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Approvisionnement du pays en médicaments : Qui sabote l’importation ?


Actualité
Mardi 1 Janvier 2013 - 19:00

Scandaleux ce qui se passe autour du secteur pharmaceutique national ! Depuis l’indépendance jusqu’à nos jours, ce secteur a connu des évoluions graduelles mouvementées.


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Approvisionnement du pays en médicaments : Qui sabote l’importation ?
Des évolutions qui ont fini par ouvrir le secteur à un commerçant du fait de ses liens supposés ou réels à l’autorité sanitaire de l’époque. C’était à l’époque du régime de Mohamed Khouna Ould Haïdallah. Une loi datée du 14 juillet 1983 est prise par le CMSN donnant la possibilité à des non pharmacien de créer des officines de pharmacie à condition que la gestion technique soit assurée par un pharmacien attitré.

La suite c’est connu. En 1987, le premier grossiste privé CODIPHAR est créé par un non pharmacien. En 1988, la loi de 1987 est reprise, supprimant toute entrave aux investisseurs privés non pharmaciens, mais rend obligatoire la présence d’un pharmacien professionnel comme responsable technique. Voilà comment la boîte de pandore s’est ouverte à des investisseurs véreux, sans foi ni loi ignorant tout de la profession de pharmacien. La charrue avant les bœufs pourrait-on écrire, puisque ce n’est qu’une fois l’entourloupe jouée, qu’interviendra la création du premier Conseil de l’Ordre professionnel en 1993. Elle ne pouvait intervenir avant de crainte que l’Ordre ne s’oppose aux visions tordues des autorités sanitaires de l’époque.

C’est toute une histoire l’approvisionnement du pays en médicament. Au départ il y avait la pharmacie mauritanienne d’approvisionnement (PARMAPRO) qui s’occupait de l’approvisionnement gratuit des centres de santé et du premier et unique Centre Hospitalier National (CHN) qui existait à l’époque. Puis en 1976, le secteur de la pharmacie a été nationalisé avec la création d’un « Office National de la Pharmacie ». Il est chargé exclusivement du monopole de l’importation et de la distribution de médicaments jusqu’en 1984.


La dérive gouvernementale

A noter que cette période a connu ses années de succès avant que la gestion n’évolue vers une gestion défaillante marquée par de nombreuses ruptures de stocks, tant et si bien que les populations allaient acheter les médicaments au Sénégal. En 1981, la libéralisation du secteur puis sa privatisation intervient. Pour se faire, le CMSN prend une ordonnance le 10 février de la même année, privatisant les médecins, les pharmaciens, les chirurgiens-dentistes. Mais durant deux ans, (1981 à 1983), l’inertie de l’administration a fait qu’aucune pharmacie n’a été créée. En août 1984, s’ouvre alors la première pharmacie privée.

Pendant ce temps, le secteur public distribuait gratuitement les médicaments dans les formations sanitaires. Peu à peu, l’Office se délestait de la vente au détail aux pharmacies privées et ouvrait son capital aux privés pour se transformer en Société d’Economie Mixte : mais cette offre ayant été refusée par les privés, l’Office se dissout en juillet 1987, ne laissant plus la place qu’au secteur privé. Il est à signaler que dans le secteur public, l’introduction de l’Initiative de Bamako en 1987 avec le système de recouvrement des coûts a mobilisé en interne d’importantes ressources financières et offert un soutien important au système de santé dans sa globalité. L’expérimentation avec succès de l’initiative de Bamako dans deux districts (Ouad Naga au Trarza et Kankossa en Assaba), signale t-on, a entraîné sa généralisation prématurée en une année (de1992 à 1993) à tout le pays à cause des pressions politiques. La Direction de la Pharmacies et du Médicament (DPM) s’occupait alors de l’approvisionnement des formations sanitaires publiques. Mais en 1994, ne pouvant plus satisfaire les demandes, les ruptures de stocks de médicaments furent de plus en plus fréquentes et eurent raison de cette initiative.

En effet, l’offre limitée par rapport à une demande galopante, les faibles capacités de transport et de stockage des médicaments essentiels (ME), le manque de disponibilité de devises contrastant avec des avoirs en trésor substantiels entraînèrent des ruptures de stock de médicaments de plus en plus fréquentes. Du coup le secteur de la pharmacie bat de l’aile au grand bonheur de gros opérateurs privés nationaux qui ont fait main basse sur le marché du médicament. Conséquence : ils dictent leur loi, agissent comme bon leur semble, introduisent toutes sortes de médicaments grâce aux différents réseaux terrestres, aériens et maritimes mis qu’ils ont mis en place à cet effet.


