Connectez-vous S'inscrire
Noorinfo

Accords RIM-UE : Le poker-menteur des Espagnols


Actu Mauritanie
Lundi 10 Juin 2013 - 19:30

Depuis la signature du protocole RIM- UE en juillet 2012, excluant les «céphalopodiers» de l’UE, les armateurs et l’administration espagnols sont inconsolables. Ils sonnèrent la mobilisation générale des troupes pour contraindre Nouakchott à les réadmettre. On envoya en première ligne, le lobby mauritanien dont des élus et des fonctionnaires, pour distiller savamment leurs messages. Puis ce fut le tour de diplomates chevronnés, bien au fait de la chose mauritanienne. Enfin, plusieurs Ministres espagnols furent dépêchés à Nouakchott, en vain. Rien ne put ébranler la position mauritanienne.


Accords RIM-UE : Le poker-menteur des Espagnols
Après tous ces échecs, Madrid vient de lancer dans la bataille finale, l’euro député MATO qui préside la Commission pêche du parlement UE. Cette dernière,  comprenant outre son président, 6 espagnols, vient de voter sans surprise, le 29 mai 2013, à 13 contre 9, le rejet du protocole.

A l’issue de ce vote, Mr MATO, dans une lettre adressée à Mme la commissaire Damanaki  et largement distribuée aux armateurs, avance des recommandations susceptibles selon lui de sauver le protocole. A aucun moment, il n’a abordé les intérêts des pêcheurs mauritaniens, mais, plus grave encore, pour un euro député de surcroit, son réquisitoire n’a couvert que les soucis des armateurs espagnols. Pas un mot sur le Pélagique congelé qui constitue pourtant et de loin l’essentiel du protocole. 
L’argumentaire de Mr Mato, cousu de  fausses affirmations, est aussi fragilisé par ses «oublis».  
 
AFFIRMATIONS FAUSSES 
Mr Mato affirme que l’UE a payé 70 millions Euros à la RIM : faux, car il s’agit de 67 millions, soit une erreur de 3 millions. Soit dit en passant, la redevance des crevettiers espagnols qui nous rendent la vie difficile depuis 2 ans, se chiffre à 2.100.000 euros par an.
 Mr Mato affirme également que la RIM «a récemment signé avec la Russie un accord…» : Faux, mais aussi usage de faux, car ce mensonge a servi à faire voter la commission pêche contre le protocole.

Alors, ou Mr MATO a menti à dessein, ce qui est très grave pour un membre d’un parlement de l’envergure de celui de l’UE ; ou il menti par ignorance et c’est encore plus grave car ces informations sont très faciles à vérifier, avant d’engager l’UE sur la base du faux par légèreté et complaisance.
 
CONCESSIONS AUX CREVETTIERS
Mr MATO juge «marginales» les améliorations faites aux crevettiers. Nous pensons que ces concessions sont au contraire importantes :
  • Le bycatch de céphalopodes est passé de 0% à 6%,
  • La redevance est passée de 620 à 420 euros/T
  • Le zonage, malgré la proximité du PNBA tant convoité par les pêcheurs espagnols, a été repoussé à l’est d’environ 4km, ce qui est loin d’être «marginal» en zone aussi sensible. Aller au delà entrainerait forcément un by catch considérable en céphalopodes, entrainant ainsi des rejets en mer, mais aussi des conflits avec les pêcheries artisanales. Mais cette filière  est prise en otage par celle des céphalopodiers pour faire plus de «poids».
  • Quant aux merlusiers leur quota annuel est passé de 4000 à 5000T/an à la demande de Bruxelles.
 
CEPHALOPODIERS
Leur admission scandaleuse en 1996 en RIM, avait défrayé la chronique à l’époque, et ses acteurs des deux cotés sont toujours vivants. De 1996 à juillet 2012 ces chalutiers ont causé l’effondrement du stock des céphalopodes, menaçant du coup, l’existence même des pêcheurs mauritaniens, particulièrement artisanaux.

De 2005 à leur exclusion de la ZEE mauritanienne, ils ont commis les pires entorses à la loi : pas moins de 400 infractions graves ou très graves, dont la pêche massive de juvéniles, mais aussi pêche en zone interdite, tentative de corruption, etc. Tous ces délits ont fait l’objet de procès verbaux et ont été lourdement sanctionnés. Mais ils ne constituent certainement que la partie émergente de l’iceberg, la plupart des infractions n’étant jamais décelée.

