du gouvernement de plus en plus tyrannique de Mugabe au Zimbabwe; une politique étrangère souvent confuse et contre-productive; l'élargissement de la fracture sociale).
Pour les militants, la faute la plus grave de Mandela, c'est de n'avoir pas réussi à dénoncer l'épidémie de sida – qui a paralysé le pays ces deux dernières décennies, faisant des millions de morts – et d'avoir négligé la mise en œuvre d'une véritable politique pour prévenir de nouvelles infections et distribuer des rétro-viraux aux malades.
Mais même là, Madiba mérite une certaine clémence. Après tout, le problème du sida était du ressort de la ministre de la Santé de l'époque, Nkosazana Dlamini-Zuma, ex-femme de l'actuel président et devenue depuis présidente de la Commission de l'Union Africaine. En réalité, avec sa coûteuse tentative d'attirer l'attention du pays sur le sida, Dlamini-Zuma a été à l'origine d'un des premiers tollés publics de la nouvelle Afrique du Sud. Sans compter qu'il est facile, avec le recul, de parler de la mauvaise gestion gouvernementale de la bombe à retardement qu'est le VIH. Dans les toutes premières années de la démocratie, avant que l'impardonnable négationnisme de Mbeki sur le virus devienne une politique nationale, le sida n'était qu'un énorme problème social, un parmi d'autres.
Mandela n'est certainement pas en reste en termes de maladresses politiques. La plus célèbre, c'est sans doute sa proposition de 1993, un an avant la première élection démocratique sud-africaine, d'abaisser l'âge de vote à 14 ans. L'idée était bien étrange venant d'un homme qui aurait dû savoir que son parti pouvait s'attendre à une écrasante majorité, sans avoir à grappiller les voix de la jeunesse. (Et même certains militants de l'ANC, qui pensaient que trop de concessions avaient déjà été accordées aux Afrikaners, ont été stupéfaits par la suggestion de Madiba).  
En privé, et à de rares occasions, des proches de Mandela évoquent des moments où l'ancien président s'est montré mesquin, cupide, grossier, trop conciliant et même veule. Ce qui ne veut pas dire que Mandela n'est pas un grand homme – il l'est assurément – mais qu'il n'est que ça: un homme.
Comme l'a récemment dit le dernier président sud-africain de l'apartheid et co-lauréat du Nobel de la Paix avec Mandela, F.W. de Klerk (qui n'a rien non plus d'un héros): «Il n'était pas du tout la figure fraternelle et angélique qu'on décrit si souvent aujourd'hui».

Incapables de faire mieux que Mandela, ses successeurs ont fait pire

Dans sa jalousie et sa rancœur implicite à l'égard de Mandela, de Klerk s'est trouvé un improbable compère en la personne de Thabo Mbeki, qui a toujours compris qu'il n'arriverait jamais à la cheville de Mandela, qu'importent son habileté et ses compétences politiques (et le jeune Mbeki était un lobbyiste et un stratège hors pair).
Même avant de devenir président, Mbeki n'a pas cessé d'humilier Mandela, ouvertement comme tacitement, en privé comme en public. Sûr de devenir le prochain Président, lors d'un congrès de l'ANC de 1997, Mbeki avait répondu à la question que tout le monde se posait alors: comment allait-il s'y prendre pour marcher dans les pas si grandioses de Madiba?
«Même mort, je n'aimerais pas marcher dans tes pas», avait-il déclaré, en s'adressant directement à Mandela, «parce que tu as des chaussures vraiment trop moches». C'était une blague, mais pas seulement. Plus tard, Mbeki s'est moqué des chemises «ridicules» de Mandela. Une fois devenu président, il a même refusé de lui répondre au téléphone. Quant à Mandela, il suspecta son successeur d'avoir installé des micros chez lui – ce qui n'est pas une idée farfelue, vu la célèbre paranoïa de Mbeki.

Il y a 14 ans, le 16 juin 1999, passation de pouvoir entre Mandela et Mbeki. PAA/REUTERS
Il y a 14 ans, le 16 juin 1999, passation de pouvoir entre Mandela et Mbeki. PAA/REUTERS
La vérité c'est que pour n'importe quel politique sud-africain, Mandela a placé une barre déraisonnablement trop haute. Incapables de faire mieux que Mandela, ses successeurs à la présidence se sont visiblement contentés de faire pire. Mbeki, friand de citations de Shakespeare, Yeats et Langston Hughes, aurait dû davantage lire Freud.
Le successeur de Mandela s'est montré de plus en plus autocratique, fou et obsessionnel – avant de se faire exclure de son propre parti pour avoir voulu briguer un anticonstitutionnel troisième mandat.