Silence, on redresse le tord !

Pendant ce temps, le ministère de la santé observe impuissant ou complice, les violations des textes réglementant l’importation de médicaments confiée exclusivement à la CAMEC par l’arrêté ministériel n° 359 du 8 septembre 2010. Sans doute que par cette mesure, les autorités gouvernementales voulaient sécuriser l’approvisionnement du pays en produits pharmaceutiques particulièrement sensibles tels que les antibiotiques, l’insuline (diabète), les psychotropes, et les stupéfiants introduits irrégulièrement dans le pays comme d’ailleurs tant d’autres médicaments sans aucun contrôle sur leur origine, et leur qualité thérapeutique (contrefaçon, fraude douanière) ; Recouvrer au cordon douanier une importante part de recettes de l’Etat ; Contrer de gros importateurs de produits douteux considérés comme étant des canaux de financement des politiciens « barbus », et du blanchiment de fonds destinés aux officines « salafistes » actives dans les quartiers périphériques des grandes agglomérations du pays.

Les autorités administratives chargées de la mise en œuvre des dispositions pratiques de l’arrêté ministériel sont aujourd’hui entièrement débordées par la pourriture de l’environnement pharmaceutique. Seule la patronne de la CAMEC, Mariem Mint Abdel Malik particulièrement courageuse, résiste à la connivence supposée ou réelle instituée par des pans entiers des administrations concernées et corrompues (Direction de la pharmacie et des laboratoires – Inspection générale de la santé, Services des Douanes), et les grossistes pharmaceutiques fraudeurs. Ces derniers continuent à introduire impunément des quantités astronomiques des produits visés au mépris de la réglementation en vigueur et des principes de santé publique, en court-circuitant la CAMEC, et en bafouant l’Etat. Certes qu’une loi sur la pharmacie a été votée en 2004, et remplacée par celle de 2010, mais le manque de contrôle de son application a entraîné une situation anarchique difficile à enrayer.


Les mafieux à l’assaut de la Camec

C’est en 2002 qu’a été créé une centrale nationale d’achat de médicaments et de consommables médicaux – la CAMEC – visant à « autonomiser » le système d’approvisionnement et de distribution du médicament, sous forme de Société d’Economie Mixte, qui sera transformée en 2010 en Société Nationale. Le statut initial de la CAMEC n’ayant pas satisfait les Partenaires Techniques et Financiers surtout la Banque Mondiale, ceux-ci se retirent de l’appui financier et technique à la CAMEC. La CAMEC, explique t-on, a introduit des méthodes de gestion plus modernes et plus efficaces. On note cependant que la porosité du circuit public de distribution demeure très élevée.

Pour preuve visible et non dissimulée, on retrouve des médicaments issus du secteur public dans le circuit privé. En fait ce sont des détournements qui ont cours dans les structures sanitaires publiques. Inversement on constate aussi la présence de médicaments du secteur privé en vente au niveau du secteur public, la raison étant la possibilité pour le personnel soignant de vendre ce médicament en empochant un petit bénéfice, grâce au contournement du circuit officiel de recouvrement des coûts. On suspecte aussi lourdement l’existence de phénomènes de collusion entre les prescripteurs du secteur public et les dispensateurs du secteur privé. Une illustration parfaite de cette situation est donnée par l’agglutination de pharmacies privées aux portes des structures de soins publiques. En définitive, tout cela se traduit par la persistance des ruptures essentiellement dues à l’inaccessibilité des ressources destinées au renouvellement des produits qui étaient logées au trésor public, ce qui a été à l’origine de très fréquentes ruptures généralisées en médicaments.

La CAMEC n’a plus la trésorerie suffisante pour satisfaire les besoins des populations et les formations sanitaires achètent chez les privés. Cette situation, tant décriée par les usagers des services de santé, engendra la constitution d’un marché du médicament informel et de systèmes parallèles d’approvisionnement tels les « Pharmacies sous les arbres » et autres dépôts de médicaments privés, parfois clandestins, échappant à tout contrôle et de surcroît parfois alimentés à partir du secteur public. L’anarchie et le manque de régulation du secteur pharmaceutique privé viendront assombrir ce tableau, mettant en cause la qualité et le prix de tout médicament consommé par un patient. (A suivre).

Moussa Diop
Le Quotidien de Nouakchott via Kassataya.com
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