Ce sont ces chalutiers-là, que l’Espagne et son euro député Mr MATO veulent faire revenir dans le protocole, sous le fallacieux prétexte de «pêche expérimentale». Mais leur détermination se heurte à la volonté politique mauritanienne qui défend les intérêts de ses pêcheurs artisanaux et sa ressource céphalopodière au bord de l’effondrement, selon les conclusions du dernier comité scientifique conjoint tenu à Rennes en Avril 2013.
 
LE MODELE BALGUERIAS - SOLARI 
C’est quoi ?  Bien qu’on en parle depuis deux ans, les négociateurs mauritaniens n’y ont pas eu accès. Mais il s’agirait selon Mr MATO, d’un plan d’aménagement miracle – eh oui !les scientifiques en font aussi parfois- sensé ressusciter les stocks de céphalopodes.

Mode d’emploi : attention !! Il marche seulement en Mauritanie, mais aussi exclusivement avec des céphalopodiers espagnols. Autres chalutiers s’abstenir. Dommage que les espagnols qui pêchent en Mauritanie depuis la nuit des temps aient attendu l’effondrement de la ressource, pour nous sortir ce plan «scientifique», le jour de l’exclusion de leurs navires céphalopodiers.
Sceptiques, mais aussi un soupçon superstitieux - sait-on jamais ? -, nous avons proposé à Bruxelles d’embarquer les scientifiques espagnols sur nos propres chalutiers ou, même des navires de recherche étrangers. Mais comme par hasard, ce plan ne marcherait qu’avec des navires espagnols, et de surcroit, ceux-là mêmes qui sont la cause de l’épuisement de la ressource démersale… curieux non ?
 
TAUX D’UTILISATION DU PROTOCOLE
Mr MATO aborde ce point en affirmant d’emblée que le Protocole est sous utilisé en terme du nombre de licences. Curieusement c’est le même constat que font certains fonctionnaires mauritaniens. Ils savent pourtant et c’est la grande nouveauté de ce protocole, que la Mauritanie a vendu un quota et non pas un nombre de licences.  Or tous les quotas, sauf celui des crevettes, ont un excellent taux de prélèvement.
 
CE QUE NE DIRA PAS MR MATO
De son  trou de Judas, Mr MATO ne veut voir que devant sa porte et n’abordera donc que ce qui, à son sens, ne marche pas. Sélectif, il évite d’aborder la «partie pleine de la bouteille». Ainsi, il ne dira pas que :     
  • Depuis juillet 2012, 27 navires espagnols  continuent leur pêche en Mauritanie. Mr MATO voudrait (à moins qu’il ne bluffe), sacrifier leurs intérêts au profit de 5 chalutiers pour une pêche «scientifique expérimentale», fort lucrative il est vrai,
  • Que les crevettiers sont subventionnés  jusqu’au 30 juin 2013 pour leur solidarité avec les céphalopodiers,
  • Les captures pélagiques au delà des 20 milles marins sont excellentes et que 3 Etats membres de l’UE se sont désolidarisés de la position de l’Espagne  et ont commencé à pêcher depuis janvier 2013.  Il s’agit de la Pologne, de la Lettonie et de la Lituanie, qui ont, avec les Pays-Bas la quasi-totalité du quota attribué à l’UE. Ces derniers continuent de rêver de la belle époque de la sardinelle ronde, à 12 milles  et avec leurs navires surdimensionnés.
  • Dans le protocole  précédent, la Mauritanie ne percevait de l’armateur européen  que 10 euros/t de redevance (contre 123 euros à présent). Alors que cette même tonne se négocie entre 1600 à 2000 euros aujourd’hui pour le chinchard.  
  • Ce protocole est relativement plus équilibré et respecte le code de conduite de la FAO, pour la pêche responsable
  • Ce protocole est conforme à la résolution du Parlement UE sur l’APP RIM-UE du 12 mai 2011 protégeant notamment les pêcheurs mauritaniens  instaurant la notion de «surplus»,
  • Ce protocole est un outil efficace de lutte contre la migration illégale, car il préserve les moyens de subsistance des pêcheurs locaux, qui, à défaut se transformeront au mieux en passeurs,
  • Ce protocole est le fruit d’une volonté politique nationale, quoiqu’en disent ses détracteurs nationaux ou étrangers. Elle sera difficile à infléchir par une pression, non étayée par des arguments objectifs et réalistes,
  • Certains «analystes» intéressés qualifient le Protocole de non rentable pour la Mauritanie en arguant du manque à gagner en termes de redevances (ce qui est faux), oubliant sciemment, qu’il faut mettre en équation aussi, l’apport du monopole des céphalopodes, des sardinelles, sans occulter la protection de la ressource que procure le nouveau zonage des 20 milles marins. Car, mis au pied du mur, les décideurs mauritaniens opteraient, très probablement pour ces derniers paramètres
  •  Par dessus tout, ce qui fragilise la position espagnole c’est la faiblesse des arguments et non pas l’incompétence ou le dévouement de ses défenseurs européens, contraints de plaider des causes perdues d’avance.
Les négociateurs des deux cotés, conscients du fait qu’une négociation est évolutive par essence, ont apporté plusieurs amendements au protocole original. Tous ces amendements sont le fruit de concessions de la Partie mauritanienne. Mais cette dernière, est limitée dans sa recherche de consensus par deux fondamentaux : les intérêts vitaux de ses pêcheurs et la préservation de sa ressource halieutique. Or, pour satisfaire l’Espagne et les Pays Bas,  il faut leur accorder les céphalopodes et la sardinelle ronde respectivement. En d’autres termes, enlever aux pêcheurs mauritaniens leurs moyens de subsistance et pratiquer une pêche non durable. Pas moins.

