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24 Heures chrono: Nouakchott - Dakar


Tribunes
Mardi 6 Août 2013 - 11:00

Vous aviez raison mes amis. Etfou[1] essence ! Ce n’est vraiment pas la peine d’avoir une voiture qui carbure avec ce liquide dans un pays où 95% des véhicules consomment du gazole.


24 Heures chrono: Nouakchott - Dakar
Je m’en suis rendu compte, enfin, il y a une semaine quand ma bagnole, comme un vieux bourricot, s’est arrêtée net devant la caserne du Groupement général pour la sécurité des routes (GGSR), ce corps spécial – « mutant », disent les mauvaises langues – qui a remplacé la police dans sa mission la plus « lucrative » : Le fameux contrôle. Mais qui serait intraitable avec les automobilistes en infraction. Bon ça c’est une autre histoire, revenons à cette histoire de voiture et d’essence.

Après le diagnostic de mon mécano, j’ai parcouru, trois jours durant, tous les commerces de pièces détachées de Nouakchott. Avec les spécifications de mon brave mécanicien Barry en main. Rien. A croire que ce type de voiture n’a été conçu que pour moi ! Je me suis rabattu ensuite sur les « naharra[2] » qui achètent les vieilles voitures et les véhicules accidentés pour les revendre en pièces détachées. Un commerce qui rapporte gros, me dit-on, et qui attire du monde. Même les Maliens qui ont leur coin au Ksar, le plus vieux quartier de Nouakchott, et qui sont le dernier recours. Si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez chez les Maliens, alors, il ne vous reste plus qu’à commander la pièce chez « Ehel Salek », une sorte de royaume de l’automobile, ou à vous rendre à Dakar. C’est donc décidé, j’irai à Dakar, une ville que je n’ai pas revue depuis le séjour des Mondoblogueurs. Dakar durant le Ramadan ce n’est vraiment pas Dakar. Ça il faut le préciser dès à présent pour stopper net toute supputation déplacée.

Vendredi 2 août, 8 heures :

Direction la gare routière du PK 7. J’ai pas attendu longtemps avant de m’embarquer, avec 7 autres personnes dans une vieille Renault 21, marque qui a détrôné les Mercedes et autres Toyota dans le transport interurbain. Deux cents kilomètres à parcourir. Deux à trois heures avant d’arriver à destination, tout dépendant du chauffeur. S’il a « le pied chaud[3] », il faut prier pour ne pas compter parmi les nombreuses victimes des routes mauritaniennes dont l’état lamentable n’est dénoncé par la presse que quand survient un accident mortel. Quarante kilomètres avant Tiguent, la pluie est venue gâcher la fière allure de notre voiture dont le chauffeur avait des ambitions de pilote de F1. Sans essuie-glaces, il était obligé de rouler à 30 Km/h, voire de s’arrêter carrément sur une route en réfection depuis quatre ans ! Pour seulement 48 kilomètres ! Finalement, on ne sera à Rosso qu’à 13 H30 et la prière du vendredi m’obligea à attendre encore une heure avant de franchir la frontière.

15 heures : La traversée (du fleuve pas du désert) :

Elle s’effectue dans une petite barque à moto où une vingtaine de personnes pressées comme moi n’avaient pas attendu le bac de Rosso pour sa première rotation de l’après-midi. Arrivé sur la rive gauche du fleuve Sénégal, deux jeunes m’abordent et me proposent de voyager avec eux dans un 4X4 qu’ils me montrèrent du doigt, garé derrière le poste de police. Le fait de savoir que c’est au même pris que les taxis-brousses qui attendaient cinq cents mètres plus loin m’incita à accepter mais après une demie heure d’attente, j’ai dû me résigner à aller à la gare routière. Pour me réserver une place de choix, à côté du chauffeur ou au milieu, je glisse 500 F au « coksseur [4]».

Comme entre Nouakchott et Rosso, la pluie va aussi changer la donne du voyage. Au lieu des quatre heures habituelles pour parcourir les 370 kilomètres, on mettra plus de cinq heures. A l’arrivée, je saute dans un taxi pour me rendre à l’hôtel le Fouta 2 que j’affectionne tant pour son calme et ses prix très abordables.

Samedi 3 août, 10 heures.

Direction Avenue 93 Blaise Diagne, plus connue sous le nom de Dufoncé qui rime pour les connaisseurs avec « pièces détachées » et accessoires automobiles. Je tombe sur un jeune mécano qui me dit tout de suite qu’il a tout ce que je cherche. C’est à peine s’il ne m’a pas dit que c’est lui-même qui a fabriqué ma voiture !

« Assois-toi là, je reviens », me dit-il. Et c’était parti pour trois longues heures d’attente. Les pièces s’accumulaient devant moi au bout d’une longue recherche. J’avais pourtant une certaine appréhension : on n’a pas discuté du prix. Et apparemment lui n’était qu’un intermédiaire dont je dois supporter le « coût ». Et quand je demandais enfin les prix, les francs volèrent par milliers : 18.000 F pour la croix (ou chaîne, je ne sais plus) de distribution, 12.000 F pour le joint de culasse, 30.000 pour les soupapes, 6000 F pour les bougies. Je me dis que j’aurais pu m’épargner ce dur voyage et changer mon moteur essence contre un autre diesel. Lui doit se dire que puisque je suis là, je dois forcément acheter. C’était son calcul de Sénégalais qui connait bien la mentalité du Mauritanien, de son « Nar », comme nous appelle nos joyeux voisins. Moi aussi, je n’étais pas dupe, il n’a pas mis tout ce temps et fourni tant d’énergie pour me laisser partir. C’est pourquoi quand son ami intervient pour rapprocher nos vues, il accepta sans trop de difficultés. Il a dû faire une bonne affaire puisqu’il m’accompagne jusqu’au goudron, héla un taxi et négocia durement avec le chauffeur pour me faire économiser 200 F ! Pressé de rentrer chez moi, j’ai accepté le prix du taximan qui partit en trombe vers le garage Pompier.

