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Africités 2012 : "Autorités locales et territoires pour développer l’Afrique"


Société
Mardi 4 Décembre 2012 - 15:30

La sixième édition du sommet des collectivités locales africaines, Africités, ouvre ses portes ce mardi à Dakar. Quarante maires mauritaniens devraient s'y rendre et contribuer a débat. Les autorités locales examinent de nouveau leur contribution à l’unité et au développement du continent. Territoires, autorités locales et développement : un nouveau trio gagnant ? Les réponses de Jean-Pierre Elong Mbassi, secrétaire général de Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA).


Africités 2012 : "Autorités locales et territoires pour développer l’Afrique"
Il serait donc temps de « construire l’Afrique à partir de ses territoires » pour les autorités locales africaines réunies dans le cadre du sommet Africités à Dakar, de faire fi des frontières héritées de la colonisation qui auront biaisé le développement des Etats africains ?

Il faut tirer les leçons de 50 ans de gestion des Etats post-coloniaux. Les frontières africaines sont aujourd’hui les plus dures à franchir légalement. C’est aussi reconnaître que ces Etats n’ont pas su gérer la nécessaire unité et la nécessaire diversité des peuples. Toutes les régions du monde se construisent en grands ensembles régionaux à dimension continentale. Nous avons été parmi les premiers à envisager que l’Afrique puisse être une région d’un seul tenant mais cette idée a été plombée. L’Union africaine peine à porter les aspirations des peuples africains. Beaucoup de gens sur le continent la considèrent comme un club de chefs d’Etat. Si nous voulons être partie du monde de demain, nous devons impliquer les populations dans toute dynamique d’unification et ces populations sont sur des territoires. Il faut donc construire l’Afrique à partir de ces territoires !

Le constat n’est bien évidemment nouveau. Pourquoi cette préoccupation émerge-t-elle maintenant ?

Nous nous sommes plaints de la balkanisation au moment des indépendances, puis nous avons conforté ces frontières issues de la Conférence de Berlin et engagés à bâtir des Etats-nations unitaires. Aujourd’hui, nous devons faire face à un retour de bâton : le Sud-Soudan, le Nord-Mali... On a construit la maison Afrique à partir du toit. Il faut maintenant des fondations et les fondations sont des territoires.

Les Etats africains ont dû mal à renoncer à leurs prérogatives au profit des autorités locales. L’état de la décentralisation sur le continent permet-il de construire une Afrique des territoires ?

Ce sont les Etats qui ont créé les territoires décentralisés. Il faut rétablir cette vérité : la décentralisation est une politique d’Etat. Il ne faut pas opposer collectivités locales et Etat central. C’est un faux débat. Par contre, cette décentralisation s’est faite au moment où les pays étaient sous ajustement structurel. Les collectivités locales n’ont pas été accompagnées dans la prise en charge de leur compétences par l’Etat alors que les lois lient transfert de compétences et transfert de moyens. Certains Etats africains n’ont donc pas pu décentralisé faute de ressources. Maintenant, l’Afrique se porte mieux. Des taux de croissance de 4 - 5% sont observés un peu partout et devraient perdurer une vingtaine d’années. Aussi, le partage de la ressource publique entre le niveau central et le niveau local doit être renégocié et c’est ce que nous affirmons à Africités. Nous disons qu’il est possible de le faire maintenant tout en étant conscients que que les élus locaux devront se battre. D’autant qu’ils doivent asseoir leur crédibilité en apportant la preuve que la décentralisation améliore les conditions de vie des habitants. S’ils répètent au niveau local ce qu’on observe au niveau central, alors la démocratie est en péril.

Quelle évolution et quel défis pour les collectivités africaines aujourd’hui, notamment depuis l ’instauration de ce mouvement unitaire incarné par le Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA) ?

D’abord, elles existent ! Les autorités locales sont = le seul lieu aujourd’hui qui crédibilise la démocratie. Au Cameroun, au niveau central, on a connu deux présidents en 50 ans d’existence de l’Etat. Pour un Camerounais né en 1982, la démocratie, si elle s’apparente à un changement chez ceux qui gouvernent, est une chimère.

Pendant ce sommet, on militera justement pour que les associations des collectivités locales asseyent le pouvoir démocratique à travers une modification de leur statut...

L’une des problématique à l’ordre du jour est de faire en sorte que leurs associations soient considérées comme des institutions publiques. A l’heure actuelle, elles sont des ONG alors que les collectivités locales sont des personnes publiques. Il n’y a que l’Afrique du Sud qui reconnaisse à la South African Local Government Association (Salga) un statut public. En tant que personnes publiques, les associations de collectivités locales doivent être financées. Pour le moment, elles le sont très mal. A l’exception du Cameroun où l’association a négocié avec l’Etat la prise en charge des cotisations directement sur les subventions faites aux collectivités locales. On peut le faire partout. Si les associations n’ont pas de ressources, la parole locale ne peut pas être portée de manière significative dans les débats.

