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AQMI : Laaouar lutte pour sa survie


Actu Mauritanie
Dimanche 1 Septembre 2013 - 15:00

La nouvelle alliance entre deux groupes issus des rangs d'al-Qaida pourrait être moins une union idéologique qu'une tentative pragmatique de survie. La brigade terroriste armée dirigée par Mokhtar Belmokhtar et le Mouvement pour l'unité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) viennent d'annoncer leur fusion. Pour les spécialistes de la région, cette décision semble être la seule option restante pour des jihadistes ostracisés par la direction d'al-Qaida au Maghreb.


[AFP/HO] Le leader d'al-Qaida Abdelmalek Droukdel (à droite) a rompu les liens avec Mohktar Belmokhtar, contraignant son ancien commandant à fusionner avec un groupe terroriste d'Afrique de l'Ouest
[AFP/HO] Le leader d'al-Qaida Abdelmalek Droukdel (à droite) a rompu les liens avec Mohktar Belmokhtar, contraignant son ancien commandant à fusionner avec un groupe terroriste d'Afrique de l'Ouest
La katibat El Moulethemoune ("Brigade des enturbannés") et le groupe dissident d'al-Qaida du MUJAO "ont décidé de s'unir au sein d'un même mouvement appelé les 'Mourabitounes' pour parvenir à l'unité des musulmans du Nil à l'Atlantique", ont annoncé les deux organisations jihadistes dans un communiqué adressé au média ANI.
 
"Nous réaffirmons notre dévotion et notre loyauté au Sheikh Ayman al-Zawahiri et réitérons notre engagement envers la doctrine jihadiste élaborée par le martyr Oussama ben Laden", affirme ce communiqué, ajoutant que le groupe tire "son inspiration d'al-Qaida et des Talibans".
 
Le MUJAO a expliqué que cette fusion était fondée sur le principe de "l'unité fait la force".
 
Mais cette alliance est plutôt considérée dans la région comme le signe de la faiblesse croissante des groupes terroristes et des dissensions internes que comme une preuve de force.
 
"Les dissensions au sein d'AQMI et des autres groupes opérant dans la région du Sahel-Sahara étaient déjà manifestes", a expliqué l'analyste Abdou Ould Mohamed à Magharebia. "Le limogeage de Belmokhtar par Abou Moussab Abdelwadoud [Abdelmalek Droukdel] n'a fait que les afficher au grand jour."
 
"Au sein de ces groupes, c'est souvent la loi de la jungle", a-t-il ajouté.
 
La plupart des observateurs ont indiqué ne pas être surpris par la décision de Belmokhtar (alias "Laaouar") de fusionner avec le MUJAO. Les signes d'un rapprochement entre les anciens rivaux étaient apparus il y a des mois, lorsque le vieux conflit entre Laaouar et le chef d'AQMI Droukdel s'était envenimé.
 
"Le leader suprême, qui avait tenté en vain de faire plier Mokhtar Belmokhtar, avait alors simplement décidé de le relever de ses fonctions dans le cadre d'une tentative de réorganisation d'AQMI", a expliqué le journaliste Hamid Fekhart.
 
Mais les développements ultérieurs ont montré que Laaouar et ses amis d'hier étaient en concurrence directe pour plus que la direction de l'organisation.
 
Le butin était en effet plus important : l'argent des rançons et les royalties imposées aux trafiquants de drogue et de cigarettes.
 
"De nouveaux facteurs, comme l'argent et le leadership, ont remplacé les convictions idéologiques", a expliqué l'analyste Abdallah Bin Maalum. Leur attrait, poursuit-il, "a miné toute alliance entre des hommes qui ne partagent plus leurs convictions dans une idéologie jihadiste qui constituait la base de leur action armée".
 
"Les récents attentats terroristes menés par Laaouar contre des cibles au Niger et dans le Sud de l'Algérie, ainsi que contre le Mouvement national pour la libération de l'Azaouad (MNLA) ont été perpétrés en coordination avec le MUJAO, qui se considère comme un groupe africain local dépendant des recrues provenant des pays de l'Afrique de l'Ouest", a-t-il ajouté.
 
Le dernier message de Laaouar était spécifiquement destiné à la jeunesse du Sahel. En expliquant la fusion de son groupe avec le MUJAO, ce terroriste de longue date affirme que "il est temps qu'une nouvelle génération puisse avoir la possibilité de mener l'action jihadiste dans la région".
 