Un Mandela à moitié Che Guevara, à moitié Mickey Mouse

L'actuel président, Jacob Zuma, avec ses 783 chefs d'accusation de racket, de fraude et de corruption a proféré des menaces implicites contre la Constitution sud-africaine, contre les médias et le système judiciaire.  Il vient de dépenser 28 millions de dollars sur le dos du contribuable pour se faire construire une luxueuse demeure familiale. Pour l'ancien correspondant africain du Guardian, Chris McGreal, Zuma était un être «quasiment dépouillé d'idéologie ». Mais désormais, on sait pertinemment quelle est son idéologie – c'est la philosophie de l'enrichissement personnel.  
Malgré l'émergence en février d'un nouveau parti politique, aucun parti ne peut se targuer d'une influence suffisante auprès de la majorité des noirs sud-africains pour représenter une réelle menace pour l'ANC. Pour le meilleur et pour le pire et à horizon prévisible, le parti de Nelson Mandela demeurera le parti dominant de l'Afrique du Sud.
Et pendant que Mandela s'efface progressivement de la scène publique, l'industrie Mandela, elle, n'a jamais été aussi florissante. C'est le «Mandela» franchisé, fétichisé, frappé, moulé, massivement fabriqué et perpétuellement exploité – et qui n'a plus le moindre lien avec l'être humain d'origine. C'est le Mandela mondial, chosifié à l'extrême – à moitié Che Guevara, à moitié Mickey Mouse.
L'image de Madiba est partout, sur les T-shirts, les tasses à café, et même sur les nouveaux billets de banque sud-africains. Les marques de vêtements Mandela se comptent à la pelle. Il y a aussi la pièce d'or Mandela, destinée aux richissimes expatriés sud-africains (ceux là même qui adorent suffisamment leur pays pour chanter partout ses louanges, mais pas assez pour y vivre).
Aux touristes, les magasins de souvenirs vendent des gadgets Mandela frappés du slogan «Revenez avec un bout de l'Afrique dans vos bagages» – qu'importe qu'ils soient probablement fabriqués en Chine.

Une marionnette

L'hagiographie s'est internationalisée depuis longtemps. L’adaptation hollywoodienne d'Un long chemin vers la liberté, le best-seller autobiographique de Mandela (écrit en sous-main par Richard Stengel, aujourd'hui rédacteur en chef du Time) est prévue pour cette année. Dans le film, c'est Idris Elba, l'acteur britannique d'ascendance ghanéenne et sierra-léonaise, célèbre pour son rôle dans la série The Wire d'HBO, qui jouera Mandela.
Un casting qui a déclenché l'ire de quelques jeunes comédiens sud-africains. «Mandela a déjà été interprété par Danny Glover, Morgan Freeman et Sidney Poitier», m'a dit récemment un ami acteur. «Quand verrons-nous un vrai Sud-Africain jouer le rôle du Sud-Africain le plus célèbre au monde?» Et il y a aussi l'émission de télé-réalité. Le 10 février, la chaîne de NBC Cozi TV a lancé Being Mandela, où se retrouvent trois des petites-filles de Mandela, qui cherchent à l'évidence à rivaliser avec les Kardashian.
Et pendant ce temps, une lettre divulguée à la presse en juillet dernier révélait une scission entre l'ANC et sa famille la plus célèbre. Dans ce courrier, l'ex-femme de Mandela, Winnie Madikizela-Mandela, déplorait que «Personne ne s'est jamais soucié de savoir comment nous allions, en tant que famille. A l'évidence, nous n'avons aucune importance, sauf quand on peut se servir de nous à des fins quelconques».
C'est un peu fort de café, vu que Madikizela-Mandela a été l'une des premières à exploiter le nom de Mandela, en vendant à des touristes et à des prix exorbitants de la terre et autres colifichets provenant de la maison de son mari à Soweto.
Mais Madikizela-Mandela a quand même raison sur un point. Aujourd'hui, Madiba n'est rien d'autre qu'une marionnette ballottée entre l'ANC (qui se sert de son nom pour stimuler son électorat ou rappeler ses heures de gloires à ses partisans), les partis de l'opposition (qui brandissent son nom comme une arme) et les médias internationaux (pour qui Mandela résume combien le pays n'est pas à la hauteur de ses idéaux, qu'importe qu'ils soient de toute façon inatteignables).
La mort de Mandela sera peut-être l'occasion d'un charitable état des lieux: en tant que pays, où se situe aujourd'hui l'Afrique du Sud, où devrait-elle être, et comment y arriver. L'espoir pour une Afrique du Sud post-Mandela, c'est de voir des jeunes dirigeants trouver une voix nouvelle, libérer les partis politiques de la gabegie qui n'a cessé de rogner l'autorité morale de ce pays, continuer à se battre pour les droits de la majorité pauvre et offrir, encore une fois, une vigoureuse démocratie à l'Afrique du Sud. Ce qui est triste, c'est qu'il faudra sans doute le décès de Madiba pour que tout cela devienne possible.
Roy Robins
Traduit par Peggy Sastre
Pour slate.fr
Mamoudou Kane


              

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