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Afrique : Ces Premières dames qui creusent la tombe de leurs maris


Lu sur le web
Lundi 16 Janvier 2012 - 11:02

Souvent, les Premières dames sont les premiers drames de leur mari. Leurs frasques ont fréquemment contribué à leur chute. Petite galerie de ces «femmes fatales» d'Afrique et d'ailleurs.


Afrique : Ces Premières dames qui creusent la tombe de leurs maris
«Est-ce un crime que de faire du shopping?» Voilà comment l’épouse du président du Zimbabwe a récemment tenté de minimiser les nombreuses critiques sur son train de vie extravagant. Une formule qui s’ajoute à celle, toute aussi sidérante, qu'elle adresse à un journaliste qui l’interrogeait sur son goût prononcé pour les chaussures de luxe:

«J’ai les pieds très fins. Je ne supporte que les Ferragamo.»

Tout est dit, dans ces deux phrases, sur la folie des grandeurs de l’épouse de Mugabe.

Souvent comparée à Imelda Marcos, la femme de l’ex-dictateur philippin réputée pour sa collection impressionnante de chaussures, Grace Mugabe aime faire les magasins de luxe. Ses points de chute avant que son mari et elle ne deviennent persona non grata en Europe et aux Etats-Unis en 2004, étaient Paris, Londres, Rome et Milan —les grandes capitales européennes de la mode.

On la surnomme «Gucci Grace» ou «The First Shopper», la Première cliente. Mais à Harare, la capitale, tout le monde la désigne par le très savoureux «Disgrace», la Honte en anglais, en référence aux sommes folles qu’elle dépense dans les vêtements haute-couture et les bijoux, alors que les Zimbabwéens sont en proie à une précarité de plus en plus grande et à un chômage qui frappe 95% de la population. En 2003 par exemple, le quotidien britannique The Daily Telegraph rapportait une note de 81.000 euros qu’elle aurait réglée dans un magasin parisien.

Les folies de Grace Mugabe ne se limitent pas aux grands couturiers et autres bijouteries de luxe. La femme du président aime aussi la couleur de l’argent. Fin 2010, l’hebdomadaire zimbabwéen The Standard publiait des révélations de WikiLeaks faisant état d’un câble diplomatique américain la soupçonnant d’avoir gagné plusieurs millions de dollars grâce à la vente illégale de diamants issus de la mine de Marange, dans l’est du Zimbabwe. Influente et crainte par les pontes du régime, «Disgrace» peut facilement faire décaisser des sommes aussi étourdissantes que six millions d’euros en liquide de la Banque centrale zimbabwéenne pour un achat pressant.

Depuis son mariage en grandes pompes en 1996 avec Robert Mugabe (12.000 invités), elle s’est fait construire le très controversé Graceland, une immense propriété qui aurait été revendue par la suite au chef d'Etat libyen Mouammar Kadhafi. Elle s’est également fait bâtir un autre palais dont la construction aurait coûté près de 18 millions d’euros. Ses villas en Asie ne se comptent plus, depuis que son mari et elle en ont fait leur nouvelle destination favorite. Selon le Sunday Times, elle viendrait ainsi d’acquérir une villa de deux étages dans la banlieue chic de Hong Kong pour la modique somme de trois millions d'euros.

Si le pouvoir de Mugabe tient toujours, l’influence et les frasques de Grace auront tout de même contribué à mettre le régime au ban de la communauté internationale.

Constancia Obiang, la nouvelle riche de Malabo

Il fut une époque où la Première dame équato-guinéenne n’avait d’autre choix pour faire ses emplettes que les grands magasins de Yaoundé, la capitale camerounaise. A l'époque son mari, le président Teodoro Obiang Nguema, empruntait pour ses voyages à l’étranger l’avion présidentiel du Camerounais Paul Biya. Mais surtout, tout ça c’était avant la découverte à la fin des années 90 d’importants gisements de pétrole dans ce petit pays d’Afrique centrale.

Depuis, la Guinée équatoriale s'est transformée en un véritable eldorado qui produit 350.000 barils de pétrole par jour. Une manne qui fait de Constancia Obiang une nouvelle riche décomplexée, manifestement impatiente de hisser la taille de sa garde-robe au niveau de certaines de ses homologues. Aujourd’hui, ce ne sont plus les vendeurs des boutiques de prêt-à-porter à Yaoundé qu’elle part impressionner, mais plutôt les joailliers de la place Vendôme à Paris et les grands couturiers internationaux qu’elle affole avec ses dépenses faramineuses. Elle sillonne Londres, Rio de Janeiro et Malibu, collectionnant au passage véhicules de luxe et villas cossues, dépensant sans compter la fortune qu’elle a accumulée avec son mari en seulement quelques années, depuis le boom pétrolier équato-guinéen.

