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Aboubecrine Seddigh Ould Mohamed Hacen, DG de l'ANAC : "Nous ne voulons plus être sur liste noire"


Société
Samedi 26 Janvier 2013 - 16:20

Aboubekrine Seddigh Ould Mohamed El Hassen, Directeur Général de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile. Après la levée des sanctions de l’Union Européenne contre la aéronefs certifiés par la Mauritanie, KASSATAYA s’est entretenu avec M. Aboubekrine Seddigh Ould Mohamed El Hassen, Directeur Général de l’Agence Nationale de l’Aviation Civile. Elle explique comment la Mauritanie est passée du statut de paria à celui « d’exemple à suivre ».


Aboubecrine Seddigh Ould Mohamed Hacen, DG de l'ANAC : "Nous ne voulons plus être sur liste noire"
Monsieur le directeur, dans un communiqué de presse publié par l’OACI le 20 décembre 2012, il est écrit : "nous sommes très encouragés par les excellents résultats obtenus récemment par la Mauritanie dans le domaine de la sécurité" et plus loin le même communiqué dit "nous invitons tous les Etats membres de l’OACI qui ont des défis semblables à relever à prendre exemple sur la Mauritanie qui a su réaliser tant d’améliorations en si peu de temps".Que s’est-il passé entre 2010, date à laquelle la Mauritanie a été black-listée et décembre 2012, date à laquelle elle a reçu ces félicitations-là. Qu’est-ce que c’est que le secret de la réussite ?

Merci. Le secret de la réussite est assez simple. C’est l’existence de la liste noire elle-même ; la liste noire de l’Union Européenne mais aussi une autre liste noire que beaucoup de gens ne connaissent pas qu’on appelle l’ARB. C’est un ensemble de pays qui ont de mauvaises notes ; la Mauritanie en faisait partie et nous ne voulons plus figurer sur cette liste.

[C’est aussi] le désir d’être inscrit sur la liste des champions d’Afrique que la directrice de la navigation aérienne, Mme Nancy Graham, a mis en exergue lors des rencontres internationales sur la sécurité en Afrique mais aussi, le plus fondamental, est la volonté de notre gouvernement, l’engagement au plus haut niveau que la Mauritanie sorte de cette situation qui est très désagréable. Il y a également l’engagement du leadership de l’aviation civile de façon globale, l’adhésion de l’ensemble de l’encadrement de notre personnel, la disponibilité des moyens financiers et c’est l’expression, encore une fois, de l’engagement de l’Etat, notre engagement qualité, tous ceux-ci ont été de réels stimulants de progrès. La réussite, son secret est peut-être là.

Mais disposez-vous de moyens réels ?

Ecoutez, nous sommes suivis par le gouvernement. Nous sommes accompagnés, nous avons les mains libres contrairement à beaucoup d’aviations civiles en Afrique et c’est ça peut-être qu’il faut changer en Afrique. Quand l’aviation civile a toute son indépendance, il est tout à fait normal qu’ont atteigne les résultats escomptés

Alors, on va les reprendre point par point. Ces moyens-là, qu’est-ce que c’est ? Vous avez de l’argent ? Le budget dont vous avez besoin, vous l’exigez, vous l’obtenez ? Avez-vous le personnel qualifié parce qu’on peut avoir les moyens, on peut avoir la volonté politique mais ne pas avoir le personnel qualifié. Où en êtes-vous à l’ANAC ?

D’abord, nous sommes un EPIC. Nous jouons ce rôle, nous sommes indépendants…

EPIC c’est un Etablissement Public…

… Industriel et Commercial. Donc nous avons des moyens. L’Etat nous a permis de doubler nos moyens, ce qui est rare. Nous avons également les moyens financiers nécessaires, qui ont permis d’avoir toutes les compétences, soit externes, soit en interne. Nous avons, durant les deux années, pu recruter plus de 45 ingénieurs mauritaniens…

Tous de nationalité mauritanienne ?

Tous de nationalité mauritanienne. Aujourd’hui ils travaillent soit à l’ANAC, soit dans l’aviation civile, c’est-à-dire à la SAM [Société des Aéroports de Mauritanie] ou à l’ONM [Office National de la Météorologie] et donc nous pensons que la Mauritanie a eu un soutien assez efficace de la part de la direction nationale.

Comment ça s’est passé donc après 2010 ? Vous, vous avez été nommé en décembre 2010 après la mise sur liste noire de la Mauritanie, comment ça s’est passé ? Vous avez mis en place un certain nombre de procédures, de process et l’Union Européenne ou l’OACI est venue inspecter ?

Alors, tout d’abord nous n’avons pas eu honte de dire nos problèmes aux autres. Nous les avons exposés de la manière la plus transparente possible en essayant…

Il y avait donc des problèmes et la mise sur black-liste était donc justifiée. Ce n’était pas discriminatoire ?

