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Agriculture: La révolution verte n'as pas (encore) eu lieu


Economie
Lundi 4 Juillet 2011 - 13:42

Depuis deux décennies, on promet chaque année aux mauritaniens la fin d'une époque agricole, et l'ouverture de nouvelles perspectives, de changements dans le domaine. Une nouvelle campagne agricole commence, et les acteurs du secteur, surtout agriculteurs ne sont pas optimistes sur ces «révolutions» qu'on veut leur vendre chaque année à partir de Rosso.


La volonté politique manque encore pour faire de l'agriculture un pilier de l'économie mauritanienne
La volonté politique manque encore pour faire de l'agriculture un pilier de l'économie mauritanienne
Il y a trois ans l'organisation arabe d'investissement et de développement agricole (OAIDA) signait avec la Mauritanie une subvention de cent millions de dollars pour le développement de la production, mais aussi de l'industrialisation agricoles en Mauritanie. Cette convention intervenait dans un contexte où les pouvoirs publics se lançaient comme grand défi d’amener le secteur privé à investir massivement dans le secteur agricole, notamment irrigué, au lieu de se tourner vers des importations de plus en plus coûteuses.
Trois ans plus tard, force est de constater selon la plupart des observateurs de ce secteur, que les choses n'ont pas évolué d'un pouce, après moult subventions de ce genre, et une «révolution verte» qui semblait prometteuse à l'époque de Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Le pétard agricole est toujours mouillé.
La faute entre autres, et «surtout» aux institutions chargées de s'en occuper selon les premiers concernés, les agriculteurs. «Une institution comme le PDIAIM a littéralement mangé pendant plus de dix ans la quasi-totalité des fonds alloués pour l'agriculture irriguée. Là, une nouvelle direction est à l'œuvre, et on attend de voir.» explique Ciré Diallo, agriculteur propriétaire d'une centaine d'hectares à l'entrée de Rosso.

Le directeur de l'institution en question, Baba Ould Soufi, également conseiller technique chargé de l'aménagement rural auprès du ministère du développement rural se montre optimiste. «Notre objectif cette année est de parachever les activités programmées il y a deux ans et préparer une troisième phases d'activités nouvelles. D'ici la fin de l'année donc, tous les projets de réaménagements des périmètres irrigués, des appuis aux crédits institutionnels seront terminés.
Au niveau des décaissements de crédits justement, on est bien avancé aussi. Le crédit agricole et les subventions aux intrants agricoles, devraient être supérieurs pour cette nouvelle campagne aux cinq années précédentes.» explique-t-il confiant.

Pourtant, depuis 1998 que le projet développement de l'agriculture irriguée en Mauritanie (PDIAIM) a été lancé, dans le cadre de la Stratégie de Développement Rural, les choses n'ont pas avancé aux yeux des agriculteurs. Pourtant l'immense potentiel des terres arables mauritaniennes (dont 40% à peine sont cultivées) est bien là. «Avec plus de 50% de l'emploi du pays, environ 20% du PIB, et une croissance en moyenne de 5%, l'agriculture peut, et doit servir de locomotive au développement de la Mauritanie.» estime Ciré Diallo.

Agriculture: La révolution verte n'as pas (encore) eu lieu
Un système de crédit à revoir?

Du côté des institutions publiques à qui le financement de l'agriculture revient, on vante un «changement profond en cours aussi bien matériellement que dans les comportements.»
C'est ce que laisse entendre en tout cas, Bettar Ould El Bou, directeur général du crédit agricole: «Nous comptons de plus en plus financer les projets fixés sur des zones irriguées, avec une enveloppe de 130 000 ouguiyas par hectare. Et des efforts avaient déjà été faits l'an passé avec un financement de 14 400 hectares durant la campagne hivernale.» explique-t-il.
Pourtant, déplore-t-il, «une partie des agriculteurs n'ont pas encore intégré la notion de remboursement des crédits consentis. Ce phénomène nous a conduit à considérablement réduire les prêts, à cause des mauvais payeurs.»

Les agriculteurs ne sont pas complètement d'accord avec ces faits énoncés. «Depuis que le fonds national des catastrophes a été arrêté, les producteurs sont exposés à des aléas naturels récurrents, qui nous empêchent de pérenniser notre production. Donc de rembourser, pour certains d'entre nous.
Ce fonds doit donc être réactivé, et vous verrez que le taux de remboursement remontera.» assure Alioun Ould Awbek, agriculteur dans le Trarza.

Assurer une pleine sécurité alimentaire

A l'heure où les terres arables mauritaniennes sont de plus en plus scindées et octroyées dans l'opacité la plus totale à des investisseurs étrangers, notamment arabes, des voix s'élèvent pour critiquer cette voie empruntée qui n'irait pas dans le sens d'une indépendance alimentaire. C'est ce que vient de faire le gouvernement il y a quelques semaines, qui a lancé un projet de mise à disposition d’environ 40 000 hectares à la société saoudienne Tabouk Eziraiya Groupe.
«Comment un pays comme la Mauritanie qui importe 80% de tout ce qu'il mange, et qui cultive à peine 40% de ses terres arables, peut-il ainsi brader ses terres?» s'interroge Mouhamet Lamine Ndiaye, directeur du Programme justice économique en Afrique, à OXFAM Dakar, de passage à Nouakchott.
Pour lui, «il faut nourrir nos populations africaines: contrairement à ce que nous proposent les grandes organisations internationales, exporter ne sert à rien! Ce ne sont pas avec les exportations que nous allons nous développer. L’immense marché qui s’ouvre à l’Afrique est celui de sa propre population, et de son alimentation. L’urgence est de produire pour que les Africains vivent. Cette vision s’appuie nécessairement sur les agricultures familiales, qui doivent être au cœur des politiques agricoles. Il faut les accompagner et les aider à se transformer, quitte à ce qu’elles deviennent des entreprises agricoles. Et les politiques agricoles mauritaniennes ont d'abord tout intérêt à d'abord veiller à la sécurité alimentaire des mauritaniens.» soutient longuement Mouhamet Lamine N'Diaye.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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