Selon le magazine américain Forbes, la fortune des Obiang est aujourd’hui estimée à 600 millions de dollars (405 millions d’euros). Ce qui en fait l’un des couples présidentiels les plus riches au monde. Un patrimoine acquis grâce à l’exploitation de l’or noir mais aussi, selon certains, issue du trafic de drogue. En 1997, l’International Narcotic Board classait la toute petite Guinée équatoriale parmi les 9 plus grands narco-Etats d'Afrique.

La Première dame du pays cultive une apparente discrétion et multiplie les actions dans l’humanitaire et la protection de l’enfance. Elle a fait construire une grande clinique privée à Malabo, La Virgen de Guadalupe, et une autre à Mongomo, le village natal des Obiang. Elle a créé le Comité d’Appui à l’enfant Equatoguinéen ainsi qu'une fondation pour la promotion des femmes et une autre pour la lutte contre le sida.

Peu présente sur le devant de la scène politique, pour les adversaires du régime Constancia Obiang est en réalité celle qui manœuvre tout depuis les coulisses du palais présidentiel. Un palais où deux employés paraguayéens qui géraient sa fortune lui ont dérobé en 2009 la rondelette somme de 4 milliards de francs CFA en liquide (6,1 millions d’euros), plus de nombreux bijoux. Pendant ce temps, les quelques 600.000 habitants du pays croupissent dans une pauvreté endémique. L’épouse de Teodoro Obiang détiendrait également des capitaux dans la plupart des entreprises de bâtiments et travaux publics —toutes étrangères— installées dans le pays.

Une boulimie de pouvoir couplée à une orgie consommatrice. Aussi rusée que son mari, d’où son surnom, «Zé» (la panthère en Fang, la langue du terroir), elle a contribué à instaurer une véritable oligarchie en Guinée équatoriale, plaçant des membres de sa famille à tous les postes stratégiques. Sur les 68 ministres du gouvernement, 11 sont issus du clan présidentiel. Elle essaierait même de jouer de son influence pour faire du sulfureux Teodorin Obiang, leur premier fils et actuel ministre de l’Agriculture et des Forêts, le successeur de son mari à la présidence de la République. Seulement, en Guinée équatoriale, les histoires de famille finissent toujours mal. L’époux de Constancia est arrivé au pouvoir en 1979, en renversant son oncle Macias Nguema. L’histoire se répétera-t-elle ?

La Messaline de la lagune Ebrié

«Sorcière! Guenon! Escadron de la mort!» Après avoir plusieurs fois échoué à déloger Laurent Gbagbo de son bunker d'Abidjan, les soldats pro-Ouattara n’en revinrent pas durant leur dernier assaut de tomber face à face avec celle qui, pour eux, est l’incarnation même du mal. Les images de Simone Gbagbo jetée à terre, molestée par des soudards dépareillés posant avec elle comme un douteux trophée de guerre, dans une posture extrêmement dégradante, témoignent du degré de haine qu’inspirait l’ex-Première dame ivoirienne. Cette brutalité des hommes de troupe contrastait avec la retenue dont les commandants des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) ont fait preuve avec son mari. Pouvait-il en être autrement?

Pour beaucoup d’Ivoiriens, c'est cette dame de fer au physique ingrat, qui exerçait un pouvoir maléfique sur son mari, qui a entraîné Laurent Gbagbo dans sa descente aux enfers —et la Côte d’Ivoire dans l’abîme. C’est qu’au contact du pouvoir, la fille du gendarme Jean Ehivet, membre d’une fratrie de 18 enfants, syndicaliste de choc dans les années 70 et cofondatrice du Front populaire ivoirien (FPI) dans la clandestinité, va se révéler sous son vrai jour: implacable avec tous les adversaires, réels ou supposés, de son mari.

Ainsi, députée du FPI, elle ne va pas tarder à incarner l’aile dure du parti aux côtés de «faucons» comme l’ancien Premier ministre Pascal Affi Nguessan, le président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly ou le leader des Jeunes patriotes Charles Blé Goudé. Ainsi, après l’insurrection nordiste de septembre 2002, elle n’hésitera pas à verser dans la vulgarité en menaçant les émissaires du régime partis en France, à Marcoussis, négocier avec une délégation de rebelles:

«Si nos maris signent n’importe quoi là-bas, à leur retour ils ne nous trouveront pas dans leurs lits!»

Après avoir survécu miraculeusement en compagnie de son mari à un grave accident de la route, cette catholique, sous l’emprise du très controversé pasteur Moïse Koré, va devenir une intégriste évangélique. Pour elle, c’est simple: la rivalité entre Laurent Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara se résume à un combat entre le bien et le mal. Ainsi, selon Simone, «Dieu a donné la Côte d’Ivoire à Laurent Gbagbo». D’ailleurs, elle ne pardonnera jamais à son mari d’avoir épousé sa jeune et jolie rivale Nadiana Bamba, ancienne journaliste à Africa N°1, originaire du Nord musulman, qu’elle a réussi à écarter du palais après le premier tour de la présidentielle de 2010.

