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A qui profite le crime ? Le pire est que tout est sûr mais rien n’est certain…


A.O.S.A
Mardi 4 Mars 2014 - 17:56


A qui profite le crime ? Le pire est que tout est sûr mais rien n’est certain…
La société mauritanienne dans son ensemble a une incroyable capacité à encaisser les coups. Même pour les tueries de 1989 qui firent des centaines de morts et des milliers de déportés, il a fallu quelques jours pour que tout se tasse tranquillement, puis on tourne la page. Sans parler de cet événement atroce, régulièrement la fièvre s’empare de la société pendant un jour ou deux puis tout se tasse. Les exemples les plus proches sont la fièvre du coup d’état nerveux pendant qu’Aziz était à Paris le ventre troué, ou la fièvre à la sortie des enregistrements, ou la fièvre quand Birame incendia ce qu’il appelle le code noir, ou la fièvre avec les écrits du jeune forgeron et maintenant avec l’affaire du coran déchiré.
 
Mais cela a été ainsi même pendant les coups d’Etat manqués ou pas : on se souvient de l’attaque des cavaliers du changement : en 48H on pouvait marcher dans les rues tranquillement jusqu’aux portes de la présidence.
 
Quand on voit la réaction de la société en général face à ce genre de phénomènes, cela nous rappelle le mouvement en nuage des oiseaux ou des poissons quand un prédateur fonce dans le tas : en une fraction de seconde le nuage fait de la place à l’événement puis le nuage se reforme en bloc plus loin comme si de rien n’était. Pour qu’un tel phénomène puisse être efficace, il faut quelque part que toute la société soit sur le qui-vive au-delà des apparences or c’est bien le cas en Mauritanie car tout prouve que le mauritanien vit comme en guerre dans un milieu hostile avec lequel il a dû faire avec et continuer à vivre n’ayant d’autre choix que de marcher ou crever et de rire pour ne pas en pleurer.
 
Mais au fond, le mauritanien adulte est toujours en mode survie s’attendant à tout moment à une guerre civile, à la fin de l’unité nationale, à un coup d’état ou un coup du pouvoir. A cela s’ajoute l’héritage culturel d’une vie en milieu hostile en général bien avant la colonisation, bien avant l’Etat. Ainsi le mauritanien semble programmé pour encaisser au maximum ce qui en soit est plutôt un formidable acquis car ce qui est mauvais ce n’est pas la capacité à encaisser mais celle à subir tout et n’importe quoi sans pouvoir réagir autrement qu’en encaissant toujours. De là des apparences plus ou moins sauves quand au fond, le mauritanien et la société mauritanienne sont profondément bouleversés voire chaotiques de l’intérieur car on ne règle jamais rien sinon en essayant de supporter et oublier.
 
Reste qu’au fil des malheurs et des problèmes souvent insolubles par le citoyen lambda, au fil des dominations successibles au fil de l’histoire, le mauritanien semble avoir développé une attitude de victime complice de son bourreau à savoir le changement prétendument impossible. De là la mécanique du nuage dont nous parlions qui fait bloc dans une forme de fuite toujours en avant comme ces sachets emportés par le vent qui s’accrochent au premier pouvoir venu comme à une prière. 
 
Avec ça, au-delà des apparences affables, la société mauritanienne est devenue d’une terrible cruauté psychologique surtout après le nivellement par l’habitude de l’humiliation subie par tout ce qui veut être fier, désintéressé et honnête en politique. « Ce qui avant tuait, ne fait plus honte... » dit le dicton : la victoire du cynisme de la canaille sur le souci d’être grand.
 
Reste quelque chose de solide dans tout ceci, quelque chose de vaporeux, quelque chose qui échappe à quiconque n’est pas mauritanien, quelque chose qui lie le mauritanien au pouvoir, une sorte de syndrome de Stockholm qui empêche la société d’exploser malgré tous les coups : c’est cela la faculté incroyable de résilience de la société mauritanienne mais c’est une résilience précaire qui permet de sauver in extremis l’essentiel à savoir l’unité nationale et l’équilibre des forces de sécurité mais à part ça, le reste est dans un état de lamentable décomposition, découragement, misère intellectuelle et culturelle, chômage de masse, insécurité sanitaire, éducative, manque de perspectives, éternel changement précaire dans la stabilité étouffante et maintenant famine à la gorge de 20% de la population.
 
A qui la faute ? A la culture féodale ! Celle qui finalement a toujours été en vigueur où l’on trouve une poignée de nantis qui en exploitent d’autres sous la menace des armes ou la manipulation religieuse. De là que nous ayons si bien accepté la colonisation quasiment sans coup férir. De là que les coups d’état passent si facilement et sans coup de feu désormais. De là que l’ordre établi il y a bien longtemps reste en vigueur : s’enrichir pour les uns au nez des uns et sur le dos des autres qui croupissent dans la misère comme des esclaves de jadis.
 
La société mauritanienne reste profondément féodale ;  de là ce qu’elle attend : un chef juste, fort et généreux comme un bon roi mais n’ayant pas de monarchie établie qui ferait que le nouveau chef n’arrive pas si pauvre, elle doit toujours avoir affaire à des chefs qui ont d’autres comptes à régler que celui de la société qui rêve du prince charmant. La Mauritanie aura tout subi sauf le barbu mais vu qu’elle n’entend parler que du loup, elle s’attend qu’il se montre bientôt…
 
Plusieurs signes l’annoncent…
 
Le dernier crime en date est celui des corans déchirés par un commando sans qu’il ne soit établi que la scène du crime soit les toilettes de la mosquée. On connaît la suite : émeutes de jeunes, un mort, Ahmed ould Demba, yarahmou, et une question : à qui profite le crime ?
 
Le crime semble profiter à deux camps ennemis qui en tirent autant de bénéfices que de pertes…
 
Accuser quiconque d’être derrière ce sacrilège c’est non seulement l’accuser d’un crime qui vaut la peine de mort car c’est pire que l’apostasie car il y a manifestement une volonté de salir et d’humilier les croyants en attaquant le saint coran mais c’est aussi accuser les commanditaires d’être responsables de la mort d’un jeune de 21 ans.
 
Reste qu’en politique, le cynisme et la soif de pouvoir n’ont pas de limites or vu qu’il y a eu commando pour déchirer les corans alors il y a manipulation pour créer des tensions.
A qui profite les tensions ? C’est le dilemme car si certains voient chez la nébuleuse islamiste la possibilité d’un coup monté par eux pour déclencher une révolution comme le faisait les sionistes pour faire fuir les juifs séfarades en Israël, d’autres s’étonnent du timing des événements : une affaire déclenchée le soir de la fin du forum de l’opposition et qui depuis l’a totalement noyé.
 
Si les islamistes peuvent espérer ainsi renforcer leurs troupes vu que la cause islamique ou plutôt islamiste reste la seule à pouvoir désormais créer des émeutes, cette menace fait aussi le jeu du pouvoir qui, la veille de l’élection présidentielle, reste le dernier rempart contre cet islamisme venu d’ailleurs ; de là que d’autres accusent le pouvoir de vouloir faire porter la cagoule aux islamistes pour les enfoncer.

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chezvlane


              

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