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Affaire Mohamed El Hadi Macina : Un dossier qui embarrasse l’État


Actu Mauritanie
Mardi 16 Février 2016 - 14:56

Inculper l’inamovible doyen des Secrétaires généraux mauritaniens n’est pas une mince affaire. Celui qui est considéré comme le véritable patron du ministère de l’Intérieur, Mohamed El Hadi Macina, qui cumule treize années comme gestionnaire en chef de ce département, et autant d’années comme préfet, est mis aux arrêts. Des secrets de l’État mauritanien, il en connaît plus que tout autre dans le pays.


Mohamed El Hadi Macina, plus connu sous le nom « Macina » - notre photo- a été arrêté. C’était vendredi dernier. La nouvelle qui a très vite fait le tour de l’administration a ébranlé plus d’un ! Normal quand on sait la place que joue cet homme sur l’échiquier administratif, voire politique national. Véritable pièce maîtresse du ministère de l’Intérieur, Macina connaît tous les rouages de ce département. Des dossiers « sales » comme de dossiers « limpides », il en aurait circulé des centaines entre ses mains. Des ripoux habillés en vêtement d’honorabilité comme d’administratifs attentionnés ? Il en en connaît des milliers d’échantillons.
Aussi, le cas de Macina, ce commis de l’Etat, qui a enjambé allègrement quatre régimes, Ould Taya, Ely Ould Mohamed Vall, Sidi Ould Cheikh Abdallahi et Mohamed Abdel Aziz, en dit long sur ceux qui nous gouvernent.

L’affaire pour laquelle Mohamed El Hadi Macina tombe aujourd’hui ne serait en définitive que l’arbre qui cache la forêt. Pendant son passage au ministère de l’Intérieur, il en a vu bien d’autres : corruption, détournement à l’échelle nationale, drogue, blanchiment, meurtre politique, Grap I, Grap II…Autant de sacs à puce bien au chaud dans la besace de ce Manitou entre les mains de qui des dizaines de ministres de l’Intérieur ont été formés.

C’est cet homme-là qui a été interpellé. Il serait accusé de corruption dans le cadre des bulletins de vote commandités auprès de la société britannique Smith & Ouzman. 

Si l’on ne connaît encore pas tout sur les véritables tenants et aboutissants de cette affaire, on constate toutefois que la réaction de l’État mauritanien, qui n’est survenue qu’après la condamnation de la société britannique Smith & Ouzman par un tribunal londonien, n’honore pas les autorités du pays. En fait, l’enquête portant sur cette affaire, devrait avoir été entamée depuis la présidentielle de 2009 après que l’opposition eut commencé à crier à la fraude. Ou du moins en 2013 ou 2014, lorsque la même société a été sollicitée de nouveau pour les législatives, communales et présidentielles. Aucun doute n’avait effleuré l’esprit des autorités ? Qu’à cela ne tienne. Cela devait au moins s’enclencher dès les premiers soupçons qui pesèrent sur les transactions financières de cette société et dont la justice britannique traquait les preuves depuis au moins deux années.
 

C’est comme si l’Etat mauritanien se trouve aujourd’hui, mis devant le fait accompli, de jouer à l’outré. Et dans ce cas là, l’affaire Macina ne durerait que le temps qui lui permettrait de se tasser sur le plan international. Traîner un tel sac à secrets devant les tribunaux risque d’être un exercice périlleux pour les régimes mauritaniens qui se sont succédé, mais aussi pour les hommes qui les ont servis et qui sont encore tapis dans les recoins du système.

D’ailleurs, les circonstances dans lesquelles Mohamed El Hadi Macina a été arrêté, en disent long sur la panique qui s’est emparée du régime, bousculé par un scandale venu d’Outre-mer et qui jette subitement l’Etat mauritanien devant l’actualité internationale. C’est sans doute, du fait de cet inducteur venu de l’extérieur, que Mohamed El Hadi Macina est la première haute personnalité, sinon le premier citoyen mauritanien, accusé, jugé et condamné à l’avance pour corruption.
 

Les faits
Première version : Jeudi 11 février 2016, Mohamed El Hadi Macina, Secrétaire Général du Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation sort du bureau du Premier ministre, Yahya Ould Hademine. Le soir, vers 2 heures du matin chez lui, des hommes en tenue civile viennent l’y repêcher et le conduisent dans un lieu inconnu.

Deuxième version : vendredi à vers 8 h 40 minutes au ministère de l’Intérieur, un groupe de policiers se viole les usages et s’introduit de force dans son bureau malgré les protestations du secrétariat. Quelques instants plus tard, l’homme est conduit de force à l’extérieur, et ses téléphones confisqués. Il est aussitôt conduit à près de deux cents mètres plus loin, dans les locaux de la Direction des crimes économiques et financiers, au 3ème étage de la Direction générale de la sûreté Nationale.