Pas du tout. Nous pensons que la Mauritanie et les autres Etats d’ailleurs qui sont aujourd’hui black-listés ont mérité, au moment de la black-liste, le résultat. Le résultat était très clair. Il y avait des autorités d’aviation civile qui ne jouaient pas leur rôle et quand l’autorité d’aviation civile ne joue pas son rôle, c’est quand même très grave et il faut reconnaitre aux européens leur décision de black-lister les autorités d’aviation civile qui n’ont pas joué convenablement leur rôle. Alors, nous avons eu deux démarches qui sont tout à fait compatibles. L’OACI, elle pose généralement huit critères dans une démarche. Nous, nous avons concilié cette démarche avec une démarche qualité basée sur la démarche de Maslow, c’est-à-dire le PCDA (P Plan, D Do, C Check, A Act) : écrire ce que l’ont veut faire (c’est le planifier), le réaliser c’est le do, vérifier qu’on a atteint les objectif qu’on s’est posé et faire les corrections. L’OACI, qu’est-ce qu’elle demande en réalité ? Elle demande que chaque Etat ait une législation. Notre législation était obsolète. L’Etat nous a aidé à mettre en place une législation correcte qui respecte les derniers amendements…

Donc le premier acte est le cadre législatif que vous avez produit

Absolument. Après ce cadre législatif qui ne s’est pas arrêté seulement au niveau d’une loi, mais également au niveau d’un décret d’application et de plus de 18 arrêtés ….

Mais le cadre législatif on peut l’avoir, ça c’est une chose et son application est une autre chose.

Vous avez tout à fait raison. Juste après ce cadre législatif, il fallait écrire plus de 350 procédures et former des inspecteurs... Et ça, c’est le deuxième point que nous avons réalisé. Et la formation donc a été un point également extrêmement important dans le changement radical de la Mauritanie. Nous sommes peut-être l’aviation civile qui dépense le plus dans la formation et qui aujourd’hui a le plus d’inspecteurs dans toutes les disciplines qu’exige l’OACI. Ensuite, il fallait s’organiser. Il fallait dire à chacun « qu’est-ce que vous devriez faire ». Donc, on refait notre organigramme. On a défini à chaque personne ses tâches à travers une fiche de poste. On s’est attaché à donner à chacun des tâches mesurables et on s’est attelé à faire les revues de direction nécessaires pour s’assurer que chacun applique les actions nécessaires pour aboutir au résultat escompté.

Comment pouvez-vous vous assurer qu’un technicien fasse réellement ce qui lui a été confié comme mission ?

D’abord, dans la formation d’un technicien, il faut savoir que ça passe par plusieurs étapes : il y a sa formation initiale, il a une formation spécifique, il a un « Non Joined Training », c’est-à-dire un accompagnement dans l’exécution qui est fait sous la tutelle de quelqu’un d’expérimenté et puis il a des formations récurrentes.

Au cours de ces dernières, on s’assure que la personne a bien compris ce qu’on lui a donné ; qu’elle a compris la technicité. Et là, on peut vérifier que les choses se sont bien passées. Et donc, après avoir fait tout ça, que les Etats, les aviations civiles, peuvent certifier et c’est cette étape-là qui est une étape assez cruciale chez toutes les aviations civiles d’Afrique ; parce qu’on certifie sans pour autant s’assurer que tous ces pré requis ont été dépassés.

C’est ce que la Mauritanie, aujourd’hui, a dépassé et que les inspecteurs de l’OACI ont certifié et que d’ailleurs les inspecteurs européens de l’IOSA [IATA Operational Safety Audit] qui sont venus avec eux ont vu -parce que l’un d’entre eux était membre de l’équipe d’audit- ont constaté de visu que la certification qui a été faite en Mauritanie est une certification qui a respecté les cinq étapes de certification qui sont également décrites dans le document de l’OACI. Mais on ne doit pas s’arrêter à cela. Il faut savoir que l’OACI nous demande de faire une surveillance continue, de nous assurer que tous les engagements pris par les institutions qui sont certifiées se sont des engagements qui durent, qui sont respectés.

Et là nous avons des inspecteurs qui sont du SAFA* qui font de la surveillance continue au niveau de la compagnie et au niveau des autres organismes pour s’assurer que les exigences nationales et que les exigences de l’OACI sont respectées. Et en dernier lieu, il faut s’assurer que les problèmes qu’on a soulevés ont bien été corrigés. C’est ce qu’on appelle le sixième point. Le critère numéro huit, c’est d’ailleurs celui qui est le plus difficile parce que découvrir un problème est une chose, le résoudre en est une autre.

La Mauritanie a-t-elle aujourd’hui les compétences pour résoudre ces problèmes-là ? N’est-ce pas un peu rapide de passer en deux ans de la black-liste aux félicitations ? On ne s’est pas enflammé à l’OACI ?

On peut penser que c’est rapide mais tel n’a pas été le cas. D’abord il y avait suffisamment de compétences en Mauritanie qui avaient besoin d’un recyclage et les recyclages nécessaires ont été faits. Nous avons fait appel, il faut le dire, à tous les ingénieurs d’aviation civile en retraite en Mauritanie. Chacun d’eux a contribué à cette réussite.

