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Alassane Hamady Soma Ba, président du parti Arc-en-ciel : "Les bambaras sont les oubliés de ce pays, pourtant ils ont fondé Atar!"


Actu Mauritanie
Vendredi 13 Septembre 2013 - 12:54

Le microcosme politique mauritanien compte très peu de personnages du genre de caractère entier d'Alassane Hamady Soma Ba. Richissime homme d'affaires dans les années 80, il est l'une des victimes-figures de proue de ceux qui ont tout perdu à cause d'un système d'état qui a pensé la domination économique, politique et culturelle d'un groupe communautaire exclusif de ce pays. Effacé depuis du paysage social du pays, il revient en force, en politique, sans langue bois, avec des idées pour sortir du carcan des partis politiques, autant du pouvoir que de l'opposition classique, décrite comme "crypto-personnelle". Entretien avec un homme révolté contre un système "inique et machiavélique", mais qui ne conçoit la solution pour ce pays, que dans une cohabitation pensée et à réaliser réellement.


Alassane Hamadi Ba, dit Balas. Crédit : Noorinfo/MLK
Alassane Hamadi Ba, dit Balas. Crédit : Noorinfo/MLK
Vous avez obtenu votre récépissé il y a trois ans. Depuis le parti n'a pas tenu d'activités jusqu'à votre assemblée générale d'il y a quelques jours. Que s'est-il passé?
 
En réalité on était en hibernation depuis tout ce temps. Pour trois raisons objectives. 
 
La première était que mes amis et moi voulions soutenir Aziz qui avait fait des promesses jamais tenues par aucun dirigeant de ce pays depuis sa naissance en 1960, et pleines d'espoirs, et qui ne pouvaient laisser aucun mauritanien indifférent, aussi bien sur la question de la cohabitation, que sur la répartition des richesses entre les mauritaniens, donc pour enfin une justice sociale entre tous les mauritaniens qui seraient désormais égaux en droit et en devoirs. 
 
Malheureusement, très tôt, je me suis rendu compte que c'était un leurre, un bluff. Je l'avais prévenu que je le quitterais en cas de non-respect des engagements. Sincèrement, j'étais très loin d'imaginer qu'un responsable de ce rang et de surcroît officier supérieur dont on nous dit toujours que la parole est sacrée allait opérer un revirement à 180 degrés. J'ai donc mis en veille le démarrage des activités du parti. 
 
La deuxième raison est que les membres fondateurs de mon parti qui me pensaient très proches du cercle décisionnaire du pouvoir et qui s'étaient agglutinés autour de moi sans conviction politique s'étaient subitement volatilisés, comme la neige fond au soleil, quand ils ont constaté que je n'étais plus en odeur de sainteté auprès d'Aziz.
 
La troisième raison est plus personnelle et médicale. J'ai eu un accident au cours d'une simple opération de la cataracte, mon ophtalmo m'a troué la cornée et m'a rendu aveugle. Grâce à Allah, le Guérisseur de tous les maux, j'ai retrouvé ma vue après une greffe a Paris. Je redis encore une fois Merci à mon Seigneur, Al Hamdoulilahi!
 
Quand j'ai retrouvé ma vue, le désir du combat m'est revenu. Et d'entretiens en entretiens sur les radios privées et la télévision privée , les auditeurs et téléspectateurs m'ont incité à reprendre mes activités politiques. C'était véritablement une demande de personnes qui m'avaient entendu et qui me disaient que j'avais rallumé une flamme en eux. D'où la reprise de mes activités politiques, portée par la tenue d'une assemblée générale le 31 août dernier où un bureau exécutif a été formé. 

Alassane Hamady Soma Ba, président du parti Arc-en-ciel : "Les bambaras sont les oubliés de ce pays, pourtant ils ont fondé Atar!"
Quel projet de société portez-vous?
 
La Mauritanie ne manque que d'une seule chose: des gouvernants capables et surtout soucieux du bien-être de CHACUN de ses citoyens. Allah lui a fourni tout le reste : ses eaux sont peuplées de toutes les espèces prisées de poissons, ses vallées sont fertiles et peuvent nous rendre autosuffisant en nourritures, ses mines malheureusement bradées à des multinationales voraces, sont d'une richesse inouïe, et avec un petit nombre de bouches à nourrir, à chausser, à loger, a soigner, a instruire ou à habiller. 
 
C'est bien la preuve qu'Allah nous aime et qu'il nous a gâté. Seul malheur dans ce tableau : des mauvais gouvernants qui ne pensent qu'à eux-mêmes et à leurs fils biologiques. Allez à Paris sur les champs-Elyses, l'avenue la plus chère au monde, vous y trouverez des hôtels 4 étoiles  appartenant à des mauritaniens, allez à Casablanca, à Las Palmas, à Nice, à Los Angeles, en Floride vous trouverez des centaines de villas cossues appartenant à des mauritaniens. Est-ce acceptable tout cela quand la pauvre ménagère ne parvient même plus à mettre quelque chose dans son panier, quand les malades sillonnent les rues et les bureaux avec leurs ordonnances entre les doigts. Non ! c'est criminel.
 
Cette succession de mauvais gouvernants voraces n'est pas un sort d'Allah! les peuples n'ont que les dirigeants qu'ils méritent. Boutons-les tous dehors, auditons-les tous et reversons nos biens volés dans notre trésor public et nous ne tendrons plus la main ni au Qatar, ni au Koweit, ni à aucune autre puissance. La mal-gouvernance sempiternelle est le seul problème de ce pays.
 
La cohabitation est le socle des problèmes mauritaniens. Et ce problème majeur est entretenu par une minorité au pouvoir.
 
