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Algérie : Halal et haram, les deux nouveaux partis politiques


Lu sur le web
Mercredi 8 Août 2012 - 13:14

Le chroniqueur Kamel Daoud épingle la montée d'une vision binaire de la vie. Soit licite, soit illicite.


Un couple se baigne non loin d'Alger sur les plages de Tipaza le 3 août 2012. Reuters/Louafi Larbi
Un couple se baigne non loin d'Alger sur les plages de Tipaza le 3 août 2012. Reuters/Louafi Larbi
La semaine politique? On attendait les audiences califales des ministres par Bouteflika et elles n’ont pas eu lieu. On attendait sept nouveaux ministres et ils ne viennent pas, presque trois mois après les élections législatives. Qu’est-ce que les Algériens ont reçu?

La chaleur, puis la viande importée d'Inde, puis les Syriens. Pour la première, elle est déjà qualifiée d’ennemie de l’électricité, qui est, elle-même, ennemie de l’Etat et cause des émeutes.

Pour la viande d’Inde, on a peut-être sous-estimé le conditionnement religieux chez les Algériens qui la boycottent: l’Inde c’est un pays lointain, aux religions troubles, à la qualité ambiguë et où l’on adore des idoles nues et où donc la viande n’est pêut-être pas halal.

Une culture populaire encouragée par les TV religieuses

La notion de halal et haram (licite et illicite) ne concerne pas seulement la viande ou le vol comme dans d'autres pays. Les deux catégories sont devenues presque deux immenses partis politiques qui interviennent jusque dans les ablutions intimes.

Les Algériens en parlent de plus en plus, à propos du moindre propos ou geste ou choix de vie et d’habit, en usent jusqu’à l’absurde et le surréel, et en abuse pour catégoriser le monde et les mains.

Du coup, on ne parle plus de lois, de décret, de droits et consensus social ou de règlement intérieur et de conventions pour la gestion du bien, du but et de la propriété, mais de halal et haram pour tout et tous.

Cette culture au halal/haram est devenue une culture populaire, encouragée par les TV satellitaires religieuses, les imams, les livres, les films et la débandade de la culture nationale «Ethakafa el wataniay», produit dérivé du nationalisme et de la décolonisation et du panarabisme défunts.

Ces deux catégories convertissent donc les signes, les idées et les rapports au monde et à l’autre. Il est conseillé même de prendre trois dattes, en impairs, selon les traditions du Prophète pour la rupture du jeûne.

A-t-on compté les dattes mangées par le Prophète à son époque? Non, mais il est des époques mortes pour peuples morts où le bigotisme atteint une ritualisation maladive.

Un hijab acheté, le deuxième offert

Cela s’appelle le Moyen-Âge ou les TOC (Troubles obsessionnels compulsifs). La «maladie» touche aujourd’hui les discussions algériennes, les familles et les us.

Le sujet numéro un de discussion entre familles algériennes, dans l’espace ritualisé du conformisme et du conservatisme est le catalogue, en plusieurs volumes déjà, de ce qui haram et halal.

Cela est poussé jusqu’au raffinement de l’impensable et du démantèlement des traditions algériennes et pratiques, sociales héritées de l’histoire du pays.

Et comme dit par certains, si le FIS (Front islamique du Salut) n’a pas pris le pouvoir, les islamistes ont réussi au moins deux choses: prendre le nord du Mali et les âmes des Algériens (A Alger, une femme qui achète un hijab pour la première fois, se voit offrir un second gratuit, dans certains magasins de l’islamic Fashion!).

Une sorte de victoire de l’islamisme horizontal, couché sur le dos des Algériens, accroupi dans leurs cerveaux.

Car pour l’islamisme vertical, ce fut la défaite militaire avec le FIS, l’assimilation alimentaire avec le MSP (Mouvement de la société pour la paix), la dispersion avec Abdellah Djaballah, (le président du parti islamiste Front de la Justice et du Développement), puis l’éclatement final avec le cas de Amar Ghoul (ex‑ministre des Travaux publics) qui vient de quitter le MSP et qui va fonder un MSP-bis, plus malléable, plus obéissant à l’intérieur de la maison de l’obéissance, «Beyt E’taâ».

Véritable cas d’école du manuel Comment déshabiller un islamiste jusqu’à ce qui ne lui reste que la barbe comme vêtement .

Tout le monde ou presque devient imam

La semaine politique a donc été vide: à peine un Amar Ghoul pour «casser» le jeûne, pas de Bouteflika en vue en Algérie, et les Syriens.

Venus en Algérie, par milliers, pour fuir le boucher de Damas. Là, ils n’ont pas encore reçu ce qu’a reçu la famille Khadafi: hébergement VIP, escorte, garde et nourritures. Pourtant les raisons sont les mêmes: humanitaires.

Halal et haram sont donc les deux plus grands partis politiques algériens: ils divisent le monde en deux, le ciel en deux, les Algériens en millions.

Tout se fait au nom de ces deux concepts et tout le monde est devenu imam en Algérie ou Haram/halal Boy. Ou presque.

Kamel Daoud ( Algérie Focus)
Pour slateafrique
Mamoudou Kane


              

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