De sources informées qui soutiennent que la décision de son arrestation voire le traitement particulièrement musclé qui lui a été réservé par les forces de police viennent de la Présidence de la République, on note que son interrogatoire a aussitôt été engagé. Celle-ci porterait sur le contrat de confection des bulletins de vote lors de la présidentielle de 2009 auprès de la société Smith & Ouzman. Pour ces mêmes sources, Macina aurait fait passer ledit marché, moyennant un bakchich équivalent à 15% du total du contrat juteux que la société britannique avait obtenu. C’est du moins ce qu’a révélé une ONG du nom de Corruption Watch. Le tribunal qui a condamné la société britannique le 16 janvier 2016, auraiti cité le nom de Macina. Ce serait en tout 76.182 livres sterling (50.000 dollars, plus de 17 millions UM) qu’il aurait perçu entre le 5 et le 15 juillet 2009, alors qu’il aurait réclamé selon les mêmes sources, 900.000 dollars U.S. L’argent a été, selon le tribunal, transféré dans le compte de la fille de Macina résidant en France.

Toutes ces accusations seraient consacrées par des preuves concrètes, et le dossier dans sa forme finale, aurait été transmis au gouvernement mauritanien. Lequel serait tombé des nues d’autant plus que l’affaire concernait en premier chef un homme considéré comme un model dans l’administration, qui plus, était pressenti comme un candidat potentiel à la fonction de ministre du gouvernement ! Mais la surprise serait davantage plus forte chez le président de la République qui n’aurait pas pu digérer l’affaire. De sources informées, le chef de l’État n’a pas pu digérer le fait que des fonds aussi considérables que ceux qui ont été notifiés, aient été déplacés dans différents réseaux, sans que jamais il ne s’en soit aperçu et sans que jamais il ne lui en soit fait état !

Dans le viseur…
Ces dernières semaines, la Mauritanie n’est pas le seul pays où de hauts responsables ont été épinglés par le jugement du tribunal britannique pour corruption active par Smith & Ouzman. Parmi les pays cibles, la Guinée, la Somalie et l’Ethiopie, entre autres. 
En fait, de sources informées, la Mauritanie qui portait le code « 4 » dans les registres noirs de la société était sous la coupole d’un agent de la société, Karim Rich. C’est lui qui devait s’occuper des transactions obscures et c’est certainement avec lui que Mohamed El Hadi Macina et ses probables complices auraient commercé à l’époque.

Seulement, le Secrétaire Général du Ministère de l’Intérieur ne serait pas seul. D’autres personnalités dans le même ministère, mais aussi, au sein de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) seraient également impliquées et ont été signalées dans le compte rendu du tribunal de Londres. Les personnes cibles auraient obtenu chacune, à titre de corruption en 2009, 60.000 livres sterling. La question qui s epose à présent est de savoir quelles sont ces personnes cibles ? Le ministre de l’Intérieur qui avait organisé les scrutins ?  Des cadres du ministère de l’époque dont certains ne sont lsu en fonction actuiellement ? Le président de la CENI de l’époque ? Certains de ses proches collaborateurs ? Des officiers des forces de l’ordre ? Nu ne saut sauf... le président de la République qui aurait en sa possession le repertoire des personnes citées par le tribunal de Londres !Est-ce alors à dire que les prochains jours seront marquantes dans le pays ? Certainement...

Conséquences
Cette affaire soulevée par le Tribunal de Londres, relève que la corruption est une réalité dans le pays. Elle montre aussi que malgré toutes les campagnes menées par les pouvoirs publics contre ce phénomène, ce sont des hommes de ces mêmes pouvoirs qui sont chaque fois impliquées dans des affaires de malversations financières. Cela démontre l’effectivité de vastes réseaux maffieux, qui saignent le pays et son misérable peuple.

En fait, si la corruption en Mauritanie n’épargne pas de simples bulletins de vote, que dire de contrats encore plus juteux dans des domaines tels que les mines, la pêche, le pétrole, le gaz, l’électricité, etc. ?

Jusqu’où cette affaire peut-elle impacter la crédibilité des différents scrutins organisés dans ce pays depuis 2009 ? Ne vaudrait-il pas pousser les investigations, comme apparemment la société Smith & Ouzman est tout sauf honorable, pour vérifier si les bulletins eux-mêmes n’ont pas été traficotés ? Et dans le cas où l’enquête porterait, cela pourrait donner raison à l’opposition qui avait dénoncé à l’époque, en 2009, la magie du « B » arabe, expliquant ainsi la victoire spectaculaire de Mohamed Abdel Aziz dès le 1er tour face à une kyrielle d’adversaires assez populaires.

En fait, l’histoire du scandale Smith & Ouzman en Mauritanie, est un miroir promené sur un pays qui serait tout, sauf un pays clean.

Cheikh Aïdara
L'Authentic

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