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Ahmed Ould HAMZA, Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott: «Il n’y a pas de raison que les Sénégalais puissent être inquiétés en Mauritanie»


Actualité
Lundi 19 Décembre 2011 - 09:22

Ahmed Ould Hamza est le Président de la Communauté Urbaine de Nouakchott pour un mandat qui commence à toucher à sa fin. Imprégné de la culture sénégalaise où il a vécu la plus grande partie de sa jeunesse, Ahmed Ould Hamza affiche le profil d’un homme intègre connu pour son franc-parler. Aujourd'hui, au moment où les relations entre le Sénégal et la Mauritanie traversent des moments difficiles, il évoque les liens séculaires qui unissent les deux pays.


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Les relations entre le Sénégal, votre pays d’enfance et la Mauritanie, votre propre pays, sont tumultueuses depuis un certain temps. En tant que premier magistrat de la ville de Nouakchott qui abrite un nombre important de ressortissants sénégalais, quelle appréciation faites-vous de cette situation?

L’expression «relations tumultueuses» est excessive. Car entre deux pays comme le Sénégal et la Mauritanie, il ne peut y avoir de relations tumultueuses. C’est une même famille, qu’on le veuille ou non. Il peut y avoir des incompréhensions momentanées et passagères entre les gouvernements. Mais entre les peuples mauritanien et sénégalais unis par l’histoire, le sang, la culture, la religion et la communauté de destins, il ne peut y avoir de problèmes. Les énervements de 1989 appartiennent déjà au passé. C’est une erreur qui ne se répétera plus jamais. Même s’il y a encore des chauvins de part et d’autre.

Il arrivera un jour, où l’on pensera à une appellation commune (Maurisénégal ou Sénémauritanie) pour désigner les deux États qui, en réalité, n’en font qu’un seul. Il n’y aura plus de place, comme c’est le cas aujourd’hui, aux égoïsmes étroits qui engendrent de faux problèmes.

Justement, j’allais dire que depuis 2008, il y a le problème du transport routier qui sévit, celui du transport aérien est venu l’accentuer même s’il a connu un dénouement heureux. Comment voyez-vous tout cela?

S’agissant de ce problème de transport routier entre les deux pays auquel vous faites allusion, c’est pour moi une anomalie, pour ne pas dire une aberration qui n’a pas sa place d’être et qui devrait, rapidement, être dépassée.
Il faudrait assurer la libre circulation des biens et des personnes entre la Mauritanie et le Sénégal. C’est à l’avantage des deux parties. Plus question donc de contingentements au niveau du secteur du transport routier. Les difficultés ne concerneraient donc que le transport des personnes. Pour ce qui est du transport des biens et marchandises, il n’y a pas, réellement de problèmes. Car le mouvement est, en grande partie, dans un seul sens, du Sénégal vers la Mauritanie. L’inverse est très rare.
Je profite de cette occasion, pour m’interroger sur les raisons du retard de construction du pont reliant les deux rives du fleuve Sénégal et dont on parle depuis un certain temps.

Les populations des deux côtés se plaignent souvent des tracasseries au niveau de la frontière et de la route. Elles n’apprécient pas le fait que le problème du transport aérien qui est assez récent trouve une solution, alors que celui du transport routier plus ancien et concernant beaucoup de personnes n’en trouve pas.

Je crois que, quelque part, on se cache la vérité. Je pense que nos deux Chefs d’état doivent se retrouver pour parler entre frères. Il n’y a pas de raison que les Sénégalais puissent être inquiétés en Mauritanie, ni que les Mauritaniens le soient au Sénégal. Ils sont chez eux et ils doivent pouvoir y vivre comme tel. En tout cas, moi, je ne vois pas de différence. Je me sens aussi bien sénégalais que mauritanien et c’est le cas de beaucoup de Mauritaniens. Les Sénégalais font ce que les mauritaniens ne font pas et vice- versa. Nous sommes complémentaires et non adversaires.

Il faut que des têtes tombent à chaque fois qu’il est porté préjudice à cette relation. Il faut que l’État, au plus haut niveau, fasse preuve d’intransigeance. Que des sanctions appropriées interviennent qu’il s’agisse de la Douane, de la Police des frontières, de la Gendarmerie … Les gens doivent comprendre qu’il n’est pas tolérable ni acceptable qu’entre le Sénégal et la Mauritanie, il puisse y avoir de blocage.

