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3 questions à Abdelvetah Ould Mohamed, ancien libraire: «La Mauritanie n’a pas de tradition d’édition»


Culture
Lundi 19 Décembre 2011 - 18:43

Abdelvetah Ould Mohamed est un ancien libraire, chroniqueur, auteur de «Nouvelles littéraires». Après plus de 12 ans dans le métier du livre, il se lance dans la création d’une maison d’édition dénommée «les Editions Empreintes».Une façon pour cet amoureux du livre de faire son entrée dans le monde de l’édition, l’un des principaux chaînons manquants dans le paysage littéraire mauritanien. Il évoque dans cet entretien les lacunes du marché du livre mauritanien.


3 questions à Abdelvetah Ould Mohamed, ancien libraire: «La Mauritanie n’a pas de tradition d’édition»
Quels problèmes se posent à l'édition, plus globalement au marché du livre mauritanien?

Je dirais qu’il n'y a pas de tradition d’édition en Mauritanie. Tout comme il n'y a pas de véritables libraires, des libraires professionnels, je veux dire, qui seraient non seulement des spécialistes du livre, mais aussi, et surtout, de grands lecteurs. Le marché du livre est quasi-inexistant. On a toujours tendance à assimiler l’édition à l’impression, le métier d’éditeur à celui d’imprimeur. Alors qu’un éditeur est tout simplement un artisan intellectuel; c’est quelqu’un qui travaille sur les textes, relecture et réécriture.

L’état n’appréhende pas l’édition, personne ne peut vous parler de l’édition au ministère de la culture. Mais je rappelle, et c’est peut-être utile de le dire, qu’il faut, en plus des efforts que la volonté politique devrait produire, qu'émerge des entrepreneurs du livre pour qu'on puisse parler d’une professionnalisation du secteur. Les éditions de la librairie 15/21 commencent leur travail par exemple. Mais il faut aussi que naisse un espace ou s’expriment tous les talents, un espace qui favorise la création littéraire, la lecture.

Quels sont les maux de la littérature mauritanienne?

Il y a la logique du marché: les livres sont chers, les lectorats sont à créer; l’édition répond à la redoutable loi du marché, elle obéit au choix en tant que produit commercial devant déclencher un intérêt pour les lecteurs.

Les niveaux sont très bas: celui des élèves, comme celui des professeurs de lettres. Les gens ne lisent pas. Nos littératures africaines et maghrébines sont certes importantes. Mais encore faudra-t-il connaître la littérature mondiale. Il faut que notre élite littéraire refuse le confinement. Malheureusement le système éducatif mauritanien méconnait le livre. L’institut pédagogique national n’arrive, malheureusement pas, à produire une édition, en dehors du prescrit, du manuel scolaire, alors que pour initier les élèves à la lecture, il faut viser au-delà de l’école, au-delà des cours, au-delà  des cahiers de l’élève. Sinon, on reproduit des générations "cahier", surtout concernant les niveaux. Je pense, ici, qu’il est vital de réfléchir à produire des livres pour les bibliothèques, et les imposer par la suite pour accompagner l’élève dans tout son parcours primaire jusqu’au lycée.

Quels sont vos projets dans un avenir proche?

Je travaille depuis quelques mois sur un projet d’édition portant sur la traduction vers le français d’un lignage poétique particulier en Mauritanie : celui de la célèbre famille Ehl Heddar, poètes de père en fils. C’est un patrimoine poétique qui court du début du XIXème siècle jusqu'à aujourd’hui. Nous sommes plusieurs à travailler sur ce projet, dans le cadre d'un atelier que nous avons appelé "La Mouvance du Texte". Je cite, par exemple, l’apport précieux de Mick Gevinner, Manuel Bengoéchéa, Mohamed Ould Heddar, Mbareck Ould Beyrouk, Elemine Ould Mohamed Baba et bien d’autres.

Nous songeons déjà à un second cycle sur la poésie pulaar, puis d’autres sur le Soninké et le Wolof. Je crois que nos langues nationales cachent bien des trésors pour le lecteur universel. Notre expérience dans la traduction de la poésie Hassaniya vers le français nous confirme cet intérêt, dont l’écho ne se limite plus au petit groupe que nous sommes, et que j'ai cité ci-dessus. Deux de nos poèmes traduits d'ailleurs ont été repris par une revue canadienne (www.mouvances.ca : dont le dernier numéro porte sur le thème du désert). Ce qui prouve l'intérêt pour nos littératures.

Un des axes majeurs dans le projet éditorial que je suis en train de mener est l’instauration d’un comité de lecture, pour assurer le travail d’éditing. Surtout pour mettre en place un groupe de lecteurs/correcteurs/conseillers littéraires professionnels qui puisse sans complaisance dire aux auteurs les faiblesses de leurs manuscrits et faire le travail de suivi des réécritures afin que l'on édite des textes aboutis et de qualité.

Propos recueillis par Awa Seydou Traoré
Mamoudou Kane


              

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