Quelles solutions préconisez-vous? 
 
Honnêtement, à ce moment de notre histoire, la solution ne peut venir que des mauritaniens eux-mêmes qui doivent prendre conscience de leur situation. Les moutons de Panurge à un moment doivent sortir des rangs et toiser le berger. Et arrêter d'espérer son avenir par rapport à de misérables avantages gratinés par une élite toute aussi misérable à laquelle ils s'accrochent.
 
Mais j'ai bon espoir : Aziz a provoqué le déclic. Tous les espoirs fondés sur Aziz ont été déçus en moins de deux ans! Plus personne ne croira cette classe politique. J'espère que ce sera un déclic historique! Et j'espère participer à la création d'un de ces vecteurs de ce mouvement d'éveil social et politique de masse.

Alassane Hamady Soma Ba, président du parti Arc-en-ciel : "Les bambaras sont les oubliés de ce pays, pourtant ils ont fondé Atar!"
La structure organisationnelle de votre parti est assez unique en son genre... Comment le décririez-vous?
 
Le bureau exécutif, déjà formé, est chapeauté par un conseil externe de sages chargé de veiller au respect et au suivi de l'éthique politique et morale du parti. ces sages ne sont pas membres du parti. Leur honnêteté intellectuelle, leur probité morale sont reconnues, pour certains depuis l'époque de Mokhtar Ould Daddah. On a dressé leur liste et on les a invités à veiller à ce que les objectifs du parti ne soient jamais perdus de vue, notamment la lutte pour consacrer une réelle et effective cohabitation. Tout mouvement risque l'écueil de l'embourbement politique et de la corruption.
 
Alassane Borty Diallo est le président d'honneur. Deux présidents actifs : moi et un premier vice-président arabo-berbère. C'est cette structure organisationnelle qui doit exister dans toutes les institutions publiques du pays : partout où il y a un président arabo-berbère, son vice-président doit être un noir, et vice-versa. Ce vice-président sera chargé de renforcer l'axe de l'Afrique arabe, car même de ce côté nos relations battent de l'aile. Ces gens ne croient plus en notre oligarchie menteuse, cupide et vorace.
 
Il y a cinq vice-présidents : Un pour chaque communauté : entre le parti et les arabo-berbères, entre le parti et les Soninkés, entre le parti et les harratines, mais également un lien avec les wolofs, un autre avec les Pulaars, et même les bambaras, car on nous les fait oublier tout le temps! Pourquoi sont-ils les éternels oubliés de ce pays? Ce sont eux pourtant qui ont crée Atar ! Depuis l'empire du Ghana. Dans la falsification de l'histoire en Mauritanie on veut balayer tout ça. A Boutilimit, à Mbout, à Timbedra, à Aioun El Atrouss, à Nema ils y sont nombreux et mauritaniens bon teint. Non à la falsification de l'histoire mauritanienne! Si on les efface demain ce sera le tour des Wolofs, ensuite les Soninkes et encore les Pulaars, étant donné que la purge de 1989 a avorté.
 
Nous nous sommes chargés de la redynamisation des relations entre la Mauritanie et l'Afrique noire. Cette oligarchie dont on parlait nous a coupé de cette part identitaire de notre pays, en nous extirpant de la CEDEAO de l'OCAM. Même, n'ont-ils pas tenté de sortir la Mauritanie de L'OMVS et du CILS ?
 
A travers ce type d'organisation nous voulons consacrer les notions de TRANSPARENCE, de l'unité et de l'égalité. D'ailleurs, toutes nos réunions de bureau politique seront accessibles a tous. Un observateur par séance.
 
Notre Commission nationale chargée de la cohabitation est présidée par un brillant marabout et un fils de chérif connu de tous les mauritaniens .. Il y aura également nos représentants itinérants, sur l'ensemble des cinq continents, et toutes les parties de l'Afrique où repose une forte diaspora mauritanienne. Car comme je le dis souvent : notre force viendra de l'extérieur, car l'intérieur a été anesthésié par 53 ans de marasme, de torpeur, de couardise. Ceux qui ont grandi hors du système peuvent aider à faire basculer les choses.

En pulaar sur la devanture : "La maison de Hammadi Sooma Bah" du nom de son père. Crédit : Noorinfo/MLK
En pulaar sur la devanture : "La maison de Hammadi Sooma Bah" du nom de son père. Crédit : Noorinfo/MLK
Participerez-vous aux prochaines élections législatives et municipales?
 
Nous allons y participer. On ne se laisse pas mener dans la guéguerre entre le pouvoir et une opposition crypto-personnelle. Nous y serons pour que notre discours soit entendu. Avec le temps nous espérons être une véritable avalanche.
 
Dans ce premier temps, nous n'allons pas disperser nos forces, mais nous présenter dans quelques communes seulement. Même aux législatives nous comptons nous présenter.
 
Depuis Ahmed Daddah jusqu'à boydiel, en passant par Messaoud et Moustapha Ould Abderrahmane, sans oublier Kane Hamidou Baba, et sanghott Ousmane Racine, tous ont fait l'accumulation de leurs preuves négatives, pour que les mauritaniens les plus profanes fassent la différence. On peut leur dire "Mooorr"* quitte à ce qu'arc-en-ciel soit un singleton. On va tous les mettre à nu pour que le peuple mauritanien se réveille!
 
Un dernier mot particulier? 
 
Le combat commence. Je ne prononcerai pas encore mon dernier mot (rires).
 
Propos recueillis par Mamoudou Lamine Kane
 
"Mooorr": onomatopée signifiant le dégoût et suggérant la honte envers les actes moralement répréhensibles d'un individu.
Mamoudou Kane


              

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