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Accords de pêche : Le round de la dernière chance


Economie
Lundi 2 Juillet 2012 - 12:39

Les négociateurs de la Mauritanie et de l’Union européenne ont repris, le 26 juin dernier, les discussions à Nouakchott pour tenter de finaliser tous les aspects leur permettant de reconduire l’accord de pêche qui lie les deux parties depuis 1996.


Accords de pêche : Le round de la dernière chance
Ce sixième round est vu comme celui de la dernière chance devant permettre à l’UE de convaincre la Mauritanie de renouveler l’accord de pêche qui arrive à terme le 31 juillet prochain. Le négociateur en chef, côté mauritanien, Cheikh Ould Ahmed, colonel à la retraite, ancien Délégué à la Surveillance Maritime et au Contrôle en Mer (DSPCM) connaît toutes les ficelles de ce dossier et semble vouloir tirer le meilleur profit d’un accord qui a toujours été indexé comme une énorme perte pour le pays, malgré la compensation financière de 364 millions d’euros payés par l’UE à la Mauritanie durant les quatre ans de durée de l’Accord.

Le secteur des pêches offre à la Mauritanie des retombées socio-économiques de toute première importance et constitue l’un des principaux piliers de l’économie nationale. En effet, de par les recettes fiscales et non fiscales (25 % à 30 % des recettes budgétaires de l’Etat, en particulier à travers l’accord de pêche signé avec l’Union Européenne), les apports en devises (environ 40 % à 50 % des recettes d’exportations - les céphalopodes à eux seuls représentent plus de 70% des recettes en devises générées par le secteur) et la richesse qu’il génère (évalué entre 6 à 10% du PIB), ce secteur est considéré par le Gouvernement comme stratégique non seulement pour remédier aux problèmes de déséquilibre macro-économiques, mais aussi pour contribuer de façon dynamique au développement du pays en termes d’emplois (plus de 30 000 emplois en mer et/ou à terre représentant 36 % des emplois du secteur moderne, de sécurité alimentaires et d’apport en protéines animales. L’apport du poisson à la ration alimentaire en protéine de la population mauritanienne varie considérablement d’une région à l’autre et représente 15 à 20 % des apports totaux de protéines animales. Enfin, en termes de revenu, mais aussi d’effet d’entraînement sur les autres volets de l’économie nationale.

C’est ce qui fait que, dans une situation de crise économique et financière qui donne des sueurs froides à tous les responsables européens et africains, il est de bonne guerre qu’au moment où la Mauritanie tire vers le haut, pour avoir les meilleurs dividendes possibles de ses ressources halieutiques, l’UE, qui a sur les bras plusieurs crises financières (Grèce, Portugal, Italie, Espagne) cherche, de son côté, à ne pas trop " se saigner " pour avoir le bon poisson mauritanien dans les plats des ressortissants de l’Union. Sur cet aspect là au moins, le gouvernement veut faire jouer la bonne recette qui a poussé les sociétés minières, notamment Tasiast (or) et MCM (cuivre) à rehausser la part des bénéfices revenant à la Mauritanie, même si, du côté de la Coordination de l’Opposition Démocratique (COD) l’on pense que ces opérateurs procèdent, à un véritable racket à ciel ouvert, avec la bénédiction du pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz.

Mais dans le domaine de la pêche, la Mauritanie chercherait à faire jouer la concurrence à fond. L’UE n’est plus, depuis un an, le seul grand partenaire de la Mauritanie dans ce secteur qui, il y a quelques années encore, rivalisait avec celui des mines porté, il est vrai par le " fabuleux " succès de la SNIM (Société nationale industrielle et minière). Les Chinois sont arrivés en force avec la signature d’une convention portant sur 100 millions de dollars US avec la société Poly-Handong, ce qui risque de bouleverser, considérablement, la donne. Il est connu, partout où ils sont passés, que les Chinois ne sont pas des enfants de cœur et la rude concurrence qu’ils livrent déjà aux Occidentaux (Américains et Européens) sur leurs propres terres, dans les " plates bandes " économiques qu’ils ont conquises de longues dates en Afrique et en Asie, se porte maintenant sur des " terres vierges " comme la Mauritanie.

Dans cette optique, il faut, peut-être, situer la polémique qui a opposé le camp mauritanien défendant les intérêts de la Chine (et donc la convention avec Poly-Handong) et celui qui, sous couvert de la défense des " acquis " de la pêche industrielle nationale, veut poursuivre la coopération économique avec l’UE.

Il s’agit là d’un conflit d’intérêt qui dépasse, de loin, le simple rapport qu’on chercherait à établir entre l’apport chinois (2500 emplois directs, en plus de l’investissement de 100 millions d’USD et la construction d’une usine de traitement du poisson sur place à Nouadhibou) et les quelques 300 millions d’euros versés sur 4 ans, en contrepartie une autorisation des navires de pêche européens dans les eaux mauritaniennes, accord de pêche qui arrive à terme le 21 juillet prochain. Une ressource à sauvegarder

" C’est tout simplement l’application des nouvelles mesures gouvernementales du 15 juin dernier concernant la pêche artisanale qui exigent désormais que tous les exploitants et propriétaires nationaux des embarcations devront embarquer que des marins mauritaniens ", note un expert. Malgré un net recul constaté et par les opérateurs eux-mêmes et par les mauritaniens qui se plaignent de la rareté du poisson de qualité dans leurs plats, la pêche continue d’être un secteur clé de l’économie nationale, comme en témoigne ses principaux indicateurs : Une production annuelle estimée à 300 000 tonnes, 50%, environ des exportations du pays, 10% PIB, une contribution à de 29% pour le budget de l’Etat et 36.000 emplois directs dont la moitié à terre et 31% dans la pêche artisanale appelée, de plus en plus, à prendre de l’importance pour donner un ancrage réel à ce secteur dans l’économie nationale.

Un peu comme ce qui se passe chez les voisins sénégalais et marocains de la Mauritanie où le secteur occupe respectivement 600.000 et 450.000 personnes, selon les données les plus récentes. Dans le cadre de l’accord de pêche, qui permet en fait à quelques 110 navires européens de profiter de la manne halieutique de la Mauritanie, l’UE a versé, pour la période 2008-2012, 305 millions d’euros à la Mauritanie.

Pour l’eurodéputé français Alain Cadec, l’argent versé par l’UE au gouvernement " doit permettre d’assurer le développement durable du secteur mauritanien de la pêche, mais l’utilisation de ces fonds reste très difficile à vérifier ". Très soupçonneux sur la destination des fonds européens, l’eurodéputé relève que les fonds européens " n’ont pas vocation à alimenter le budget général de l’Etat ". Une clause dont les gouvernements mauritaniens successifs ont toujours fait très peu de cas.

Sneiba Mohamed
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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