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A chacun sa tribu, à la Mauritanie son tribut


Tribunes
Mardi 22 Mai 2012 - 10:52


A chacun sa tribu, à la Mauritanie son tribut
Les mauritaniens continuent comme en des temps immémoriaux à se référer à la tribu, à la famille lignagère, aux castes, à la dynastie au sens glorieux et épique du terme et avec l’éclatement des structures traditionnelles, ils se reconnaissent surtout à travers la région.Cette vision très centrée autour du noyau collectif a encore du mal à céder la place à l’autonomisation de l’individu pour le détacher de l’emprise d’un groupe en vue de lui conférer une indépendance de pensée et d’action.

Quand deux mauritaniens se rencontrent, il est courant d’entendre dans les présentations réciproques des identifications par rapport à la tribu à la famille patronymique et même dans certaines de ses communautés aux castes. Certains poussent les détails jusqu’au fin fond de références claniques. Cette vieille tradition résiste encore malgré l’évolution des idées et de la pression de la mondialisation. Il est vrai que les temps sont en train de changer et les aspirations au progrès plus prégnantes notamment chez les nouvelles générations. Mais ces valeurs sociales pèsent encore sur les mentalités et tiennent en otage les ordres sociaux politiques et spirituels.

C’est dans ce cadre que de vieux phénomènes devenus aujourd’hui des anachronismes voire des aberrations existent comme des survivances têtues. C’est le cas de l’esclavage qui doit son ancrage à cause de ces rapports de force entre les communautés qui se « phagocytaient » sur le terrain de l’ascendance sociale. C’est à ce prix que ce sont imposées les stratifications et les hiérarchisations sociales et politiques qui ne se sont pas totalement affranchies des vieux démons. L’édification d’une nation moderne s’est instaurée sur la base du socle traditionnel où la tribu, la famille tiennent le devant des leviers de commande. D’une communauté nationale à une autre, il y a certes des nuances mais dans l’ensemble le noyau dur est presque identique.

Cette prééminence du collectif sur l’individuel, de la tribu sur la singularité neutre, s’est incrustée dans tous les centres de décision, dans les choix politiques, les préférences identitaires, sans même épargner le sacré. Si en Mauritanie le népotisme gangrène l’administration, détermine les promotions et dicte au pouvoir politique les décisions, c’est que l’Etat s’est fondé s’est sur des valeurs extra –constitutionnels qu’il n’arrive pas à éjecter. Au centre de gravité il y a cette chape de plomb qui n’arrive pas à être dégagée malgré le discours politique démystificateur, les propos progressistes qui sonnent creux. Intellectuels de grande culture, hommes illuminés par le cultuel, politiciens qui zappent sur les réseaux des grands courants idéologiques, tout ce monde est l’otage de ce moule archaïque commandé par le pouvoir tribal, communautariste qui en constitue le pilote.

Le comble est que nos schèmes de pensée sont consciemment ou non structurés autour de ces valeurs devenues contre-valeur dans un monde qui s’universalise à grande vitesse. Nous sommes profondément marqués au fer de ces référentiels qui s’invitent partout. Les bouleversements en cours dans le monde n’ont pas eu raison sur des réalités qui résisteront encore … Pour combien de temps la Mauritanie payera encore le tribut de ces pratiques moyenâgeuses ?
 
Cheikh Tidiane Dia
le-rénovateur


              

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