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AFRIQUE : Le correspondant étranger, une machine à clichés !


Lu sur le web
Vendredi 8 Juin 2012 - 16:08

Le romancier kenyan Binyavanga Wainaina décortique, avec un joyeux cynisme, les travers des journalistes occidentaux sur l’Afrique, qui négligent de regarder le continent tel qu'il est vraiment.


AFRIQUE : Le correspondant étranger, une machine à clichés !
Nairobi est un bon plan pour un correspondant de presse. Non seulement il y a des toujours vols réguliers pour le dernier ”génocide” le plus proche, mais il y a aussi des pelouses, des courts de tennis et un très bon service. Vous pouvez y recevoir des cadeaux à des fins électorales et obtenir qu’un excellent chef pâtissier appelé Elijah (j’ai oublié son nom de famille) vienne officier dans votre cuisine pour 240 euros par mois.

Si vous travaillez pour un grand journal, une télévision ou une radio, il est fort possible que vous viviez à Nairobi ou à Johannesburg. Pour faciliter votre travail, nous devez avoir dans l’annuaire de votre téléphone les numéros des directeurs locaux d’ONG européennes comme Oxfam et Save the Children. Il n’est pas difficile de trouver ces numéros : il y a de grandes chances pour que ces responsables soient vos voisins ou vos partenaires de tennis.

Si votre conjoint vient d’arriver au Kenya et n’a pas d’emploi, il ne tardera pas à nouer des liens et à gagner un montant conséquent de livres, d’euros ou de dollars en s’assurant que les bébés africains sont en sécurité, que les animaux d’Afrique sont à l’abri des Africains, que la femme africaine est protégée de l’homme africain et que les organes génitaux de l’Afrique bénéficient des prélèvements, des préservatifs et de l’éducation recommandés par les programmes de sensibilisation. Et cela parce que vous êtes quelqu’un de bien, que vous croyez au multiculturalisme et que les politiciens incarnent le mal.

Les ONG, principales pourvoyeuses d'informations

Vous êtes un enfant de l’âge des droits de l’homme. Un enfant de l’après-guerre froide. En cette époque dépourvue d’idéologie, les problèmes de couleur de peau sont dépassés : la question d’actualité en Afrique est de savoir où en est la liberté homosexuelle. Toutes les connaissances nous sont fournies par les ONG. Ces organisations parlent des droits de l’homme et c’est parce qu’elles le font que nous savons qu’elles sont bien, objectives et fiables. Si un correspondant étranger a besoin de savoir ce qui se passe exactement au Soudan, son déjeuner hebdomadaire avec le responsable d’Oxfam le renseignera sur les questions les plus urgentes.

Comme, dans votre monde, la grande histoire est morte avec la chute du mur de Berlin, il ne reste à couvrir que la petite histoire de l’Afrique. Cette petite histoire est pleine de flambées de joie mais elle connaît aussi des horreurs absolues qui viennent troubler ce monde terne et inoffensif. Un petit garçon du Malawi a fabriqué une radio. Une vraie radio. Il a un beau sourire. Oussama Ben Laden ou l’un de ses acolytes fait exploser un train, un avion et des innocents, et cette nuit-là vous dormez tranquillement, tout ce monde terne et inoffensif dort tranquillement.

Il existe cinq ou six terrains qui n’ont pas été pleinement pacifiés aux yeux du monde dirigé par les vainqueurs de la guerre froide : la Corée du Nord, Kadhafi (le problème a été réglé), la Somalie, l’Afghanistan, les femmes africaines et les Chinois les plus pauvres, qui travaillent dans des conditions terribles. Des régions importantes où l’Histoire est toujours vivante, comme la Russie, la Chine, le Moyen-Orient, sont diabolisées.

Dans les années 80, votre journal avait probablement des correspondants dans beaucoup de pays africains. Aujourd’hui, il n’en a plus que deux : un pour l’Afrique occidentale et l’autre pour l’Afrique orientale (la corne). Voire un seul — pour l’Afrique — basé à Johannesburg. Certains pays africains étaient pour un camp, d’autres pour un autre. On ne pouvait les ignorer. Comme il n’y avait pas de vainqueur, les grandes puissances devaient lutter pour obtenir la sympathie, l’adhésion et les ressources minières de tous. Tout ce qu’un président africain avait à faire était de suggérer qu’il allait changer de camp et il obtenait amour et smarties, qui étaient déversés sur sa maison par des avions de l’ONU.

L'Occident a perdu l'Afrique

En 1991, l’Afrique a cessé d’exister. Le monde n’était plus en danger et les vainqueurs pouvaient concentrer leurs efforts sur la prise en charge et le langage de l’aide. Si l’on dressait une nouvelle carte de l’Afrique, elle serait divisée en trois : 1) flambées d’horreur : Mugabe, régimes antidémocratiques, guerres, Somalie, Congo. 2) flambées de joie : Mandela, Coupe du Monde, safaris, Baby 4 Africa (une petite ONG qui fait des choses formidables avec des bébés noirs qui se tortillent allègrement dans les mains de leurs sauveurs blancs qui les ont arrachés à la guerre). Mes associations favorites sont clitoraid.com et Knickers 4 Africa, qui collecte des slips usagés pour les femmes africaines. 3) Et puis, tout le reste ! L’Afrique de base ! Elle est idéale pour découvrir du pays car c’est la vraie Afrique (pas d’AK47 pour vous embêter, ni de groupes de touristes allemands). Les gens ordinaires n’ont d’autre but que d’attendre la venue des agents du développement durable—européens — pour les aider à se prendre en charge.

Mais ce qu’on ne peut pas dire, c’est que l’histoire a fait un bond dans le présent. Le capitalisme tremble sur ses bases, et soudain les populations locales ont du pétrole, du cuivre et des mains motivées et ambitieuses. Le continent est prêt pour de nouveaux partenariats, de nouveaux capitaux et de nouveaux serrements de mains. La Chine n’est pas un ange, mais, pour elle, nous représentons une partie essentielle de ce que le monde doit devenir. Ils sont là pour leur avenir, pas pour le nôtre, de même que nous sommes avec eux pour notre avenir.

Il n’est pas surprenant qu’une vaste classe moyenne soit en train d’apparaître sur tout le continent africain : les médias britanniques, américains et européens nous ont perdus. Les nôtres sont en plein essor et nous signons des contrats avec la chaîne chinoise CCTV et Al-Jazira. Nous voyageons sur les lignes Emirates et Kenya Airways. Nous concluons des accords avec ceux qui considèrent un avenir commun dynamique comme une base de dialogue.

Lu sur courrierinternational.com
Ecrit part Binyavanga Wainaina pour The Guardian
Mamoudou Kane


              

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