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Abbas va-t-il partir ? Israël ferait mieux de prier que non


International
Dimanche 9 Août 2015 - 20:45

Les rumeurs d’une prochaine démission du chef de l’AP se répandent. Aux extrémistes qui diraient : « Qui a besoin de lui ? » La réponse est : Israël


DImanche dernier, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas semblait exceptionnellement agité.
 

Après le meurtre du bébé Ali Dawabsha dans une attaque à la bombe incendiaire sur la maison de sa famille dans le village de Duma, les membres du parti de gauche Meretz ont rendu visite à Abbas au siège de la Muqata de l’Autorité palestinienne, à Ramallah, pour exprimer leur horreur et présenter leurs condoléances. Abbas était assis, la mine sinistre, tandis que la présidente du parti, Zehava Gal-On, parlait.

« Que puis-je dire aux familles des martyres ? A qui puis-je me plaindre ? », a-t-il demandé, faisant apparemment référence au terrorisme juif présumé.
 

Il a attaqué le Premier ministre Benjamin Netanyahu et peut-être même l’administration américaine, qui selon lui a catégoriquement abandonné les Palestiniens. Il a ensuite fait une déclaration vague : « Si la situation continue comme cela au cours du mois prochain, nous adopterons une position différente », a-t-il dit, sans plus de précisions.
 

Abbas a proféré des menaces plus explicites dans le passé, suite auxquelles rien ne se passait.
 

Pourtant, le mois dernier, avant l’attaque terroriste à Duma – qui a également tué le père du bébé, Saad Ali, décédé de ses blessures samedi, sa mère et son frère continuant de lutter pour leurs vies – Oded Granot, commentateur de la Première chaîne sur les affaires arabes, a rapporté qu’Abbas a menacé de démissionner de son poste en septembre.
 

De proches collaborateurs d’Abbas ont d’abord essayé de nier ces allégations. Plus tard, des responsables du Fatah ont déclaré aux médias que ses commentaires avaient été sortis de leur contexte et qu’Abbas essayait simplement de menacer le leadership du Fatah en raison de problèmes d’organisation pour la septième convention générale du Fatah.
 

Pourtant, malgré les nombreux démentis, on peut se demander s’il s’agit là de la « position différente » dont il a parlé aux membres du Meretz, ou bien s’il planifie une autre surprise ? L’un de ses plus proches collaborateurs nous a seulement dit que « tout changerait » le mois prochain.
 

La présidente du Meretz Zehava Gal-on serre la main à Mahmoud Abbas lors d'une réunion à Ramallah. ( Via Facebook)


La présidente du Meretz Zehava Gal-on serre la main à Mahmoud Abbas lors d’une réunion à Ramallah. ( Via Facebook)
 

Plus de dix ans se sont écoulés depuis qu’Abbas a été élu président de l’Autorité palestinienne. Il a aujourd’hui plus de 80 ans. Dès le moment où il est entré à la Muqata, il est un fervent partisan de la solution à deux Etats, sur la base des frontières de 1967, et espère que les négociations avec Israël déboucheront sur un Etat palestinien. Mais ce rêve n’a fait que s’évanouir peu à peu.
 

Le statut du Hamas s’est renforcé au sein de la population palestinienne, alors que le gouvernement israélien ne considère pas celui-ci comme un partenaire et répète à qui veut l’entendre que les implantations continuent de se développer. La possibilité qu’un Etat palestinien créé en Cisjordanie un de ces jours ressemble plus à un fantasme qu’à une réalité.

Les résidents palestiniens des villages des alentours de Ramallah, Naplouse et Bethléem observent l’évolution de la réalité géopolitique, tandis que de plus en plus d’avant-postes et d’implantations se dressent sur les montagnes. Un Etat palestinien avec une continuité territoriale depuis Hébron jusqu’à Jénine n’est plus une idée réalisable.
 

En plus de cela, il y a le sentiment de trahison de la part de l’administration de Washington ressenti par Abbas.
 

Le président américain qui l’a convaincu de ne pas poursuivre les pourparlers avec Israël tant que la construction se poursuivrait dans les implantations est le même chef qui ne se souvient apparemment pas du mot « Palestiniens » aujourd’hui. À l’heure actuelle, la Maison Blanche est focalisée sur une seule chose au Moyen-Orient : l’accord nucléaire avec l’Iran. Tout le reste peut attendre.
 