Le problème de l’enrôlement en Mauritanie se pose avec beaucoup d’acuité. Vous avez l’habitude de dire que vous êtes blanc mais que vous réfléchissez black. Qu’évoque cette question chez vous?

C’est la première fois que je parle de cette question. Vous savez, malheureusement, cet important projet de mise en place d’un état civil fiable est hautement sécurisé a été biaisé dès le départ. En effet, si le principe en lui-même est irréprochable et salutaire, la démarche qui a été adoptée fut défaillante par de nombreux aspects. Il y a eu défaillance de communication, notamment, en amont. Il y a eu aussi, de la part des commissions de supervision et d’exécution, des comportements inadmissibles, parce que frustrants. Frustration dont ont été l’objet, en particulier, les Négro-mauritaniens et les Mauritaniens naturalisés qui ont choisi la Mauritanie et en sont fiers. Ce choix doit donc être récompensé par l’obtention de tous leurs droits de citoyenneté.
Ces citoyens ont droit à un état civil moderne et sécurisé. Tout Mauritanien quel que soit son lieu de naissance et ayant démontré preuves à l’appui, sa mauritanité doit être enrôlé sans retard, ni tracasseries.

Les Pouvoirs publics semblent avoir bien compris ces insuffisances et travaillent à les combler, loin de toute discrimination. Le Pouvoir n’est donc pas raciste et ne peut être raciste, car qui a vécu avec les populations noires ne peut que les aimer et ne peut, en conséquence être chauvin.
Aussi et c’est le lieu de le rappeler, les doutes sur la mauritanité pèsent aussi bien sur la composante négro-africaine que sur la composante maure de la société mauritanienne. Tous les maures ne sont pas Mauritaniens. Il y a parmi eux des Maliens, des Marocains et des Sahraouis, et j’en passe…
Le chauvinisme doit être rigoureusement combattu au sein de toutes les composantes du peuple mauritanien. La force de la Mauritanie réside en sa diversité ethnique et culturelle. C’est une source d’enrichissement. La Mauritanie n’est pas un pays seulement arabe, mais un pays arabo-africain. Un jour, peut être, elle deviendra métissée.

Vous êtes Président de l’Association des Maires de Mauritanie. Il y a quelques mois, vous avez reçu vos homologues du Mali et du Sénégal pour instaurer ce qu’on pourrait appeler la diplomatie des villes. En quoi cela peut être profitable aux populations de ces pays?

Vous savez, les états ont des relations à haut niveau. Il y a l’État central qui s’occupe de la politique étrangère. Aujourd’hui, le monde a changé. Il y a la diplomatie décentralisée, parce que dans les villes il y a des élus. Le maire est l’élu de proximité, le plus proche des populations. Et quelque part, il y a des choses qui échappent à l’Etat central. Nous pensons que les villes comme Nouakchott, Dakar, Bamako ou Ziguinchor (parce que le Président des maires du Sénégal est maire de cette ville) ont intérêt à coopérer entre elles. Nous avons deux réseaux, celui des maires des capitales et celui de l’association des maires. Moi j’ai la chance d’être maire d’une capitale et président de l’association des maires, mais il y a d’autres villes où le Président de l’Association des maires, n’est pas le maire de la capitale comme le cas du Sénégal. Ces réseaux sont créés pour être plus proche des citoyens. L’axe Bamako-Dakar-Nouakchott est un axe lié à l’OMVS.

En conjuguant nos efforts, en tant qu’élus nous pouvons compléter l’action des pouvoirs publics, en développant les acquis relationnels entre nos différents peuples aux plans culturel, sportif et social. Et, cela à travers l’organisation de colonies de vacances, l’échange de troupes artistiques et de groupes sportifs. Une diplomatie urbaine au service des populations.
A cet effet, nous œuvrons au renforcement de l’axe Bamako-Dakar-Nouakchott, en prélude à un autre axe plus large.

Dans quel cadre précis êtes-vous solidaires?

Nous sommes solidaires au niveau des institutions décentralisées. Aujourd’hui, le maire de Dakar est élu vice-président mondial pour l’Afrique au niveau de CGLU. Si nous n’avions pas une synergie entre nous, cela n’aura pas été possible. On se soutient mutuellement et on se partage les rôles. Nous faisons un travail de lobbying et nous partageons nos idées. Nous sommes plus que des amis, nous sommes des frères condamnés par la communauté de destins et les contraintes de la mondialisation, à coopérer et à unir nos efforts.

Propos recueillis par Ibou Badiane, Correspondant en Mauritanie
Pour L'Enquête
Mamoudou Kane


              

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