Nous avons également fait appel à toutes les compétences africaines, européennes, chacun dans un domaine bien précis, pour booster dans un domaine bien particulier les compétences des uns et des autres et aujourd’hui nous sommes l’une des aviations civiles les mieux lotis en termes d’inspecteurs et qui demain, je le dirai dans une année ou deux, exportera vers l’OACI, exportera vers les autres organisations sous-régionales des compétences mauritaniennes pour les aider. Je peux vous dire déjà qu’on aide aujourd’hui un certain nombre de pays, que nos inspecteurs sont partis à Madagascar donner un coup de main, qu’on a été en Guinée donner un coup de main et qu’on n’hésitera pas à aider les autres pays qui demandent à ce qu’on partage avec eux notre expérience.

C’est un domaine dans lequel, aujourd’hui, la Mauritanie exporte son savoir-faire ?

Mais, la Mauritanie a toujours exporté son savoir dans d’autres domaines. Pourquoi pas dans l’aviation civile ? Je pense que la Mauritanie est un pays comme tous les pays qui recèlent de grandes compétences…

Pour avoir un ordre d’idées par rapport aux autres pays, disons de même catégorie, le Maghreb, l’Afrique, l’ASECNA, comment vous classez-vous aujourd’hui ?

Ecoutez, pour ce qui de l’ASECNA, c’est très clair, nous sommes classé premier.

La Mauritanie est classée première…

De loin, nous sommes premiers…

Sur quel plan ?

En matière de sécurité de l’aviation civile selon le rating de l’OACI ; et c’est publié dans le site de l’OACI. C’est consultable par tous les pays. Pour ce qui est du Maghreb arabe, nous sommes deuxièmes après la Tunisie. Pour ce qui est des pays africains francophones, si nous étions avant-dernier, aujourd’hui nous sommes septième. Le classement est très clair : nous faisons partie des dix champions de l’Afrique. Nous faisions partie des derniers, c’est vrai, mais nous avons fait un grand saut. Nous avons fait beaucoup d’améliorations et ces améliorations qui, comme je l’ai dit, ont permis à notre pays de se classer aujourd’hui parmi les leaders en matière d’aviation civile. Mais nous allons continuer à apprendre et nous allons continuer à communiquer

Quels sont les défis qui se dressent maintenant devant vous ?

Il faut continuer à apprendre, il faut continuer à se mettre à jour. Il ne faut pas tomber dans les erreurs du passé où nous avons eu une loi qui datait de 1978. Aujourd’hui notre réglementation doit être une réglementation souple, qui doit pratiquement tous les deux mois ou tous les quatre mois pouvoir changer en fonction des changements du monde parce qu’il y a de nouveaux phénomènes qui n’existaient pas chez nous mais qui se sont rapprochés, tels que par exemple les cendres volcaniques.

Il faut dire que tous les jours on doit être au parfum et aujourd’hui il faut dire que nous avons les moyens d’être au parfum de tout ce qui existe dans le monde. Nous assistons à tous les forums dans le monde. Il n’y a pas aujourd’hui un forum sur l’aviation civile dans lequel il n’y a pas un ingénieur de l’ANAC qui a pris part, qui a partagé son expérience, qui quelques fois reçoit les félicitations comme par exemple lors du forum sur l’environnement au Kenya. Notre exposé, le plan d’action mauritanien, a été parmi les plans d’action les meilleurs à être cités et notre actuel directeur de la navigation, Monsieur Sidi Mohamed, a reçu les félicitations pour cela. Donc, aujourd’hui je pense, il faut rester accroché. Quand on est parmi les leaders, il ne faut jamais accepter de venir parmi les derniers.

Mais en Afrique, il y a quand même sept pays qui sont devant vous.

Je pense que ça ne sera plus pour longtemps. L’année 2013, nous avons déjà un objectif d’être parmi les cinq premiers. Parmi ces cinq premiers, on fera la surprise certainement, certainement.

Est-on moins bien loti en terme de sécurité ici, qu’ailleurs ?

Vous n’êtes pas moins lotis qu’ailleurs et l’aviation dans le monde et en Mauritanie est le moyen le plus sûr, il faut le savoir.

Source : kassataya.com

*SAFA : Programme Européen d’Évaluation de la sécurité des aéronefs étrangers dont les pays membres sont : Albanie, Arménie, Autriche, Azerbaïdjan, Belgique, Bosnie-Herzégovine, Bulgarie, Croatie, Chypre, République tchèque, Danemark, Estonie, Finlande, France, Géorgie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Islande, Irlande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Moldova, Monaco, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Portugal, République de Géorgie, Roumanie, Serbie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suède, Suisse, ex- République yougoslave de Macédoine, Turquie, Royaume-Uni, Ukraine.
Mamoudou Kane


              

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