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ANLSESILP : JUSTE MAIS INSUFFISANT ! (Déclaration conjointe)


Communiqué
Vendredi 5 Avril 2013 - 10:30

Le 21 mars 2013, le Conseil des ministres adopte le projet de décret portant création de l’Agence Nationale de Lutte contre les Séquelles de l'Esclavage, de l'Insertion et de Lutte contre la Pauvreté (ANLSESILP). La nouvelle instance n’intervient pas dans le contentieux judiciaire qui, relève, toujours, du droit commun. Elle se veut une réponse matérielle, concrète, au défi des inégalités de naissance, de statut social ou de nature circonstancielle dont découlent la précarité, la misère et du mal-vivre.


Haratines du Guidimakha. Crédit : Noorinfo/MLK
Haratines du Guidimakha. Crédit : Noorinfo/MLK
JUSTE MAIS INSUFFISANT ! Déclaration conjointe
Le 21 mars 2013, le Conseil des ministres adopte le projet de décret portant création de l’Agence Nationale de Lutte contre les Séquelles de l'Esclavage, de l'Insertion et de Lutte contre la Pauvreté (ANLSESILP). La nouvelle instance n’intervient pas dans le contentieux judiciaire qui, relève, toujours, du droit commun. Elle se veut une réponse matérielle, concrète, au défi des inégalités de naissance, de statut social ou de nature circonstancielle dont découlent la précarité, la misère et du mal-vivre.

L’usage, inédit, du terme «esclavage », quoiqu’adouci par la nuance « séquelles », constitue, à l’échelle de la société et de l’Etat mauritanien, un formidable aveu de culpabilité et d’impuissance, après des décennies de déni officiel, de répression, de mensonges orchestrés à grands frais, au service d’une occultation systématique. Enfin, l’on reconnaît l’actualité et la pertinence de la contradiction !

La mesure consacre le combat soutenu de générations de mauritaniens, souvent désignés à la vindicte, soumis à l’isolement et réduits à agir dans la clandestinité, sinon le renoncement, de lassitude et de faim. Elle désavoue, également, le repli éthique du groupe dominant, son auto-absolution de toute responsabilité ; en dépit d’une somme de comportements, de discours et d’esquives conçues dans la logique de la mauvaise foi, les forces de l’ordre, la haute administration, les magistrats, reçoivent, ce 21 mars, la réponse appropriée à leurs doutes et erreurs de jugement, plus ou moins délibérés.

Devant l’importance de l’événement et pour prévenir son détournement en vue d’atténuer, voire d’endiguer la dynamique irrépressible de l’émancipation des réfugiés, des descendants d’esclaves et de l’ensemble des cadets sociaux - finalement représentatifs d’une légitimité du nombre – les organisations ci-signataires :

1. Se félicitent de la création de l’ANLSESIPL et revendiquent l’inscription de ses objectifs, au sommet des priorités du développement, à la fois en termes de publicité et de moyens alloués ;

2. Attirent l'attention des décideurs sur la nécessité de faire de cette agence le moyen tant attendu de faire rattraper, par les populations victimes de l'esclavage, le retard accumulé pendant des siècles de domination. A ce titre, l'Agence doit inscrire, dans ses objectifs, la réalisation de programme éducatifs ciblés, avec octroi de bourses d'enseignement et construction de cantines scolaires. Il importe, aussi, d’encourager l'alphabétisation et la formation professionnelle dans les branches de métiers connotés, tels la blanchisserie, la boucherie, la mégisserie, la vente ambulante de nourriture, avec une attention spécifique aux pénibles conditions de vie du docker.

3. Réclament une participation substantielle, de la mouvance abolitionniste, au conseil d’administration et instances décisionnelles de l’Agence, sans préjudice de la poursuite et de l’achèvement des missions d’aide au retour des réfugiés, dans la dignité et le recouvrement de la plénitude de leurs droits, notamment fonciers;

4. Souhaitent la publication annuelle de ses comptes, au journal officiel et le suivi permanent de ses activités, par le Parlement; à cette fin, il s’avère prudent et judicieux d’associer, à titre d’observateurs ayant avis consultatif, les associations – mauritaniennes ou étrangères – dont l’apport à la lutte contre l’esclavage et les discriminations de race ou de naissance est attesté ;

5. Insistent sur l’obligation, pour l’Agence, d’inclure, dans son programme, un débat franc et constant, sur les média d’Etat ; la confrontation des hommes de religion, des activistes et des victimes contribuerait à approfondir la prise de conscience publique, contre les réflexes de dissimulation et de détournement de la foi qui tendent reproduire le tabou et maintiennent la stigmatisation sociale.

6. Demandent que l'Agence se dote d'un Observatoire de l'Application de la Loi du 8 août 2007 portant pénalisation explicite de l'esclavage. Le pris en charge de cet aspect comporte l’obligation morale d’accorder refuge, subsistance et assistance judiciaire aux victimes plaignantes et d’assurer la réinsertion des esclaves libérés.

7. Mettent en garde, contre la tentation, déjà perceptible dans les média d’Etat à l’annonce de la mesure, de se servir du nouvel organisme pour noyer l’impératif de l’éradication de l’esclavage, dans la thèse négationniste dite des « séquelles ».

8. Proposent la collaboration de l’Agence, avec les départements de l’éducation nationale et de l’enseignement islamique, afin de concilier, dans les écoles modernes et religieuses, la formation, jusqu’au baccalauréat, aux droits humains, avec un accent particulier sur l’antiracisme. Le projet implique l’interdiction, partout, des ouvrages de jurisconsultes d’un prétendu droit musulman où l’esclavage se décline dans sa banalité juridique et morale, en violation flagrante de la Constitution et des engagements internationaux du pays. La mise à l’index, de tels ouvrages, s’accompagnera, nécessairement, d’une explication des conditions historiques et idéologiques de leur émergence. L’ensemble de l’effort de prise de conscience collective sera déclaré « Grande cause nationale » et il y sera pourvu sur les ressources de l’Etat.

9. Exigent que soient exclus, de l’organigramme et des contrats de fournisseurs, tout individu et personne morale, auteur d’opinion, de propos ou de comportement contraire à la mission de l’ANLSESIP, notamment l’apologie - passée ou présente - de pouvoirs et de visées dont procède la négation de l’esclavage, du racisme et de l’impunité des crimes ethniques en Mauritanie.

Nouakchott, le 4 avril 2013

Signataires :

- IRA-Mauritanie : Biram Ould Dah Ould Abeïd, Président
- SOS-Esclaves : Boubacar Messaoud, Président
- AMDH : Me Fatimata M'Baye, Présidente
- AFCF : Aminetou Mint Ely, Présidente
- Conscience et Résistance : Hacen Ould Lebatt, porte-parole
Mamoudou Kane


              

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