Dans le même temps, la possibilité de réconciliation avec le Hamas à Gaza a disparu, et au sein du Fatah, un concurrent a surgi qui tente de porter atteinte à Abbas : Mohammed Dahlane.
 

La question est de savoir si ces problèmes inciteront Abbas à démissionner ou plutôt à annoncer une autre mesure spectaculaire comme l’arrêt de la coordination sécuritaire avec l’armée israélienne.
 

Lorsque le journaliste de la Dixième chaîne Hezi Simantov l’a interrogé sur cette possibilité à la Muqata dimanche, Abbas a répondu par sa propre question irritante de savoir si les attaques de « colons » contre les Palestiniens cesseraient.
 

Là, à côté de Simantov, je fus surpris par la nature de la réponse. Je connais Abbas depuis 15 ans, et il a toujours su garder une façade, au moins devant des journalistes. Mais quelque chose en lui semble s’être brisé.
 

Peut-être le tournant a-t-il été l’opération Bordure protectrice de l’été dernier, où tout ce qui a entouré l’enlèvement et l’assassinat des trois adolescents israéliens en juin 2014 et la guerre à Gaza, avec une relation sécuritaire plus étroite avec Israël, ayant développé une attente qu’Israël fasse une démarche diplomatique favorable envers les Palestiniens. Mais rien de tout cela n’est arrivé.
 

Les responsables de l’Autorité palestinienne ont compris assez rapidement qu’Israël voulait faire intervenir les forces d’Abbas dans la bande de Gaza, où elles agiraient comme des « agents », pour maintenir le calme, sans rien donner en retour. Et ils ont été bien déçus.

Mohammed Dahlane en 2006 ( Michal Fattal/Flash90)
Mohammed Dahlan en 2006 ( Michal Fattal/Flash90)
 

Presque un an plus tard, nous devrions remarquer, positivement, que le message de Abbas concernant la coordination sécuritaire n’a pas changé : dimanche, aussi, il a exprimé sa ferme opposition à toute intention de venger l’attaque terroriste sur la famille Dawabsha et à tout acte de violence.
 

Mais il y a environ deux mois, un haut responsable de l’OLP m’a dit dans une interview à Ramallah : « La vie n’aura pas le même aspect d’ici la fin de l’été. Je ne parle pas de violence ». Il parlait de l’internationalisation du conflit et a ensuite répété : « Tout le monde comprend que la situation ne restera pas telle quelle d’ici la fin de l’été. »
 

Alors, que préparent l’Autorité palestinienne et son président ?
 

Alors qu’une démission d’Abbas est possible, elle ne semble pas du tout probable. Pourquoi aurait-il investi tant d’énergie au cours des derniers mois, pour tenter d’affaiblir ses rivaux de l’OLP et du Fatah, s’il avait l’intention de démissionner en septembre ?


Il a confisqué les fonds d’un organisme sans but lucratif dirigé par l’ancien Premier ministre Salam Fayyad, a renvoyé Yasser Abed Rabbo de son poste de secrétaire général du Comité exécutif de l’OLP, et poursuivi sa guerre silencieuse contre son ennemi numéro un, Dahlane. Est-ce le comportement de quelqu’un qui a l’intention de démissionner ?
 

Mais alors, pourquoi les responsables de l’establishment israélien prennent-ils encore cette possibilité au sérieux ? D’abord, parce que certains des hommes d’Abbas semblent le faire. Très tranquillement, en coulisses, les gens parlent du successeur d’Abbas, si sa santé ne lui permet pas de continuer à occuper sa fonction. Et ils concluent que personne parmi les membres du Fatah n’essaiera de remplacer le chef de l’AP.
 

Deuxièmement, parce qu’un départ d’Abbas est le scénario de cauchemar d’Israël. Plusieurs radicaux israéliens diraient probablement : « Qu’il démissionne ! Qui a besoin de lui de toute façon ? »

Mais les responsables de la défense et de la sécurité israéliens ne savent que trop bien à quel point il est crucial pour Israël et apprécient le rôle important qu’il joue dans le maintien d’un calme relatif. Sans Abbas et l’AP, les agences de sécurité palestiniennes arrêteront leur action et les maux de tête sécuritaires d’Israël empireront.
 

