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Afrique : un nouveau consensus


Tribunes
Dimanche 5 Août 2012 - 13:09

Il y a eu le « consensus de Washington », puis celui de « Pékin » et celui de « Copenhague ». Le temps est venu de réfléchir, non par mimétisme, mais par nécessité, à un « nouveau consensus pour l’Afrique.


Afrique : un nouveau consensus
Dans son livre, « la société de confiance », Alain Peyrefitte écrit ceci : « les économistes socialistes et libéraux sont d’accords que c’est le capital et le travail qui font le développement. Ma fréquentation du tiers-monde m’a appris que c’est un tiers facteur immatériel, que j’appelle le facteur culturel, qui fait le développement ».

Constat qui reste d’actualité en Afrique. Au demeurant, Peyrefitte ne pense pas à la culture dans son sens classique. Il ne s’agit dans son propos ni de rites, ni de musiques, ni de peinture, etc. tels qu’a pu les étudier Lévi-Strauss, par exemple. Il s’agit plutôt de ce qu’on pourrait appeler la « culture technicienne «, cette problématique dont traite un auteur comme Axelle Kabou, notamment dans son livre « et si l’Afrique refusait le développement ? ».

Il faut bien reconnaitre qu’Axelle Kabou pointe des maux relativement répandus en Afrique. Une urbanisation désordonnée, des services (souvent) défectueux, des infrastructures (pour un grande part) obsolètes, un environnement (largement) dégradé. Ou se situent les pays africains dans les classements du « doing business » ou de « l’indice de développement humain » ? Quel rôle jouent les ONG africaines dans les négociations sur le climat ? Combien le continent compte-t-il de think tanks de réputation, ne serait ce que continentale ?

Poser ces questions ne signifie pas ignorer les progrès accomplis, avec des taux de croissance soutenus dans nombre des pays ; une réduction effective de la pauvreté ; une baisse réelle de la mortalité infantile, un accroissement du nombre de banques africaines de taille continentale, voire internationale ; une augmentation significative de l’investissement privé intra-africain. Ces avancées sont encourageantes. Mais, reposent-elles sur un socle solide ? Ou bien Axelle Kabou a-t-elle raison d’affirmer que « chaque fois qu’il y a redistribution des cartes à l’échelle mondiale, l’Afrique est invitée à y participer en apportant des hommes et des matières premières » (voir « Jeune Afrique » N° 2672 du 25/31 mars 2012) ?

Au demeurant, quelles qu’en soient les causes, il faudrait œuvrer à pérenniser cette dynamique, afin qu’elle profite à de plus en plus de citoyens.

Il y a eu le « consensus de Washington », puis celui de « Pékin » et celui de « Copenhague ». Le temps est venu de réfléchir, non par mimétisme, mais par nécessité, à un « nouveau consensus pour l’Afrique ».

Jusqu’à présent, les stratégies de développement de l’Afrique n’ont accordé qu’une attention marginale aux paradigmes culturels (y compris le Nepad). Pendant deux décennies, elles ont reposé sur un trépied composé de l’ajustement structurel, de l’aide public au développement et de l’instauration de la démocratie. Légitime à certains égards, ce socle a montré ses limites. La dimension culturelle, qui aurait permis aux populations de s’approprier les problématiques du développement, a été largement ignorée. On a ainsi souvent mis les charrues loin devant les bœufs. Conséquences : des privatisations pour la plupart anarchiques, une démocratisation de plus en plus dévoyée, une aide publique largement détournée.

Le « nouveau consensus pour l’Afrique » doit remettre les stratégies du développement sur leurs pieds. Comment ?

Par exemple, ce n’est pas la lutte contre la corruption qui fait une bonne administration, c’est une bonne administration qui fait la lutte contre la corruption. Mais quelle administration ? Il est tout de même incongru d’avoir, dans nombre de pays africains, des administrations dites modernes et des administrations dites coutumières. Comme si une organisation, quelle qu’elle soit, et a fortiori une administration publique, pouvait s’affranchir de son environnement coutumier. Une bonne administration doit être un mélange subtil des deux Dans son discours d’Accra, le Président Obama a déclaré que l’Afrique avait besoin non pas d’hommes providentiels mais d’institutions fortes. Mais quelles institutions ? L’ambition ne doit pas (plus) être d’avoir, par mimétisme, un décalque des institutions des anciens colonisateurs ; institutions dont on ne sait plus quoi faire, une fois qu’elles ont été installées. Pour être utiles, les institutions doivent avoir une véritable identité.

Une administration efficace, des institutions adaptées, ne signifient rien sans la justice économique. La condition sine qua non de l’unité nationale, réclamée par les peuples, déclamée par les gouvernants, c’est le partage de la richesse. Ce qui pose la question des instruments pour y parvenir (microcrédit, banques de développement, etc.) A l’heure des bouleversements monétaires (quelle place demain pour le yuan, le yen, l’euro, le dollar ? a fortiori pour le CFA, le dirham, le dinar, le Naira ?) et alors que le FMI est tout entier mobiliser pour sauver l’euro, ne serait-il pas opportun de mettre en place un Fonds Monétaire Africain (FMA) ? Fut-il « franchisé » par le FMI. Un dernier exemple, qui concerne la santé (pour ne rien dire de l’éducation, pourtant essentielle, mais qui nécessiterait un développement à elle seule). La chaine de télévision française Fr 2 expliquait récemment que, pour lutter contre lé « désert médical » dans ses campagnes, la France teste les « médecins volants ». Il y a longtemps déjà, les chinois parlaient de « médecins aux pieds nus ». Cette médecine souple, de base, serait certainement utile dans les campagnes démunies d’Afrique. Combien d’infirmiers expérimentés, partis à la retraite dans la force de l’âge, ne demanderaient pas mieux que de monter leurs petits dispensaires ?

Il ne s’agit aucunement de suggérer ici un quelconque retour vers le passé, ni un rejet des apports extérieurs. Au contraire. Le monde est fait d’apports extérieurs, comme aurait dit l’humoriste français Pierre Desproges. Mais, pour signifier quelque chose, une pate a besoin de moule. Prenons la pate d’où qu’elle vienne. Sans oublier que nous possédons aussi nos propres moules. N’est-ce pas ce qu’on fait, par exemple, les pays asiatiques ? Et d’ailleurs, lors d’une récente visite en Malaisie, le chef de l’état guinéen, le président Condé, s’est interrogé à haute voix sur le fait de savoir pourquoi, alors que son pays et la Malaisie étaient au même niveau de développement il ya un peu plus de trente, aujourd’hui l’un est émergeant et l’autre est resté dans la pauvreté.

Des auteurs aussi différents que Max Weber, Schumpeter, Marx ou Braudel, ont montré le caractère déterminant de la culture dans le développement.

Le « nouveau consensus pour l’Afrique » doit se fixer l’objectif de faire de l’Afrique le continent des classes moyennes. Avec tout ce que cela implique d’exigences intellectuelles. Et de révolution culturelle.

MAJD KAMIL
(ANCIEN AMBASSADEUR/DIRECTEUR DE BANQUE)
Mamoudou Kane


              

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