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Noorinfo

300 morts au Bangladesh, nouvelle frontière de la mondialisation


International
Samedi 27 Avril 2013 - 09:00

Colère au Bangladesh, la nouvelle frontière de l’économie mondialisée. Deux jours après la mort de 300 ouvriers dans l’effondrement d’un immeuble vétuste abritant des usines textiles, la police a tiré avec des balles en caoutchouc vendredi sur des centaines de milliers de protestataires dans la capitale, Dacca.


Les lieux de la catastrophe au Bangladesh (Firoz Ahmed, Demotix, via Global Voices)
Les lieux de la catastrophe au Bangladesh (Firoz Ahmed, Demotix, via Global Voices)
Le Bangladesh est devenu la dernière destination des capitaux de la mondialisation, nouveau refuge d’investisseurs à la recherche de coûts de production toujours plus bas, fuyant l’augmentation des salaires en Chine ( !) pour assurer la sous-traitance des grandes marques de vêtements occidentales.

C’est cette équation simple de la mondialisation -mettre les pays en concurrence pour faire baisser les coûts- qui s’est jouée dans cette terrible catastrophe de Savar, dans la banlieue de Dacca. La colère des manifestants s’explique par l’ampleur de la catastrophe de Savar, même dans un pays qui en a connu beaucoup, et par son caractère prévisible, et donc évitable.

L’immeuble qui s’est effondré comptait neuf étages, et abritait cinq entreprises textiles, employant plusieurs milliers d’ouvriers, surtout des femmes.

La veille de la catastrophe, l’alerte avait été donnée à la suite de la découverte de carquements dans les structures du bâtiment et les ouvriers avaient été évacués. Mais le jour du drame, l’immeuble a été rouvert normalement, et le personnel a été forcé de reprendre le travail, sans tenir compte du danger.

Quelques heures plus tard, l’immeuble s’effondrait comme un château de cartes.

Evacuation d’une blessée après la catastrophe (Firoz Ahmed, Demotix, via Global Voices)
Evacuation d’une blessée après la catastrophe (Firoz Ahmed, Demotix, via Global Voices)
Depuis mercredi, les secours tentent de trouver des survivants dans les décombres de l’immeuble, où des centaines de personnes sont restées coincées.

Pour Lucky Alter, un activiste bangladais cité par notre partenaire Global Voices, « l’esclavage a été aboli il y a longtemps. Mais nous voyons que l’esclavage est revenu sous une autre forme. Comment comprendre autrement le fait que ces ouvrières ont été forcées de pénétrer dans cet immeuble au risque confirmé ? »

Le choc est d’autant plus grand qu’il survient quelques mois seulement après une catastrophe similaire en novembre, lorsque 110 personnes avaient trouvé la mort dans l’incendie d’une autre usine textile située dans un immeuble vétuste de la banlieue de Dacca.

Dans les décombres de l’immeuble effondré (Firoz Ahmed, Demotix, via Global Voices)
Dans les décombres de l’immeuble effondré (Firoz Ahmed, Demotix, via Global Voices)
La colère a donc éclaté vendredi, alors qu’une foule considérable s’est réunie dans la banlieue de Dacca, bloquant les routes et contraignant les usines textiles à fermer leurs portes.

Le Bangladesh possède plus de 4 000 usines de prêt-à-porter, ce qui représente plus des trois quarts des revenus d’exportation du pays. On retrouve les productions de ces usines « made in Bangladesh » dans de nombreuses marques occidentales type Gap ou H&M.

La deuxième plus grande industrie d’exportation textile au monde emploie plus de trois millions d’ouvriers, dont 90% de femmes.

Le New York Times rapporte qu’après l’incendie de novembre, les clients étrangers des sous-traitants bangladais, craignant pour leur image, ont mis au point un plan pour renforcer la sécurité sur les lieux de production au Bangladesh. Toutes les marques ne se sont toutefois pas ralliées à ce plan.

En deux décennies, ces usines de textile ont contribué au changement du rôle des femmes pauvres du Bangladesh, lesquelles avaient pour habitude d’être essentiellement employées comme domestiques. Les salaires restent toutefois extrêmement bas : le salaire minimum est de 37 dollars par mois, soit 28 euros...

Ces catastrophes à répétition et ces conditions de travail sont la face cachée du développement économique récent : comme d’autres pays d’Asie avant lui, le Bangladesh « vend » une main d’oeuvre sous-payée et des coûts de production très bas qui ont pour corrolaire les conditions de travail primitives et l’absence de sécurité.

Vendredi, les Bangladais se sont ralliés au cri de colère apparu sur les réseaux sociaux : « Mourn not, protest » (Ne portez pas le deuil, protestez !).

Pierre Haski
Pour rue89.com
Mamoudou Kane


              

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