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Algérie: Que signifient les tatouages traditionnels que portent les femmes âgées?


Société
Samedi 17 Août 2013 - 14:57

Yasmin Bendaas, une anthropologue, a essayé de perçer le mystère des tatouages traditionnels algériens.


Algérie: Que signifient les tatouages traditionnels que portent les femmes âgées?
Elles sont âgées et affublées de tatouages sur le visage. Toutes sont nées dans les années 1930, dans l'Algérie coloniale. A quoi ressemble leurs tatouages? Des lignes et des points. Sur le front, le menton, parfois les joues. Quand on s'aventure à leur demander ce que cela signifie, ces vieilles femmes répondent «j'étais petite, je ne me souviens plus.»
 
Yasmin Bendaas a essayé de perçer le mystère des tatouages traditionnels algériens. Dans un article publié sur le site Your Middle East et intitulé The Story of Algeria's traditional tattoos, elle raconte l'enquête qu'elle a mené dans la région des Aurès en Algérie:
 
«L'été dernier, lorsque j'ai interviewé Massouda Ibrahimi, elle avait 78 ans. Assise dans sa maison à El-Madher, elle essayait de se remémorer tout ce qui pouvait se ratacher à ses tatouages. C'est à l'âge de cinq ans qu'elle a été tatouées, mais elle n'en sait pas plus.»
 
Les souvenirs ont disparu, comme la tradition. Selon Yasmin Bendaas, seules les femmes nées à une certaine époque portent la marque de ces tatouages, notamment dans la région montagneuse des Aurès, dans l'est de l'Algérie.

Yamina. @Yasmin Bendaas ( avec son aimable autorisation)
Yamina. @Yasmin Bendaas ( avec son aimable autorisation)
Les femmes qu'elle a interrogées ne connaissent pas la signification de leur tatouage car la plupart n'ont pas choisi le motif qui est inscrit sur leur front ou leur joue. C'est la tatoueuse, appellée adasiya, qui marquait à sa guise le visage des jeunes filles. Ces pratiques étaient souvent liées à la guérison, précise Yasmin Bendaas. Les adasiya étaient des gitanes venus du Sahara, de Sidi Aysa ou d'Oran.
 
D'après Yasmin Bendaas, c'est la disparition des adasiyas qui a entraîné le recul de la tradition. A cette époque, ces femmes voyageaient à dos d'âne et frappaient aux portes des maisons pour offrir leurs services. Le mari de Massouda Ibrahimi se souvient  que les tatouages étaient alors une marque de féminité: «la femme sans tatouages ​​n'était pas une femme.»
 
Dans un article publié sur le site de la chaîne qatarie al-Jazeera, la jeune femme revient sur le mythe qui voudrait que ces tatouages protégeaient les femmes des soldats français dans l'Algérie coloniale, en les rendant peu attractives aux yeux des Occidentaux. Selon Yasmin Bendaas, ce mythe n'est pas dénuée de fondement. Elle explique que certains tatouages symbolisaient l'homme ou le soldat algérien en combat. Il n'est donc pas impossible qu'ils aient eu une portée politique, mais cela ne peut être la seule explication.
 
Lu sur Slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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