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Amadou Elimane Kane, directeur de l’institut culturel panafricain de Yene : «L’unité politique, culturelle, sociale et économique est toujours l’enjeu majeur du continent africain et elle doit se faire en ayant à l’esprit la démarche panafricaine»


Culture
Jeudi 16 Août 2012 - 14:17

L'institut culturel panafricain de Yene vient d'ouvrir ses portes, à une quarantaine de kilomètres au sud de Dakar. Son directeur, Amadou Elimane Kane, entend faire de cette plate-forme un vecteur de diffusions culturelles, intellectuelles et artistiques, avec pour optique la valorisation de l'idée panafricane. Entretien avec un homme de culture, et un poète.


Amadou Elimane Kane, directeur de l’institut culturel panafricain de Yene : «L’unité politique, culturelle, sociale et économique est toujours l’enjeu majeur du continent africain et elle doit se faire en ayant à l’esprit la démarche panafricaine»
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Où en est le panafricanisme aujourd'hui à vos yeux, surtout dans une Afrique qui semble de plus en plus éclatée...?

Le panafricanisme est un état d’esprit quelque soit la situation du continent africain. Malgré les zones de turbulences, il faut continuer d’œuvrer pour faire avancer la démarche panafricaniste. Je suis de ceux qui pensent que l’Afrique ne verra son développement que le jour où la mise en œuvre de notre culture, de notre histoire, de notre patrimoine sera visible dans nos actes. L’unité politique, culturelle, sociale et économique est toujours l’enjeu majeur du continent africain et elle doit se faire en ayant à l’esprit la démarche panafricaine.

Imaginez-vous un grand ensemble africain, cohérent, dans la décennie qui vient? Ou est-ce encore trop tôt?

Je suis plutôt optimiste et je ferai, à ma manière, ce qui me semble primordial pour avancer vers l’unité. Comme vous le savez, il y a encore des poches de conflits graves qui se déroulent sur le continent. Il y a encore trop d’injustices sociales et économiques. C’est à ce niveau que les dirigeants doivent durement travailler. Et surtout l’ensemble africain sera possible quand les gouvernants seront entièrement dévoués à cette cause. Il faut des élites politiques à la hauteur, honnêtes et engagées totalement sur le processus de l’unité et qui engagent une stratégie solide pour le développement, dépourvues de toute réussite personnelle. Il faut d’ailleurs tous s’engager à cela, à tous les niveaux car le civisme, la citoyenneté, la solidarité, la dignité des peuples sont aussi des facteurs de réussite. Tout cela doit s’articuler afin de pouvoir créer un espace continental résistant à toutes les pressions. Et pour cela, il faut des hommes, il faut des femmes, intransigeants, qui dirigent nos Etats.

Comment concrètement une structure comme votre institut peut aider à générer du panafricano-optimisme?

L’Institut Culturel Panafricain existe pour pouvoir promouvoir notre culture, nos réalisations artistiques, nos démarches scientifiques et pédagogiques pour justement permettre au continent africain de démontrer sa capacité à investir dans son patrimoine à la fois historique et à la fois contemporain, avec des acteurs multiples venant du continent mais aussi de la diaspora africaine qui agissent avec conviction. Il permet aussi d’exploiter tout le potentiel intellectuel, culturel, artistique, pédagogique que comptent le continent et ses diasporas. Et ce n’est pas rien ! Il y a énormément de personnes investies dans des projets valorisant la culture africaine. L’ICP est un espace pour valoriser tout ce travail et permettre une expression artistique, culturelle et intellectuelle réelle. L’ICP existe pour organiser des manifestations, des projets, des festivals qui ont tous en commun de vouloir mettre en avant la créativité, la recherche, le partage intellectuel et la renaissance africaine. C’est un espace qui doit permettre à ceux qui le veulent, d’œuvrer dans ce sens pour donner à voir une image juste de la culture panafricaine.

C’est votre jalon sur le chemin de la Renaissance africaine?

Résolument ! C’est pour cela d’ailleurs que j’ai fondé l’ICP* car j’ai la forte conviction qu’il faut poser, dès maintenant, des actes de ce type pour parvenir à l’équilibre. La démarche panafricaine et de renaissance passe, j’en suis intimement convaincu, par l’expression culturelle, artistique et intellectuelle. Ce sont mes domaines de compétence, alors je m’y attelle. Et j’espère vraiment entraîner dans mon sillage tous les acteurs, d’horizons divers, impliqués durablement et authentiquement dans ce travail de reconstruction. L’ICP est dédié à la diaspora africaine et en particulier à la jeunesse. J’espère de tout mon cœur que cette jeunesse va s’approprier cet espace. C’est un espace de rupture qui permettra de renforcer trois axes fondamentaux pour la jeunesse : la connaissance de soi, l’estime de soi et la confiance en soi. J’en profite d’ailleurs pour remercier tous ceux qui ont contribué, de manière directe ou indirecte, à la création de l’ICP. Seul, on ne peut rien faire. J’en profite pour dire à la jeunesse qu’il faut s’associer, il faut jouer collectif, ce dont l’Afrique a fortement besoin.

Quel regard portez-vous sur la littérature africaine aujourd'hui?

Je m’y intéresse énormément et il y a beaucoup d’auteurs qui produisent de belles choses. Malheureusement, ils sont trop souvent en mal de reconnaissance sur le continent et ont du mal à se faire éditer et surtout à se faire diffuser convenablement. Les réseaux actuels sont principalement assurés par des éditeurs de l’Europe ou des Etats-Unis. Il faut remédier à cela pour le continent. L’un des projets de l’ICP est de créer une maison d’édition afin de permettre une ouverture à toutes les littératures de qualité, aux jeunes auteurs, à des initiatives panafricaines. La revue Renaissance, publiée par l’ICP, sera également un média d’expression qui permettra de révéler cette nouvelle littérature africaine.

Vous semblez vouer une attention particulière à la poésie africaine...

Bien sûr, la poésie est majeure pour l’expression artistique. Elle est d’ailleurs extrêmement vivante en Afrique. C’est un genre noble et qui s’inscrit véritablement dans la démarche panafricaine, notamment car elle est liée à notre culture de l’oralité. J’aime la variété d’expression qu’offre la poésie, celle de la langue, celle des images, celle de l’écrit, celle de l’oralité, celle de l’engagement. La poésie africaine est formidablement expressive et je pense qu’elle doit servir de tremplin à la démarche de la renaissance africaine.

Propos recueillis par Mamoudou Lamine Kane

*Site de l'ICP : http://www.institutculturelpanafricain.org/
Mamoudou Kane


              

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