Et ce n’est rien comparé à un mal de tête différent : sans une AP active, qui s’occupera des affaires civiles dans les territoires ? Qui ramassera les ordures et veillera au bon fonctionnement de l’eau, de l’électricité, de l’évacuation des eaux usées ? L’Etat d’Israël veut-il retrouver la tâche qu’il avait jusqu’aux accords d’Oslo ? La grande majorité des Israéliens, y compris les membres de HaBayit HaYehudi, voteraient « non ».
 

L’alternative
 

J’ai rencontré l’ « alternative » à Abbas et au Fatah mardi à Ramallah. Ceux en Israël qui disent qu’Abbas n’est pas un partenaire pour un accord de paix devraient probablement faire meilleure connaissance avec cette alternative.
 

La politique médiatique du Hamas en Cisjordanie est très différente de celle de leurs frères dans la bande de Gaza, qui boycottent les médias israéliens.
 

Ces dirigeants du Hamas n’ont aucun problème à rencontrer des journalistes israéliens, à dialoguer avec la population israélienne et avec son leadership par son biais. Les déclarations qu’ils font semblent plus modérées et moins passionnées que celles entendues de bande de Gaza ou de l’étranger. C’est presque un discours de type « Soyez gentils avec les Israéliens ».
 

Des cartes de « Palestine de 1948″ sont certes accrochées sur tous les murs, mais les déclarations des chefs du Hamas sont plus conciliantes. Pour utiliser une allusion biblique, les mains sont celles du Hamas, mais la voix est celle du Fatah.
 

« Le Hamas a déjà accepté l’accord du Caire de 2005 pour la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, » m’a dit cheikhHassan Youssef. Quand je l’ai de nouveau interrogé sur 1967, il a répété sa déclaration : « Oui, 1967. Nous ne l’acceptons qu’en échange d’unehudna [un cessez-le-feu à long terme]. »
 

Qu’en est-il un traité de paix avec les Israéliens ? Ici aussi, le cheikh Youssef adopte une ligne prudente, mais pas négative.
 

« Nous, au Hamas, ne prétendons pas être une alternative à l’Autorité palestinienne ou à l’OLP. Ce sont eux qui ont tenu des pourparlers avec vous. Nous ne demandons pas plus que cela », a-t-il dit.
 

Quand je lui fais remarquer que ses déclarations sonnent différemment de celles de ses collègues de la direction du Hamas à Gaza et à l’étranger, Youssef (père de Mossab Hassan Youssef, le « Prince vert ») n’a pas nié qu’il existe des divergences d’opinion dans les échelons supérieurs du mouvement.
 

« Le Hamas est un mouvement large et étendu en termes d’idéologie. Nous sommes engagés dans un dialogue constant, et naturellement il y a des opinions différentes. Mais quand une décision sur une question sérieuse doit être prise, une position sera adoptée, qui représente tous les membres de l’organisation, sans exception. »
 

Youssef a également parlé de l’importance de parvenir à un tahdiya[calme] entre Israël et le Hamas à Gaza, comme l’a fait Muhammad Abu Tir dans une autre interview.
 

En revanche, ce n’est pas un secret que les dirigeants du Hamas de Gaza seraient heureux de voir une vague d’attentats terroristes en Cisjordanie afin d’affaiblir l’Autorité palestinienne, même si cela signifie que des dirigeants du Hamas seraient de nouveau arrêtés.
 

Israël va devra-t-il avoir à faire à un leadership du Hamas arrivé au pouvoir en Cisjordanie si Abbas démissionne ? Probablement pas. Le Fatah est encore assez fort en Cisjordanie pour faire la pluie et le beau temps.

Mais le choix d’Israël de maintenir le status quo et ne pas poursuivre les négociations de paix renforce le soutien de la population palestinienne pour le Hamas et affaiblit l’AP. Pour le moment, le Hamas partage un intérêt commun avec Israël  : il ne veut ni ne croit en la possibilité d’un accord de paix sur la base de la solution à deux Etats.
 

À son avis, un accord de cessez-le-feu à long terme, qui durerait des années, peut être signé avec Israël un beau jour, même sans création d’un Etat palestinien. Et puis, dans dix ans – peut-être plus, peut-être moins – l’Etat d’Israël ne sera plus l’Etat juif.


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