Quand on parle d’autorités locales africaines, que doit-on comprendre ?

Les collectivités locales en Afrique, c’est 40 associations nationales et 15 000 collectivités locales qui ne représentent que 40% de la population du continent. La plupart des Africains ne relèvent pas d’une collectivité locale, mais de l’administration centrale ou de ses représentations locales. Nous sommes loin de l’idée selon laquelle les collectivités locales seraient envahissantes. Elles sont même actuellement minoritaires dans le paysage institutionnel.

Quelles est la place des villes dans ce paysage ?

Les Africains n’aiment pas les villes car elles sont la preuve de l’échec de la mission qui leur a été assignée par l’économie internationale. L’Afrique serait un continent essentiellement agricole. Le monde entier est devenu urbain. L’horizon de l’habitat sur Terre est la ville et c’est bien ainsi ! Pourquoi ? Les capacités de charge sur Terre ne peuvent pas supporter des populations étalées sur toute l’étendue du territoire. Une des explications du génocide rwandais, c’est cette affaire de capacité de charge sur les terroirs. En 1978, on m’avait commandé une étude sur la trace rurale du Rwanda.

L’une de mes conclusions était qu’il y avait des zones à risque qui ne peuvent plus supporter les populations qui y sont et qu’il fallait d’urgence urbaniser le Rwanda. Cette recommandation avait été balayée du revers de la main au prétexte qu’on ne pouvait urbaniser des populations vivant dans des collines. Les villes sont les organisateurs des marchés. Si on organise pas les réseaux de villes, on organise pas la création des marchés locaux. On a un niveau supérieur constitué par trois villes : Lagos, Johannesbourg et Le Caire. Ce niveau est celui qui connecte l’Afrique au réseau des villes globales. Il faut admettre que nos connecteurs à la mondialisation sont ces trois villes. Il faut donc que le développement de ces mégalopoles concernent tous les Africains.

Ensuite, il y a un réseau de 15 villes qui structurent les marchés régionaux. Addis, Naïrobi et Dar es Salam pour l’Afrique de l’Est par exemple ; Luanda, Kinshasa et Douala pour l’ Afrique centrale ; Abidjan, Accra et Dakar pour l’Afrique de l’Ouest et Casablanca, Tunis et Alger pour le Nord du continent. Il faut qu’il y ait une relation très forte entre les trois villes globales et ces 15 autres villes. On doit pouvoir rallier Luanda au Caire facilement, au moins trois fois semaine par exemple. Ce n’est malheureusement pas le cas. Comment intégrer l’Afrique si les grands connecteurs ne sont pas intégrés ? Les Africains s’unissent quand ils se rencontrent. Il y a une foule de villes, entre 50 et une centaine, qui structurent à leur tour les marchés locaux. Le commerce intra-africain, c’est 10% contre 30% en Amérique Latine et 60% en Europe.

Et les communautés rurales ?

Elles sont entraînées par les marchés locaux. La solution aux problèmes ruraux, c’est la ville. C’est par le marché qu’on entraîne la production.

Le CGLUA s ’intéresse à point nommé aux territoires au moment où deux conflits majeurs au Mali et en RDC interpellent les citoyens africains. L’association exprimera-t-elle une position politique sur ces questions ?

Nous avons toujours eu le courage de dire ce que nous pensons. Dès l’ouverture du sommet, nous consacrons une large session aux conflits à l’issue de laquelle le CGLUA fera, il va de soi, connaître sa position.

Propos recueillis par FALILA GBADAMASSI
Pour afrik.com

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b[Que se passera-t-il à Africités 6 ?

Les anciens présidents Thabo Mbeki (Afrique du Sud), Nicéphore Soglo (Bénin) et Pedro Pires (Cap-Vert) participeront ce mardi à une session consacrée aux conflits en Afrique. Le sommet de Dakar est aussi l’occasion pour les collectivités locales de discuter avec leurs différents partenaires. Les journées politiques seront, quant à elles, marquées par l’assemblée générale du CGLUA dont la tête sera renouvelée. Pendant Africités, sera également discuté une charte des valeurs et principes de la décentralisation et la gouvernance locale. C’est un texte qui sera soumis aux dirigeants de l’Union africaine après adoption par les ministres de la Décentralisation. De même le président sénégalais Macky Sall, dont le pays accueille le sommet, a proposé la création d’un Haut commissariat des collectivités locales au sein de l’UA. Cette proposition sera discutée à Dakar. Enfin, cette année, Africités accueille trois « invités spéciaux », la Chine après le premier forum Chine-Afrique des collectivités locales, la Turquie et l’Amérique Latine.]cb
Mamoudou Kane


              

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