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AKJOUJT : Un demi-siècle d’arnaque


Société
Mercredi 25 Juillet 2012 - 13:11

La ville d’Akjoujt, capitale de la wilaya de l’Inchiri, est depuis deux semaines sous les feux de l’actualité. La cité minière (cuivre et or) connait une grève sans précédent des travailleurs de la MCM (Mine de Cuivre de Mauritanie) ayant conduit au décès de Mohamed Ould Mechdhouvi, suite à l’intervention d’éléments de la Garde Nationale, envoyés expressément de Nouakchott pour briser ce mouvement de protestation qui risque d’hypothéquer sérieusement l’activité de l’investisseur canadien First Quantum Minerals Ltd (FQML). Un drame que la société et le gouvernement ont tenté de circonscrire mais sans parvenir, pour autant, à détourner les regards d’une exploitation minière qui passe pour être une véritable arnaque, opérée par plusieurs sociétés étrangères sur près d’un demi-siècle.


AKJOUJT : Un demi-siècle d’arnaque
La mine de " Guelb Mogrein " se situant à quelque 5 km au sud-ouest de la ville d’Akjoujt, renferme dans ses entrailles des gisements importants de divers minerais, dont l’or et le cuivre. Des trésors que les missions exploratrices envoyées par la France coloniale avaient découverts au début des années 40 du siècle dernier, avant que les recherches géologiques ne prouvent l’existence, en cette zone de réserves importantes d’or et de cuivre. En 1945, le colonisateur français avait créé la société MICUMA, à Akjoujt, dont la mission essentielle était de débuter l’exploration puis l’exploitation du cuivre. Les habitants appelaient alors ces explorateurs " echeymama " (les renifleurs), pour dire qu’ils cherchaient dans les entrailles de la terre et les sommets des montagnes l’emplacement des gisements.

Les débuts de l’exploitation

En 1968 entre en lice la société SOMIMA, également française, qui va entamer l’exploitation effective des gisements d’or et de cuivre. Cette société a alors réalisé des projets grandioses dont le montage de l’usine et la construction de la route Nouakchott - Akjoujt par la société SOFITP, ainsi que la construction de quelque 420 logements (connus aujourd’hui sous le nom de " logemahaat ") pour les travailleurs, en plus de la construction de 20 autres que l’on appelle localement " ci-te cadre " (la cité des cadres), l’économat, qui est un service socioéconomique de la SOMIMA offrant les produits à ses travailleurs (environ 1000 permanents à l’époque et d’autres temporaires engagés par des intermédiaires dont Ould Marcou) à des prix réduits.

Les habitants d’Akjoujt s’accordent à dire que la période de la SOMIMA, qui s’est étalée sur un peu plus de 10 ans, a fait connaître à la ville un réel développement, avant que cette société ne soit fermée, de manière définitive, après le coup d’Etat de 1978. L’on raconte que des éléments de l’armée avaient transporté vers Nouakchott des quantités non négligeables du matériel laissé sur place par la SOMIMA, notamment des climatiseurs et des ameublements, selon les dires des habitants.

En 1981, arrive alors la SAMIN (Société arabe mauritanienne des industries) mais l’activité de cette entreprise ne dure pas longtemps. Son échec est attesté par les populations qui ne lui reconnaissent aucun " fait d’armes " notoire.

Par la suite, le travail s’est arrêté de manière définitive à Guel Mogrein, entrainant la ville d’Akjoujt, en 1991-1992 dans une sorte de " mort clinique ", à cause de la sécheresse et de l’absence des services de base dans une ville qui est restée longtemps dépendante de ce que les sociétés d’exploitation de ses ressources minières daignaient lui rétrocéder à travers les travailleurs constituant " sa première économie ". Emiratis et Canadiens

Après des années de marasme économique, arrive alors la société australienne MORAK, qui signe en 1997 une convention avec l’Etat mauritanien, lui permettant de liquider le passif et l’actif de la SOMIMA. La société australienne, qui fonctionnait avec quelque 200 travailleurs seulement, va rester jusqu’en 2002. Elle cédera la place, en 2003, à la société émiratie " Wadi Rowda " dont le propriétaire, " Ezoubedi " avait acheté à l’Etat mauritanien tout ce qui reste de la société SOMIMA, y compris la mine de Guelb Mogrein, les logements, la ferraille (qui sera vendu plus tard par sa société à un partenaire mauritanien), alors que l’opérateur émirati n’a aucunement exploité l’usine !

Le propriétaire de " Wadi Rowda " a alors cherché, à l’étranger, un repreneur de son affaire mauritanienne. Il tombe sur la société canadienne First Quantum Minerals Ltd, connue sous son cigle FQML, et propriété du milliardaire canadien Phillip Pascal, d’origine zimbabwéenne, et actuel propriétaire de MCM. Le contrat de vente signé en 2004 stipule que FQML accapare 80% alors que " Wadi Rawda " obtient 19% et l’Etat mauritanien 1% avant que, en 2010, l’usine ne devienne la propriété exclusive de l’opérateur canadien.

En 2006, la MCM commence effectivement l’exploitation de l’usine, profitant de 5 ans d’exonération des taxes et impôts. A l’arrivée du pouvoir du président Mohamed Ould Abdel Aziz, en 2009, la part de l’Etat mauritanien passe de 1% à 3,5% et il était prévu que l’Etat commence, à partir de cette année 2012, à profiter de tous les impôts et taxes, avec les prévisions que la part de la Mauritanie atteigne les 8%.

Et selon les données de la société en 2011, sa production en cuivre a atteint 35.281 tonnes et en or environ 62.938 onces, avec une durée de vie estimée à 9 ans et 6 mois.

La MCM, qui emploie 1541 travailleurs, a recours dans ses activités à Akjoujt à des sociétés intermédiaires mauritaniennes, dont les plus connues sont la SMBTD (pourvoyeuses en travailleurs mauritaniens), la MCE dont les camions acheminent le minerai de cuivre vers Nouakchott, et la MSS, qui s’occupe de la sécurité et du gardiennage.

La masse salariale mensuelle de la MCM atteindrait les 240 millions d’UM. La société dispose de 6 permis de recherche sur quelque 5269 KM2, en plus de trois autres permis d’exploration dans la wilaya du Guidimagha.

MOMS
Pour l'authentique
Mamoudou Kane


              

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