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Amal et Maram : Visages d'une jeunesse tunisoise


Société
Vendredi 15 Novembre 2013 - 16:33

L'une brune, l'autre blonde; l'une introvertie, l'autre naturellement ouverte. Les deux la vingtaine, les deux se disent "modernes", les deux sont issues de cette jeunesse tunisoise des classes moyennes, post-révolution, bien décidée à ne pas laisser les acquis d'ouverture de leur société se faire grignoter par le climat politique. Portraits croisés.


Maram Chaddi (g) et Amal Toumi. Photo et montage : Noorinfo/MLK
Maram Chaddi (g) et Amal Toumi. Photo et montage : Noorinfo/MLK
Il y a 11.410.000 habitants en Tunisie et les jeunes (15-25 ans) représentent 25% de la population, en 2012.
 
Infographiste à Master Events Prod, jeune et dynamique structure de communication tunisienne, basée à Tunis, Amal Toumi fait partie de cette jeunesse. Elle est l'image type de la brune méditerranéenne : chaleureuse, souriante avenante, cheveux au vent. Une précision d'importance pour n'importe quelle personne qui découvre la Tunisie post-Ennahda, et nourrie des appréhensions de l'extérieur par rapport à une éventuelle restriction des libertés individuelles.
 
"Personnellement rien n'a changé pour moi : je porte toujours ce que je veux, je fais ce que je veux. Mais mes parents sont plus attentifs, et sont aussi plus inquiets quand je sors, car il est tout de même vrai que j'ai des amies, qui ont eu à être interpelées par des inconnus extrémistes, qui alors s'improvisent police de la morale" raconte Amal.
 
A côté d'elle, Maram Chabbi acquiesce silencieusement. Pour cette étudiante qui "a lâché les études", le quotidien professionnel est fait de participations aux sponsorings de marques, pour "véhiculer la meilleure image possible de celles-ci" dit-elle. "Au niveau des mentalités de la population il n'y a pas eu de changements. Par contre, ceux qui étaient sans voix au moment de la dictature, ont vu leurs voix libérées, et ce eux qui créent les excès de contrôle parfois. Notamment dans les quartiers populaires périphériques de Tunis" remarque la pétillante blonde, hôtesse d'accueil à l'occasion.
 
Éducation et Indépendance d'esprit 
 
Pour cette jeune professionnelle de 24 ans qu'est Amal, encore étudiante, sanctionnant son parcours universitaire par un Master en ingénierie de multimédias à l'ISAM de Tunis, l'insouciance totale qui régnait chez une certaine jeunesse du pays a diminué. 
 
"Avec la crise économique, la révolution étant passée par là, l'inflation forte dans le pays, les jeunes aspirent surtout à trouver un boulot. Moi-même j'ai commencé à travailler en janvier de cette année. Ça m'a discipliné, et indéniablement on s'éloigne immédiatement de cette image d'Epinal d'une jeunesse tunisoise surtout bonne à s'amuser. D'autant que je passe aussi en même temps mon mémoire cette année, sur la modélisation en 3D des ports puniques de Cartaghe. C'est une application qui éventuellement servira à l'office du tourisme tunisien ou à d'autres structures de voyages qui voudront valoriser le patrimoine culturel de la Tunisie" témoigne l'infographiste d'un large sourire.
 
"Le Louvre par exemple présente des images en 360 degrés de certains lieux historiques, alors que je modélise entièrement le site, en tenant compte des couleurs, de la texture des blocs etc" s'empresse-t-elle de préciser.

Maram Chaddi a commencé des études de communication, avant de les abandonner complètement. "Je suis issue d'une famille relativement modeste, et la période de la révolution qui a mené à la crise économique, m'a fait faire un choix pragmatique pour venir en aide à la famille" raconte-t-elle. "Cela m'a presque immédiatement amener à me conscientiser toute seule par rapport à des questions sociales, touchant notamment à la jeunesse" continue Maram.

Pour Maram, comme pour Amal, qui vivent encore chez leurs parents, leurs cas divers reflètent un passage inter-générationnel difficile en Tunisie :

"Les jeunes tunisiens d’aujourd’hui n’ont plus ce rôle dans la transformation de la société qui a été celui des jeunes à l’époque des premières années de l’indépendance. Aujourd’hui, l’incompréhension grandit entre le monde adulte et la jeunesse en général. Les jeunes sont plus individualistes que leurs aînés, du fait des transformations structurelles comme l’urbanisation, l’instruction, la tertiairisation de l’économie, la réduction de la taille et de l’importance de la famille. La généralisation de l’éducation scolaire a été un facteur de discontinuité dans le processus de transmission intergénérationnel. C’est en particulier sur l’émancipation des jeunes femmes que les tensions se font sentir. L’âge du mariage recule, érodant ainsi les valeurs qui structuraient la hiérarchie des sexes et de l’âge. Le nombre des jeunes femmes célibataires vivant encore chez leurs parents pose de nombreux problèmes. Aujourd’hui, cette nouvelle génération est divisée entre soumission et rébellion" décrit un rapport d'étude et d'enquête de l'union européenne.
 
Identité et modernité 
 
Cette indépendance d'esprit et de caractère, Amal la doit pour sa part à un cadre social relativement aisé, et un environnement familial ouvert. "J'ai deux frères et deux sœurs. Mon père a travaillé toute sa vie au trésor général tunisien pour nous mettre à l'aise dans un quartier résidentiel de Tunis" décrit Amal Toumi. Ce noyau familial est pour elle le cœur de son identité. "Même après son mariage, ma sœur est encore essentiellement à la maison paternelle. On garde toujours un lien essentiel, primordial même avec la famille" dit la jeune tunisoise.
 
Et puis, enchaine-t-elle, les yeux pétillants de fierté, "Je me sens d'abord tunisienne car je suis de cette génération qui n'est jamais sortie du pays. Mais ensuite on est géographiquement, historiquement et culturellement lié aussi à l'Afrique.
 
"Cela on ne peut pas l'enlever de nous, malgré le discours idéologique de certains courants identitaires" conclut-elle.

Comme Amal, Maram n'est jamais sortie de la Tunisie, mais à les racines de son identité plongée dans la mémoire de son histoire :

"Je suis africaine, tunisienne, méditerranéenne, orientale. L'histoire romaine est liée à la notre. Carthage a été le centre de l'occident et de l'orient à un moment. Tout cela nous a fait. Et aucun extrémisme ne peut espérer occulter ces identités multiples" martèle Maram.
 
MLK
A Tunis
Mamoudou Kane


              

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