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Alioune Ifra N’Diaye, dramaturge malien : "Pour moi, la junte et le MNLA ne sont pas différents. Ils ont pris des armes et les ont retournées contre leur pays. Si nous acceptons la junte, ça ne me gêne pas qu’on accepte le MNLA."


Lu sur le web
Jeudi 28 Mars 2013 - 13:15

Des élections prévues pour juillet approchent, mais la guerre n’est pas finie. Alors que la France change soudainement d’ambassadeur et que les problèmes restent très nombreux, quel est l’état d’esprit des Maliens aujourd’hui? Manifestement, l’aide apportée à l’armée française par la rébellion touarègue, le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), qui a elle-même déclenché la guerre en janvier 2012, gêne beaucoup à Bamako... Le dramaturge Alioune Ifra N’Diaye cofondateur du BlonBa, un théâtre de Bamako, l’une des institutions culturelles les plus importantes du Mali, répond aux questions de rue89 depuis le Tchad, où il se trouve en ce moment. Un pays très concerné par la situation au Nord-Mali, puisqu’il a envoyé le plus fort contingent africain (2 000 hommes) pour donner avec l’armée française la chasse aux islamistes dans le désert.


Alioune Ifra N’Diaye, dramaturge malien : "Pour moi, la junte et le MNLA ne sont pas différents. Ils ont pris des armes et les ont retournées contre leur pays. Si nous acceptons la junte, ça ne me gêne pas qu’on accepte le MNLA."
Comment percevez-vous la situation au Mali, après un an de crise grave, dans cette période d’entre-deux ?

La crise est plutôt sociale. Nous avons choisi un modèle social depuis plus de cinquante ans – la prise en charge de l’intérêt général par l’Etat moderne – mais nous n’avons pas encore créé le corps social qui va avec. Et son logiciel. La culture de l’intérêt général est absente dans toutes les sphères de la société.

D’ailleurs, celui qui s’en préoccupe est immédiatement mis au ban de la société et violemment éjecté des manettes du pouvoir. Beaucoup de politiques réfléchissent à la situation. Comment prendre en charge ces questions sans être désigné comme « méchant », et se faire éjecter aux prochaines échéances électorales ? C’est paradoxal !

Quels sont les sujets de conversations, d’inquiétude, les sentiments des Maliens sur le terrain ?

Beaucoup de conversations tournent autour du « double ou triple » jeu de la France à Kidal. L’action salvatrice de la France les couvre encore. A mon avis, une communication saine sur cette question devrait désamorcer une bombe que le duo entre le MNLA et la France pourrait créer. Sur le terrain, il y a une reconnaissance extraordinaire des Maliens pour la France et le Tchad.

Qu’attendez-vous de l’enquête ouverte au Mali par la Cour pénale internationale (CPI) ? Faut-il poursuivre le capitaine Sanogo ?

Pour moi, la junte et le MNLA ne sont pas différents. Ils se sont fâchés contre leur pays. Ils ont pris des armes et les ont retournées contre leur pays. Si nous acceptons la junte, ça ne me gêne pas qu’on accepte le MNLA.

Maintenant, est-ce qu’il faut tout effacer et reprendre à zéro ? Seul un pouvoir relativement légitime, issu d’élections relativement crédibles, pourrait mettre en place une plateforme politique pour qu’on se parle yeux dans les yeux sans concession.

Qu’on puisse se dire : quand on rentre dans l’armée, c’est pour défendre la patrie, pas pour prendre le pouvoir (quelle que soit la faute politique en face). On est d’abord malien avant d’être touareg (donc les lois du pays sont égales pour tous). Après, on peut effacer beaucoup de choses et s’entendre sur l’essentiel.

Alioune Ifra N'Diaye
Alioune Ifra N'Diaye
Comment interprétez-vous le changement d’ambassadeur par la France, Christian Rouyer étant remplacé par Gilles Huberson ?

Je trouve que l’ambassadeur de France partant a fait un bon boulot. Il paraît que c’est un sécuritaire qui le remplace. Ça relève de la souveraineté de la France. J’espère que celui qui vient sera aussi bon que le partant.

Redoutez-vous la mutation du terrorisme d’Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) et des attentats sporadiques mais meurtriers, y compris à Bamako ?

Non. Je ne me soucie pas de cela. Ce qui me fait peur, c’est la surenchère du MNLA. Recycler les combattants ne me semble pas être une bonne chose pour l’avenir. Et surtout instrumentaliser les questions ethniques !

Que faudrait-il faire pour régler cette fameuse question touarègue ?

La décentralisation est une réponse politique et administrative aux problèmes du nord comme du centre ou de l’ouest du Mali. J’ai des enfants qui ont des grands-pères peulhs, libanais, toucouleurs, bamanan, etc… Comment voulez-vous que mes enfants s’expriment par une ethnie ?

La décentralisation nous permet de développer nos spécificités culturelles. Elle est cours depuis quinze ans. C’est la meilleure réponse aux questions de développement.

Quel est le rôle de l’armée au Mali ? Est-elle aussi faible qu’on le dit ? Comment les militaires sont perçus dans la société par le citoyen lambda ?

Nous devrions rappeler à l’armée sa place. Toute sa place. Que les gens arrêtent « d’intervenir » pour faire recruter un frère qui n’a pas de boulot dans l’armée ou les forces de sécurité.

Enfin, puisque vous êtes au Tchad, comment les Tchadiens envisagent-ils leur propre intervention au Mali ?

Je leur transmets régulièrement la reconnaissance du peuple malien. Mais impossible d’avoir leur point de vue.

Propos recueillis par Sabine Cessou
Lu sur blogs.rue89.com
Mamoudou Kane


              

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