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Anciens combattants mauritaniens : Le devoir de mémoire enclenché par Yero Djigo


Culture
Dimanche 16 Novembre 2014 - 10:00

Du 10 au 29 novembre, l'IFM à Nouakchott accueille l'expo sur les anciens combattants mauritaniens, photographiés par Yero Djigo. Plus qu'un hommage, un véritable devoir de mémoire de la vie et des actes de ces soldats ou officiers.


Yero Djigo
Yero Djigo
«En 1956, le Maroc crée une armée de libération du Maroc du sud, composée principalement de tribus sahraouies afin de lutter contre l'occupation espagnole à l'enclave de Sidi Ifni et au Sahara occidental. La guerre d'Ifni débute en octobre 1957. Après plusieurs succès, l'armée de libération est repoussée puis détruite en février 1958 par une action conjointe franco-espagnole nommée «opération ouragan» (partie espagnole) et «opération écouvillon» (partie française)» narre un officier mauritanien encore actif.
 
Certains des acteurs de ces raids ont survécu et font part au photographe Yero Djigo de leurs témoignages de la vie d'engagé, et d'ancien combattant mauritanien, dans des conflits qui les dépassaient. C'est le cas d'Abdoulaye Bâ qui lie son engagement dans l'armée à l'époque, le 9 février 1956, à sa volonté de «défendre le pays contre le Maroc». Tfoil Ould Sidi Ahmed aussi a participé à cette opération et plus largement à la guerre du Sahara.
 
Amer, il regrette avec d'autres de se faire traiter de «collaborateurs» ou de «colons», pour avoir combattu «pour la mère-patrie en Indochine et en Algérie». «Mais ils ne doivent pas oublier qu'on a défendu le territoire mauritanien durant la guerre du Sahara occidental» rappelle-t-il.
 
Ce devoir de mémoire, et la reconnaissance qu'elle suppose hante Hanneck Ould Sidi, qui a pris part également à l'opération «Ecouvillon». «Les mauritaniens n'ont aucune considération pour les anciens combattants. Pendant que certains se soulagent sur les murs de nos locaux, l'état veut nous prendre cette place pour en faire un marché» fustige l'octogénaire.
 
De quatre ans son aîné, Abdallah Ould Mohamed était engagé en 1956 dans l'armée française. Lui aussi regrette le manque de mémoire nationale, et de respect aussi par rapport à leurs histoires. «On ne nous invite plus depuis quelques années aux fête d'indépendance mauritanienne. Avant, les anciens combattants avaient une marche vers le palais présidentiel» rappelle Abdallah Ould Mohamed.
 

El Kassem Ould Sabar. Crédit : Yero Djigo
El Kassem Ould Sabar. Crédit : Yero Djigo

Le devoir de mémoire

Un oubli que le photographe Yero Djigo tente de réparer à sa mesure, en braquant son objectif, et son micro, vers ces oubliés de l'histoire mauritanienne. «J'ai travaillé huit mois sur ce projet. Mon grand-père était l'un d'entre eux. Il a fait la guerre d'Algérie, et celle du Sahara; ça me frustrait d'entendre ses histoires sur la guerre, son sens du patriotisme, rare aujourd'hui, et me dire que peu se souviennent encore de ce que des gens comme mon grand-père, ont apporté à ce pays» narre Yero. Une quête de témoignages qui le mène jusqu'à Diaguily dans le Guidimakha, où il rencontre six de ces anciens combattants photographiés.

Hamadi Diop, «matricule 86.411», un des seuls vétérans de la seconde guerre mondiale, encore vivants, en fait partie : «En 1941, on m'a mené à l'armée française. J'ai fait huit mois de service en Mauritanie, avant d'aller à Saint-Louis, puis en Algérie pour quatre mois. En 1944, on m'a envoyé en France, à Toulon, où je faisais partie des dizaines de milliers d'africains qui ont constitué le gros de ce qui a été le débarquement de Provence» raconte le presque centenaire. Il y perd un œil. Comme Diop Idy Abdourahmane, en Indochine. «Après cette guerre, on a voulu m'envoyer combattre en Algérie, mais je n'ai pas voulu. Les algériens m'appelaient Moussa, et beaucoup s'appelaient Mohamed. On était trop proches pour faire la guerre» dit-il à Yero Djigo, serein sur la photo.

Un engagement souvent qui les dépassait donc, et dont ils ne comprenaient pas tous les enjeux. Parfois même engagés de force. Ça a été le cas d'Alioune Gueye, engagé de force à Saint-Louis par l'armée française alors qu'il apportait «un colis et un message du village à une tante». «En passant devant un camp, ils m'ont pris pour un soldat, en constatant ma carrure. Ma famille m'a cru mort, jusqu'à mon retour d'Indochine !» raconte l'ancien soldat.
 


Tfoil Ould Sidi Ahmed. Crédit : Yero Djigo
Tfoil Ould Sidi Ahmed. Crédit : Yero Djigo

Des «bagarreurs» et des héros

Certains d'entre eux racontent fièrement leurs faits de guerre, qui leur ont parfois valu des médailles. Athlète et nageur accompli durant sa jeunesse, «Boy» Hamet Oumar a «sauvé par deux fois son chef-commandant en Indochine». La troisième fois où il a tenté de le sauver, ce dernier était déjà décédé. El Kassem Ould Sabar a sauvé beaucoup de ses amis, «avec une balle dans l'oeil, durant la guerre du Sahara». C'est un des premiers para-commandos mauritaniens.

Un des anciens combattants les plus truculents rencontrés par Yero Djigo, est probablement Diarra Keletigui («le bagarreur» en soninké). Commando-parachutiste, et commando de monttagne, il se casse la jambe à son cinquième saut. «Après ça on m'a affecté à 18km de Bleda en Algérie, où j'ai été blessé par balles. Après avoir bénéficié de soins intensifs à dakar, je repars en Algérie en 1958 pour trois ans»raconte l'inénarrable bagarreur de Diaguily.

De cette brochette de héros de la République, oubliés dans leur propre pays, il ne reste que les souvenirs, que cette expo-photo devrait aider à raviver la flamme, et reconnaître leurs mérites. Mais certains témoignages laissent déjà entrevoir la Mauritanie de la médiocratie. Comme celui de Anne Amadou Babaly : «Je me suis engagé en 1953. Puis on m'envoie en Algérie pour plus de deux ans. En france j'étais instructeur à Fréjus, jusqu'aux années de l'indépendance. Je serai transféré dans l'armée mauritanienne, où je commence une carrière de simple soldat».

Plus de Photos

Source: Mozaikrim
 


Anne Amadou Baboly. Crédit : Yero Djigo
Anne Amadou Baboly. Crédit : Yero Djigo

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