Mr MATO sera logiquement mis en minorité en plénière car ses collègues suivront son exemple, en votant pour leurs intérêts nationaux. Il devra en outre, demander aux armateurs qui pêchent déjà de se sacrifier pour les autres et leur trouver une autre subvention. Par les temps qui courent, cela ne sera pas facile.

Malgré tout ce qui précède, comme il l’a fait pour sa commission pêche, il pourrait arriver à rallier une majorité contre le protocole. En effet, il appartient au groupe PPE, majoritaire au Parlement et contrairement à la Mauritanie il a les moyens de faire du lobbying. En outre, beaucoup d’euro députés méconnaissant le dossier pêche et n’ayant pas le temps d’en prendre connaissance, pourraient obéir aux consignes de vote de leur groupe politique, non par conviction mais par défaut.

Si un tel scenario, peu probable mais pas impossible se produisait, cela mettrait le Parlement UE en contradiction avec sa propre résolution et couterait cher à l’Espagne avant tout le monde.

L’Espagne devrait savoir que même sans obtenir tout ce qu’elle voulait, il n’en demeure pas moins, que la Mauritanie ouvre la porte à toute sa flotte (60 navires), en excluant il est vrai quelques uns, au profit exclusif de ses propres pêcheurs (plus nombreux et plus nécessiteux).

Il est vrai que les navires espagnols depuis des siècles pêchent gratuitement dans ces eaux, mais à moins d’invoquer le droit coutumier, ils doivent se rendre à l’évidence : la Mauritanie, quand-même elle le voudrait, ne peut plus satisfaire toute leur flotte. L’Espagne devrait se rappeler, qu’en pareil contexte avec le Maroc, et avec des moyens de pression autrement plus importants qu’avec la Mauritanie, leurs navires avaient été exclus des Accords depuis 1996 à ce jour. La Mauritanie accepte toujours ses crevettiers.

Le bon sens voudrait donc, qu’avec suffisamment de recul (3 ans de pression) et en toute sérénité que l’Espagne opte pour le moindre mal, et désamorce la bombe MATO, qui éclaboussera tout le monde –elle en premier-, avant qu’il ne soit trop tard.    
La Mauritanie a mis les russes dehors, mis au pas les chinois de Hondong et accepté des concessions importantes à Bruxelles pour sauver ce protocole.

La Mauritanie est restée sereine face aux attaques répétées contre ses intérêts vitaux, et cela bien qu’elle ait plus d’une carte à jouer. Plus que quiconque, l’Espagne le sait.

Si contre toute logique, le Protocole est dénoncé par l’UE, la Mauritanie ne sera pas la plus grande perdante. Elle vendra toujours son poisson pélagique,  car la demande est importante, et l’offre très limitée.

Pour les armateurs espagnols, adieu poulpes, gambas ! mais aussi merlus, thon, rougets etc.
Cela aura aussi peut être pour effet indésirable pour les armateurs européens, de précipiter le processus déjà bien engagé, d’une industrie de pêche nationale, qui est la véritable alternative à des Accords de Partenariat de Pêche (APP) essoufflés, même s’ils restent encore un mal nécessaire, au moins pour la pêche hauturière.  
 
(source : La tribune)


Noorinfo


              

Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Actu Mauritanie | Actualité | Economie | Sport | Culture | Société | Lu sur le web | International | Tribunes | Vu de Mauritanie par MFO | Blogs | videos | A.O.S.A | Communiqué | High-Tech | Politique | Sciences | Insolite | Histoire





Suivez-Nous
Rss
Recherche
Inscription à la newsletter
Les + populaires