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Algérie : Pourquoi le chômeur est l'ennemi public numéro 1


Lu sur le web
Dimanche 25 Novembre 2012 - 10:07

Le réveil des chômeurs en Algérie est le pire cauchemar des dirigeants. Le chômeur est l'homme de l'année 2012, celui que le régime algérien craint le plus.


Un jeune à Alger, le 5 mai 2007, photo AFP Nelly Flores
Un jeune à Alger, le 5 mai 2007, photo AFP Nelly Flores
Le chômeur en Algérie est déjà un parti politique, une organisation puissante, pourchassée et redoutée. On l’arrête, on le suit, on le fiche et on «monte» contre lui des affaire genre «il a frappé la main d’un policier avec son visage» comme c’est arrivé pour Zaïd Yacine.

Le Régime aujourd’hui ne craint plus les PAGSistes (les fidèles du Parti de l'avant garde socialiste), les opposants en Kabylie ou les émeutiers que l’on peut acheter avec un chef de cabinet souriant et une route goudronnée. Il craint le chômeur qui s’éveille à sa force et à ses mains.

Un pays divisé

Le régime sait que le pays se divise en deux: ceux qui mangent et qui le défendent, ceux qui ne mangent pas et qui risquent de le manger. Ceux qui ont accès à la rente et ceux qui sont exclus de la rente.

Tout le reste est bavardage du FFS ou analyses du chroniqueur. Et cela ne se passe pas uniquement en Algérie mais partout dans le monde. L’étincelle du printemps «arabe» est partie avec une charrette contre un bœuf. Le bœuf a fuit, la charrette s’est trompé de route.

On sait donc d’où vient le feu et jusqu’où il peut étendre l’incendie de Mohammed Dib. Donc les chômeurs sont surveillés. D’autant plus que le chômeur commence à s’organiser au Sud. Ce Sahel interne. Ce Sahara convoité. Ce pays qui donne la richesse au nord et laisse le sable au Sud.

Un chômeur en Kabylie s’appelle un pauvre. A Alger, c’est un zawali. En Oranie, c’est un débrouillard. Au sud, c’est un risque «politique» grave. Du coup, on le frappe et on le redoute.

Pendant la visite de Sellal, le Premier ministre, à Ouargla, les chômeurs ont tenté de le rencontrer. On leur a demandé ce qu’ils comptaient lui dire exactement. C’est vous dire que l’on surveille le chômeur même à l’intérieur de sa bouche.

Le chômeur a un langage cru, directe et violent: il s’agit de survivre, pas de penser. Sa dangerosité vient de sa nudité: il n’a rien à perdre et peut dire ce qu’il pense.

Un chômeur pensant fait peur

Et depuis peu, c’est pire: le chômeur a pris de l’étincelle, pense, agit et passe à l’acte. Il encercle son encerclement par le vide. Bloque les entrées des entreprises, veut du pétrole pas des chameaux.

Il s’autonomise et personne ne peut le représenter sauf lui-même. Il rejette la tutelle politique, même celle de l’opposition et cela inquiète le régime cette liberté que l’on ne peut pas mesurer.

Surtout au Sud: ce vaste pays que le monde regarde et que le nord algérien découvre aujourd’hui avec retard, avec angoisse, avec empressement et avec des plans de Constantine de dernière minute.

Ce Sahara qui voit renaitre ce dangereux mélange entre messianisme islamiste, pétrole, tribus, néo-colonisation, centralisation et revendications locales. Ce mélange qui donna naissance à l’Islam, à l’Arabie Saoudite, à la guerre en Irak, au Sahelistan, à Lawrence d’Arabie ou au clivage du Soudan.

Le chômeur algérien est donc l’homme de l’année 2012. Il voit clairement, pense juste, résume mieux, conteste avec efficacité et paye chèrement alors qu’il n’a pas un dinar dans sa poche. Le pouvoir le craint. C’est son vrai ennemi. Celui qui le regarde avec le plus de rancœur et de colère. Celui qui lui ressemblait le plus. Avant la décolonisation ou le coup d’Etat.

Kamel Daoud
Lu sur slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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