Simone est fortement soupçonnée, par l’entremise de son âme damnée et de son aide de camp le capitaine Anselme Seka Yapo, d’être impliquée dans les escadrons de la mort et dans la disparition du journaliste Guy-André Kieffer. Après la chute du président Gbagbo, la terrible Messaline du pays de la lagune Ebrié pourrait être traduite devant les tribunaux.

Leïla Ben Ali, la régente déchue de Carthage

Lorsque le général Ben Ali dépose le vieux dictateur impotent Bourguiba en 1987, il aurait mieux fait d’écouter un homme de l’ombre qui a longtemps parrainé sa carrière au sein de l’armée. Quand le nouveau président confie au mentor son désir d’épouser en secondes noces une humble coiffeuse du nom de Leïla Trabelsi, celui-ci, exprimant des réserves sur la jeune divorcée alors âgée de 30 ans, freine des quatre fers et le lui déconseille formellement. Amoureux comme il n’est pas permis, l’homme fort tunisien passe outre.

De son exil saoudien survenu après la «Révolution du jasmin» qui l’a chassé du pouvoir, Ben Ali doit aujourd’hui se mordre les doigts de n’avoir pas écouté son conseiller. Car pour tous les Tunisiens, c’est la très cupide Leïla Trabelsi et son clan qui ont entraîné un Président prometteur et travailleur dans les dérives. Un clan décrit comme «quasi mafieux» par l’ambassadeur américain à Tunis dans des câbles révélés par WikiLeaks; un clan qui, du transport aux assurances en passant par les banques, la communication et l’immobilier, avait mis le pays en coupe réglée. Les estimations les plus basses évaluent ainsi la fortune du couple Ben Ali à cinq milliards d’euros, placés sur des comptes bancaires à l’étranger.

D’après le quotidien français Le Monde qui cite des sources élyséennes, l’omnipotente épouse de l’ex-président tunisien aurait embarqué 1,5 tonne d’or pendant que son mari essayait encore de se maintenir au pouvoir. Une cupidité qui n’avait d’égale que l’influence que son clan et elle ont réussi à asseoir en une vingtaine d’années sur l’économie et le pouvoir en Tunisie. Un pouvoir qui semblait l’intéresser davantage que les affaires. Officiellement, Leïla Trabelsi gérait des œuvres caritatives et sociales au travers de son ONG Basma et la présidence de l’Organisation de la femme arabe. Elle a créé un lycée international privé avec Souha Arafat, veuve de l’ancien président de l’Autorité palestienne Yasser Arafat.

Mais en coulisses, elle a la mainmise sur le régime: elle nomme et démet hauts fonctionnaires, conseillers et ministres. Peut-être un désir de revanche sociale pour celle que Nicolas Beau et Catherine Graciet appellent «la régente de Carthage» dans leur ouvrage paru en 2009. Née en 1957 dans une famille pauvre de 11 enfants, Leïla Trabelsi passe son enfance dans la Médina de Tunis où elle devient coiffeuse. Elle se marie puis divorce trois ans plus tard avant d’entamer une longue relation avec Ben Ali. Cette relation aboutira à un mariage en 1992 et à l’émergence de la dynastie qui a régné sans partage à Tunis jusqu’à la Révolution de jasmin.

Elena Ceausescu, le mauvais génie des Carpates?

Quand elle est arrêtée ce triste matin de 1989 en compagnie de son mari dans la petite ville de Târgoviflte, à 50 kilomètres de Bucarest, après une fuite éperdue à travers la Roumanie, Elena Ceausescu ne semble pas encore réaliser ce qui se passe et admoneste les soldats venus l’alpaguer comme si elle s’adressait à des écoliers. Présentée à ses juges, la femme qui était encore quelques jours auparavant le personnage le plus craint de Roumanie continue de faire preuve de l’arrogance qui la caractérise. A l’issue d’un procès bâclé, elle est passée par les armes en compagnie de son dictateur de mari, Nicolae Ceausescu. Quand on relèvera leurs corps désarticulés, le nombre extrêmement élevé de douilles recueillies indiquera la volonté du peloton d’exécution d’en finir une bonne fois pour toutes avec le vieux couple maléfique.

Ancienne et modeste secrétaire au ministère des Affaires étrangères, Elena Ceausescu connaîtra une ascension fulgurante avec l’arrivée de son mari au pouvoir en 1965. Complexée par son niveau d’instruction très limité, elle va s’autoproclamer scientifique de haut niveau, s'accaparant de nombreuses distinctions fantaisistes. Parallèlement, elle monte en grade au sein du Parti communiste roumain et se voit même propulser au poste de vice-Premier ministre. Se mêlant de tout, elle sera à l’origine d’un décret controversé sur la suppression du contrôle des naissances qui provoquera une augmentation importante d’enfants non désirés par la suite abandonnés dans de misérables orphelinats.

Source: slateafrique.com
Mamoudou Kane


              

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