13 heures : A la gare

Le taxi que je devais prendre été là, garé avec une montagne de marchandises sur le porte-bagages. Ça se comprend, on est quelques jours de la fête d’Id El vitr. On est entré dans cette frénésie qu’on appelle en Mauritanie « weyloumak yel warrani » (gare au dernier ou quelque chose comme ça).

18 H45mn :

Le taxi-brousse a enfin ses 7 passagers habituels. Destination Rosso donc. Mais non, c’est à la sortie de la gare routière que le chauffeur nous apprend que c’est un « voyage mélange », eh oui, comme le dernier vol que j’ai pris à partir de Tunis, qui embarquait des gens allant à Nouakchott, Bamako, Conakry et je ne sais quelle autre capitale ouest-africaine. Sauf que l’avion a un trajet connu à l’avance. Dans notre cas, c’est en route qu’on a discuté de la « priorité ». Rosso d’abord ou Richard Toll, quinze kilomètres plus à l’est ? Ça devrait être facile : on vote ! 4 pour Rosso et 3 pour Richard Toll mais avant qu’on ne crie victoire, le « pilote » décide pour Richard Toll. Il est vrai qu’avec sa voix, c’est l’égalité parfaite mais il est le chef. Et son intérêt est de passer d’abord à Richard Toll, décharger les marchandises et continuer à Rosso où il doit passer une nuit tranquille. Mais c’était compter sans les contrôles. Un premier poste de gendarmerie colla à notre chauffeur une amende (ils appellent ça « reçu ») de 6000 f pour surcharge de bagages. « Immunisé » contre cette infraction, il allait se rendre compte que les « hommes de loi » avaient plus d’un tour dans leur sac. Défaut d’immatriculation, lumière faible, tout y passa pour soutirer au pauvre chauffeur une bonne partie du montant payé par les passagers pour leurs bagages.

Dimanche 4 août, 2 heures du matin :

Un léger écart de la route, au passage d’un gros camion venant en sens inverse, puis un étrange bruit qui se fait entendre au niveau du pneu droit avant. Le chauffeur est obligé de s’arrêter pour constater les dégâts : Un amortisseur foutu, à cause sans doute de la surcharge de bagages. Quarante kilomètres à parcourir au pas de tortue avant d’arriver à Saint-Louis où un mécanicien tiré de son lit parvient heureusement à réparer la voiture. Direction Rosso ou plutôt Richard Toll où on arriva à quatre heures du matin. Une demi-heure plus tard, on arrive à Rosso. Rapides formalités pour deux compatriotes et moi puis un piroguier se proposa de nous faire traverser à 2000 F par personne. La police devrait normalement fermer les yeux, me dit-on puisqu’il y a un pacte tacite entre elle et ces piroguiers qui agissent comme des passeurs de clandestins. Mais ils évitent à tout prix de prendre des étrangers.

Sur la rive mauritanienne, le gendarme de faction devant la grande porte refusa qu’on sorte par là. Il faut aller de l’autre côte, voir le poste de police et s’arranger avec leur chef pour sortir de l’enceinte du bac à cette heure. L’un de mes compagnons était apparemment bien connu des hommes de loi. On se mit à l’interroger en hassaniya s’ils nous connaissaient, ce qui provoqua ma colère. Je m’entendis dire au policier : « oui, nous aussi nous sommes Mauritaniens ». Vexé sans doute par ce propos dit sur un ton de reproche, le policier autorisa « sa connaissance » à humer l’air du dehors et me signifia que je dois attendre l’ouverture de la frontière, vers huit heures, pour sortir. « J’attendrais même après demain, rétorquai-je, mais la loi doit être la même pour tous. En voulant l’appliquer sur nous, vous l’avez enfreinte en autorisant votre « connaissance » à sortir. Alors attendez-vous à ce que l’affaire ne s’arrête pas là ». Surpris par cette riposte, sur la rive du fleuve où d’autres hommes de lois (gendarmes et douaniers) dormaient encore, il me demanda ma pièce d’identité que je lui remets avec ma carte de presse. Sous la clarté de l’aube naissante, je vis son visage se transformer. Il se dirigea vers la porte, l’ouvrit et nous invita à sortir tout en disant : « sachez tout de même que ce n’est pas un droit, je le fais pour vous arranger, c’est tout ».

Pour toute réponse, je réponds : « oui, ce n’est pas un droit, mais la loi s’applique à tous sinon elle devient autre chose ».



[1]Exprime le dégoût en Hassaniya, dialecte arabe de Mauritanie.

[2]Littéralement : dépeceurs – ou plutôt « dépiéceurs ».

[3]« Kraou hami », comme on dit en hassaniya d’un amoureux de la vitesse.

[4]Collecteur de l’argent des billets


Source:Elhourriya
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