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Agences de notation: C'est quoi tout ce bazar?


Economie
Samedi 10 Décembre 2011 - 14:28

Les agences de notations ne prennent pas le stylo que pour les dettes souveraines occidentales. Une vingtaine de pays africains peuvent être touchés. Comment une simple note peut influer sur le destin économique de pays entiers, voire d'entités régionales comme la zone Euro?


Les profits libéralisés et les pertes socialisés, ont accentué le cercle vicieux en partie entretenu par les agences
Les profits libéralisés et les pertes socialisés, ont accentué le cercle vicieux en partie entretenu par les agences
Les agences de notation sont apparues aux USA au début du 20ème siècle. Elles ont acquis de l’importance à partir des années 1980, lorsqu’on est entrés dans une période de libéralisme économique. Les États s’en sont remis à ce type d’agences privées pour évaluer leur santé économique et financière, et être bien perçu par les marchés. Elles évaluent si les pays sont aptes à rembourser leurs crédits ou pas. Plus les déficits sont importants, plus on se dit que les pays manquent de ressources et vont peut-être avoir du mal à rembourser. Recettes fiscales, dépenses publiques justifiées ou non… Un peu comme le médecin qui vous ferait un check-up, on regarde un peu tout.

Dans l'absolu, au début en tout cas, avant l'émergence de l'économie financière spéculative, ces agences n'étaient pas critiquables en soi. Mais, parallèlement à son développement, les agences de notations ont vu l'avènement de la spéculation boursière, et de tous les circuits de fabrication artificielle de richesses, qui les ont aussi leurrés, il ne faut pas l'oublier.
Les mêmes agences dont on parle beaucoup aujourd'hui, notaient Lehman Brother «AAA» quelques semaines avant sa faillite, ne procèdent-elles pas par excès en donnant des mauvais points, en Grèce et en Italie notamment, mais en laissant pendre aussi des épées de Damoclès au-dessus de toute la zone Euro quasiment? «L'expérience montre en effet que les agences de notation sur-réagissent systématiquement à chaque fois qu’une crise est confirmée. Certains analystes n’hésitent d’ailleurs plus à parler de prophéties auto-réalisatrices dans certains cas, tant les abaissements de notes dans ces moments-là accentuent la crise. Quand vous ajoutez à cela l’incapacité à anticiper les brusques dégradations de solvabilité des emprunteurs, ça fait beaucoup» explique dans Les Afriques Guy Gweth, consultant international et fondateur de Knowdys, numéro un du conseil en intelligence économique en Afrique centrale.

En dégradant la note d’un pays, on va provoquer la dégradation que l’on craignait effectivement. Le pays sera obligé d’emprunter à des taux plus élevés, ce qui dégradera encore plus ses finances. Ensuite, il a deux possibilités: soit il récupère des ressources en plus en jouant sur la fiscalité (en augmentant les impôts), soit il réduit ses dépenses publiques. Mais cela conduit à un autre effet pervers : en réduisant les dépenses publiques, vous réduisez le pouvoir d’achat. Donc la demande baisse, la production baisse, on licencie, il faut payer des allocations chômage… Le déficit se creuse encore plus. C’est un cercle vicieux.

«On peut sortir de ce cercle vicieux, mais pas avec les recettes actuelles. Par exemple, on parle régulièrement de séparer les banques de détail des banques d’affaires, qui prennent plus de risques. Les risques inconsidérés pris par les banques d’affaires se répercutent sur les crédits accordés aux PME ou aux particuliers, donc sur la croissance économique. Cette étanchéité limiterait la spéculation. Une deuxième option serait de nationaliser les banques, au moins pendant un temps. Les états bénéficieraient ainsi d’un droit de regard» explique Joseph Stiglitz, ancien prix Nobel d'économie.

L'Afrique face aux agences

Moody's, une des trois grandes agences mondiales, de notation
Moody's, une des trois grandes agences mondiales, de notation
«Si la Mauritanie devait être notée, elle aurait un B- (très spéculatif- ndlr) ou un CCC même (défaut de remboursement), avec tous ses arriérés de factures envers les fournisseurs, l'inflation relativement élevée, même si elle a été contenue, et une économie sans véritable tissu solide» estime un jeune financier d'une des nouvelles banques étrangères à Nouakchott.
«De toutes façons, la Mauritanie n'emprunte pas sur les marchés obligataires. Elle n'en a pas les moyens. De ce fait, elle ne se fait pas noter» continue le jeune cadre.

Certains pays africains ne se font pas encore noter par «stratégie peut-être», comme l'Algérie. «La notation est un jeu à deux. Autant un pays pouvait être noté sans être sollicité à l’époque des «notations sauvages», au début des années 70, autant depuis 40 ans, l’entité qui veut être notée doit coopérer avec l’agence de notation. En clair, l’émetteur consent librement à transmettre des informations (dont certaines sont confidentielles) à l’agence de notation. Théoriquement, on ne peut donc publier une opinion sur une entité en l’absence d’informations suffisantes. Alger semble agir au mieux de ses intérêts» explique Guy Gweth.

La grande vague des notations souveraines a déferlé sur le continent africain au début des années 2000. A ce jour, à peine 20 pays africains sont notés par les «Big Three».
Dans l’ensemble, le nombre de pays africains dégradés est très limité, attestant de la solidité des économies du continent après quatre ans de croissance moyenne de 5%. A noter que beaucoup de pays émergents comme le Pakistan, l’Equateur ou la Hongrie ont vu leurs notations revues à la baisse par deux fois en l’espace de six mois.

Mais quelque soit son niveau de résistance, les analyses initiales selon lesquelles l’Afrique n’est pas concernée par la crise financière sont aujourd’hui dépassées. S&P mise sur une croissance de seulement 1,4% du PIB des 19 pays notés pour 2009, contre 5% en 2008 et 5,7% en 2007.
Les plus mauvaises prévisions concernent la Libye (-6% de croissance du PIB), le Botswana (-1,5%), l’Afrique du Sud (-1,5%) et les Seychelles (-9,5%). Des ralentissements importants sont à prévoir en outre pour le Nigeria (+1,6%), Madagascar (2,1%), le Ghana (3%) et l’Egypte (3,6%). Le Mozambique et l’Ouganda resteront pour leur part au-dessus du niveau de 5%, soutenus par d’importants programmes d’investissements. Pour les deux pays maghrébins notés par l’agence, à savoir la Tunisie et le Maroc, les prévisions sont améliorées par le facteur pluviométrique. Les bonnes récoltes attendues contrebalanceront la déprime de l’industrie.

Mamoudou Lamine Kane
Mamoudou Kane


              

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