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Ahmedou Ould Abdallah : “…Négocier ne doit pas viser à vaincre ou à détruire un adversaire mais à s’entendre avec lui pour régler, dans l’intérêt de tous, une question difficile”


Actu Mauritanie
Vendredi 30 Janvier 2015 - 13:00


Ahmedou Ould Abdallah
Ahmedou Ould Abdallah
Après avoir mis fin volontairement à ses fonctions de haut fonctionnaire au sein de l’organisation des Nations Unies, notre compatriote Ahmedou Ould Abdallah a décidé de s‘installer, officiellement, à Nouakchott. Même s’il continue de voyager fréquemment à l’extérieur pour répondre aux sollicitations des Etats, organisations et centres d’études afin de les faire profiter de son expérience et de sa connaissance du terrain. Particulièrement par rapport aux dossiers brulant du moment : la lutte contre le terrorisme, les trafics de tout genre et l’instabilité. 

Ould Abdallah a, en effet, fondé, depuis 2011, le Centre des stratégies pour la sécurité au Sahel Sahara (C4S). Un centre dont la vocation première est de mobiliser l’opinion régionale et internationale sur la sécurité chancelante et fortement éprouvée dans cette région depuis l’effondrement de la Libye et sa transformation en foyer de tension permanente qui distribue l’instabilité et la guerre sur toute la zone.

Ahmedou Ould Abdallah, qui dirigeait la délégation des observateurs de l’OIF aux élections tunisiennes, législatives et présidentielle, et qui vient d’être nommé membre d’un groupe consultatif de sept experts chargés de l’examen du dispositif de consolidation de la paix dans le monde, se trouve actuellement à Nouakchott afin de participer à la conférence sur la transparence qui s’y est tenue, la semaine dernière. 

Il a accepté de répondre aux questions de notre journal qui a pris l’habitude de l’interroger, tous les débuts d’année, sur la situation qui prévaut dans notre pays et dans notre région sahélo saharienne de manière générale. 


Biladi : Excellence, la situation au Mali ne cesse de se dégrader. Le Niger est envahi par des réfugiés fuyant Boko Haram et connait de sérieuses divergences au sein de sa classe politique. En Algérie les terroristes réussissent toujours à frapper ; au Burkina on est occupé par la gestion de l’après Compaoré et en Libye c’est carrément le chaos. Est-ce qu’on ne doit pas s’inquiéter de cette situation qui frappe la sous région ? 

Ahmedou Ould Abdallah (AOA) 
: On dit que gouverner, c’est prévoir. A ce titre, les pouvoirs publics  doivent nécessairement être vigilants afin de pouvoir suivre et lire correctement les développements qui se déroulent à l’intérieur et à l’extérieur de notre pays et qui peuvent influencer la sécurité de nos citoyens et celle des étrangers qui ont choisi de vivre et de travailler parmi nous. Il est clair que notre région continue d’être exposée à de sérieuses menaces, internes et externes, qui évoluent et se renforcent mutuellement. 

Si, sur le plan intérieur, les forces armées et de sécurité se trouvent sans doute à un niveau supérieur à celui d’il y a  quelques années, le problème est que cela ne suffit pas à garantir la paix. Bien évidemment, cet effort de renouveau doit être régulier et continu afin de moderniser périodiquement les équipements, de restructurer, entrainer et motiver les hommes. Cela coûte très cher. Suffit- il, à lui seul, pour mettre le pays à l’abri des menaces internes et régionales ? Sans doute pas dans la mesure où l’insécurité restera un défi encore pour de longues années.

La sécurité est aussi un problème interne. En d’autres termes, pour une grande efficacité militaire, il faut s’assurer que les populations et les élites ne sont pas exposées à des causes de mécontentements durables. La paix intérieure renforce et motive davantage les forces de sécurité et dissuade les ennemis.

Biladi : Au-delà de la conjoncture géopolitique, on assiste, depuis quelque temps, à l’expression de tous les particularismes sur la scène politique intérieure ? Cela ne risque-t-il pas de compromettre l’équilibre social déjà fragile de la société mauritanienne ?

AOA : La société mauritanienne n’est en rien différente de celles de la région. C’est une société traditionnelle caractérisée par des inégalités dans et entre ses composantes. La meilleure manière de traiter ces dysfonctionnements est d’œuvrer à bâtir un Etat qui garantit l’égalité de chances, la justice à tous ses citoyens sans discriminations ethniques, raciales ou tribales. 

En réalité, notre diversité est plus une richesse qu’un handicap. Nos différentes ethnies ont vécu ensemble, en bonne harmonie, avant même l’émergence de l’Etat nation qui remonte, seulement, aux années soixante du siècle dernier. Comme je l’ai déjà dit, je crois qu’il faut s’atteler d’abord à construire un Etat de droit qui garantit la justice à tous.

Biladi : Le chef de l’Etat vient d’appeler à l’ouverture d’un dialogue national. La principale branche de l’opposition, le FNDU, a élaboré un document stratégique dans lequel il estime que le dialogue entre les acteurs politiques est la voie la plus sûre pour dépasser la crise du pays. Le pouvoir a même distribué un document  qui détermine les grands axes du futur dialogue. Est-ce que vous avez des conseils ou recommandations à donner  aux uns et aux autres ?

AOA : D’abord quelques observations relatives aux négociations en général.

Premièrement, dans la vie on négocie avec ses adversaires, ou ses ennemis, et pas nécessairement avec ses amis. Le point que je veux faire ici est que discuter avec une opposition, ou un gouvernement, ou des personnalités,  n’est pas en soi un fait condamnable. Deuxièmement, négocier ne doit pas viser à vaincre ou à détruire un adversaire mais à s’entendre avec lui pour régler, dans l’intérêt de tous, une question difficile. 

C’est bien pour cela qu’il ne doit pas y avoir de pré conditions ou préalables. De plus, la négociation implique des concessions réciproques et donc l’idée de gains et de pertes pour chacun. Troisièmement, la bonne foi est importante dans une négociation mais elle ne va pas de soi. Dès lors, chaque partie doit présumer que l’autre est sincère et s’en assurer. 

A cet effet, des mesures de confiance peuvent être mises en place comme faisant partie d’un processus de négociation. Enfin, négocier implique un minimum de confidentialité et, naturellement, l’organisation du suivi de l’exécution effective des engagements pris.

Ces quelques observations étant faites, je pense que, pour ne pas être dépassé par les événements, les politiques mauritaniens, toutes tendances confondues, ont besoin de s’entendre pour gérer un certain nombre de menaces réelles et crédibles qui pèsent sur le pays.

Parmi les principaux points que je considère prioritaires se trouvent les suivants. Premièrement, dans la liberté, restaurer et renforcer le crédit et l’autorité morale de l’état. Deuxièmement, arrêter la polarisation continue de la société et de la nation sur des bases ethniques et sociales. Troisièmement, travailler davantage, avec les pays voisins et les partenaires extérieurs, pour faire face aux menaces actuelles et futures auxquelles le pays fait face. 
Pour réussir durablement cet effort, un tel exercice demande un vaste consensus national.


Propos recueillis par Moussa O Hamed
Rmibiladi
 
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