Il tente également d'ajouter une légitimité à ce projet, souligne Kabad Ould Abdelrahman, spécialiste de l'histoire du Maghreb. Le nom de cette nouvelle katibat, El Mourabitoune, est celui de "la première organisation politique islamique en Mauritanie et au Maroc au IXème siècle".
 
"C'était pratiquement la seule organisation grâce à laquelle le peuple pouvait connaître la signification des concepts de stabilité et d'organisation", explique-t-il à Magharebia.
 
Mais les jeunes auxquels s'adressent le message de Belmokhtar "doivent comprendre que l'organisation El Mourabitoune originale n'a jamais été fondée sur la violence ou le terrorisme", ajoute cet historien.
 
"L'organisation était plutôt un appel à la réforme destiné à éclairer les esprits et à diffuser le message de l'Islam correct dans une société qui souffrait d'arriérisme et d'ignorance. Ce fut le secret de sa rapide propagation au sein de la jeunesse et de différents groupes d'âges, contrairement aux groupes terroristes de Laaouar", explique-t-il.
 
Sid Ahmed Ould Tfeil, spécialiste des groupes terroristes en Afrique du Nord et au Sahel, considère cette fusion comme un mariage de circonstance.
 
"La Brigade El Moulethemoune savait qu'elle ne pourrait jamais plus rentrer dans le giron d'AQMI, car elle était responsable de la plupart des pertes subies par l'organisation dans le Nord-Mali, où elle n'a plus aucune influence", explique-t-il.
 
"[Laaouar] et ses éléments actifs ont pris conscience du fait que la seule manière de survivre était de passer une alliance avec le MUJAO, notamment dans la mesure où la situation générale des nombreuses brigades et des bataillons terroristes était passée de la domination à la lutte pour la survie", ajoute-t-il.
 
De plus, l'organisation-mère al-Qaida dirigée par al-Zawahiri ne prête aucune attention aux problèmes de Laaouar parce qu'elle a suffisamment de difficultés avec "le conflit en Syrie, dirigé par Jabhat al-Nusra, le conflit en Libye, la lutte dans le sud du Sinaï, le retour de l'État islamique d'Irak sur la scène, le déclin de la domination d'al-Shabab en Somalie et le siège de la plupart des éléments de Boko Haram au Nigeria par l'armée", a expliqué Ould Tfeil à Magharebia.
 
Quant à la meilleure réponse à apporter à cette nouvelle alliance terroriste, Ould Tfeil suggère "la poursuite et l'intensification de la coordination entre les pays du Maghreb et du Sahel".
 
"L'unité de deux ou plusieurs groupes est une unité de moyens, d'informations et de coordination. Cela signifie que le danger augmente en fonction de l'augmentation de la force de n'importe quel groupe terroriste", explique-t-il à Magharebia.
 
"Les efforts concertés des pays de la région constituent une soupape de sécurité destinée à les protéger contre les menaces terroristes émanant des groupes jihadistes", poursuit-il. "Les pays du Maghreb doivent s'attacher à des projets de développement créateurs d'emplois et susceptibles d'ouvrir de larges horizons, pour empêcher les jeunes d'être victimes des campagnes de recrutement des terroristes."
 
Bakary Samba, directeur de l'Observatoire de l'extrémisme et des litiges religieux à l'Université Gaston Berger du Sénégal, reconnaît que la coopération régionale est le meilleur moyen de garantir la sécurité, notamment avec la montée des agitations en Égypte.
 
"Les groupes terroristes en Afrique du Nord se sentent liés aux Frères musulmans", explique-t-il. "Cela les oblige à soutenir leurs frères de religion, et plus généralement, renforce l'enthousiasme de ceux qui utilisent les slogans religieux."
 
Mais des efforts conjoints des pays africains et du Maghreb permettront "d'éviter les étincelles de cette flamme et d'empêcher la région du Sahel d'être exploitée", a-t-il souligné.
 
"Tous les pays d'Afrique et du Maghreb sont aujourd'hui menacés", met en garde Samba. "L'ambassadeur du Mali au Sénégal a déclaré il y a une semaine que le Sénégal serait la prochaine étape pour al-Qaida après le Mali."
 
"Cela ne signifie pas seulement des attaques armées, mais aussi le recrutement de jeunes, la mise en place de cellules dormantes, et l'appel aux sentiments", ajoute-t-il.

Jemal Ould Oumar
Source : Magharebia
Mamoudou Kane


              

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